CECI N'EST PAS UN BLOGUE

Le lundi des bandes-annonces

Si vous avez des amis qui tentent de percer dans le merveilleux monde de la production audiovisuelle, vous avez probablement été envahis aujourd’hui vous aussi sur Facebook par les demandes de « J’aime » de pages de webséries qui n’existent pas encore.

Et oui, c’était ce lundi-là aujourd’hui!

Chaque année, le FIP (Fonds indépendant de production), un bailleur de fonds, demande aux participants de son concours annuel de faire la bande-annonce de la websérie qu’ils désirent financer. C’est pourquoi du jour au lendemain, on se fait envahir sur les réseaux sociaux par des bandes-annonces de webéséries qui n’existent pas encore et qui n’existeront peut-être jamais.

Je souhaite sincèrement bonne chance à tous mes confrères. Mais ce que je trouve bizarre, c’est qu’on leur demande une bande-annonce et non, comme n’importe quel diffuseur, un démo ou un pilote.

Faire la bande-annonce d’une série qui n’existe pas, c’est un peu comme faire de la spéculation sur les actions d’une entreprise qui pourrait s’effondrer complètement en bourse. À l’inverse, un pilote s’apparente davantage à un forage d’exploration dans un gisement potentiel. On regarde s’il y a de l’avenir sur ce terrain-là plutôt que d’essayer de vendre un produit qui n’existe pas encore.

Je suis retourné dans mes notifications Facebook pour faire le compte. Aujourd’hui, j’ai reçu sept demandes pour aller « aimer » des pages Facebook de webésries qui n’existeront peut-être jamais. On est rendus là. Et ça me semble un peu triste.

Alors en attendant de voir lesquelles verront vraiment le jour et lesquelles vont mourir dans l’oeuf, je vais aller me taper un autre épisode de House of Cards.

Downtown Ste-Foy

Je suis de Québec et j’adore l’architecture et le design. Je vais donc m’octroyer le droit de commenter le projet d’édifice « Phare » à Ste-Foy.

Un proverbe dit : Des goûts et des couleurs, il ne faut pas discuter. Vrai! Sauf que,…

Sauf que voici…

Je ne suis vraiment pas en désaccord avec l’idée de développer Ste-Foy à l’approche des ponts et d’en faire le nouveau centre-ville. Quand on se promène dans le coin, le dédale de viaducs est aussi beau qu’une sculpture postmoderne faite par un aveugle. Présentement, le seul édifice qui ressort de la silhouette de la ville est un hôtel sur l’avenue Hochelaga et il n’a rien d’un chef-d’oeuvre d’architecture. C’est sans compter l’ancien hôtel-de-ville (qui porte aujourd’hui le nom de son ancienne mairesse) qui est probablement loin d’être un exemple enseigné dans les écoles de design, si ce n’est sous la rubrique Quoi ne pas faire?

Au-delà des laideurs existantes, le choix de design du « Phare » dépasse la simple idée de densifier Ste-Foy. Pensons à long terme. Pensons urbanisme. Pensons vision d’avenir. Pensons à ce qui s’ajoutera aux côtés du Phare. À supposer que Ste-Foy devienne vraiment le nouveau centre-ville, cet édifice n’est que le début. Il est donc de sa responsabilité non seulement de devenir la figure emblématique de cette porte d’entrée de la ville pour les années futures, mais surtout de dicter les règles de base d’une unité urbaine et architecturale qui devra unifier le développement du coin.

Et c’est là où ça devient un peu malaisant.

Le Phare a non seulement l’air d’un doigt avec un gros ongle (et j’ajouterais même d’un doigt d’honneur tout court quand on regarde l’ensemble du complexe d’un certain angle du côté Nord), mais j’ai mal à la simple idée d’imaginer Ste-Foy se développer avec des édifices du même style partout le long du boulevard Laurier. Ou pire encore, qu’il devienne unique en son genre au milieu d’autres gratte-ciels. Comme le dit si bien l’expression : Quand le doigt montre la Lune, l’idiot regarde le doigt!

Plus d’une décennie plus tard, on rit encore du Ameublement Tanguay dans le quartier Les Saules. (Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, ça se passe par ici.) Peut-on par pitié s’éviter le même sort pour l’édifice dont la vue va nous confirmer qu’on approche des ponts? Et je vous épargne les blagues faciles sur le frigide « Complexe G », et celles sur le nouvel amphithéâtre dont les courbes ressemblent étrangement à celles d’un bassin utilisé dans les hôpitaux quand les patients alités ont besoin de faire un numéro deux. Le Château Frontenac doit commencer à se sentir bien seul!

Je vous laisse avec le lien vers un croquis que le caricaturiste du journal Le Soleil André-Philippe Côté publiait sur sa page Facebook ce matin!

Et n’oublions pas le grand perdant dans tout ça! Celui qui verra son rôle d’entrée dans la ville de Québec relégué au rang de second violon, et j’ai nommé : le Ashton de St-Nicolas…

L’hiver

J’ai pas d’anecdotes cette semaine. Pour avoir des anecdotes, il faut qu’il se passe quelque chose. Mais ici, c’est l’hiver. L’hiver long. Froid. Interminable. Blanc, surtout.

Février, c’est la traversée du désert. Un désert de glace qui fige le temps, les mouvements, déforme les perceptions et trouble la vision tel un blizzard. Qu’est-ce que je fais dans ce pays de merde déjà? Ah, oui c’est vrai. J’oubliais, je suis né ici.

Samedi dernier, c’est la dernière fois que je suis sorti. On annonçait de la neige pour le lendemain et mon frigo était pratiquement vide. Je suis donc sorti le temps d’aller à l’épicerie et de revenir, histoire de mettre un peu de sport extrême dans ma vie et de naviguer entre les plaques de glaces. Je suis revenu brûlé. Exténué par le simple fait d’aller faire l’épicerie. J’ai fait une sieste. Parce que je venais de faire l’épicerie.

C’est ça l’hiver.

Et dimanche, il a neigé. J’ai regardé les flocons tomber au travers de ma fenêtre et j’ai compté les jours jusqu’à mars. Puis, jusqu’à avril…

Bon, quand est-ce que je sors la prochaine fois? Dans une semaine? J’ai de la bouffe pour combien de jours? C’est quoi la météo cette semaine? Beurk, -25 vendredi, 5 cm de neige samedi.

C’est l’hiver.

Ha, tiens, j’en ai une anecdote qui me revient! Hiver 2009. C’était un peu comme aujourd’hui, sauf que j’habitais dans une résidence universitaire de l’UQÀM qui était à peine assez grande pour que je puisses me retourner sur moi-même avec ma chaise roulante. C’était mal isolé. Autant d’un point du vue sonore que chauffant.

C’était l’hiver. Je venais de passer au-dessus d’une semaine sans sortir. Enfermé, seul, à respirer l’air de mon petit cube de survie. J’ai explosé. Je suis sorti par orgueil. Pas parce que j’avais besoin de sortir, mais parce que j’étais écoeuré que l’hiver me dicte comment je devais vivre. Je savais très bien que ce ne serait pas bien déneigé.

L’hiver, sur le sens unique qu’est la rue Sanguinet, c’était plus sécuritaire de rouler directement dans la rue à contre-sens des autos qui pouvaient arriver à tout moment que sur le trottoir. C’est ça l’hiver!

Je suis allé au Archambault pour m’acheter un CD. Je n’en avais pas besoin. Ça ne pressait surtout pas. Mai ce n’était pas l’hiver qui allait me dicter quand j’avais envie d’écouter de la musique!

Aujourd’hui, c’est encore l’hiver. Je me dis que je pourrais prendre le temps d’écrire sur mon blogue. Ça passerait le temps! Mais j’ai pas d’anecdote. Parce que pour avoir une anecdote, il faut qu’il se passe quelque chose. Et là, il se passe pas grand chose. C’est encore l’hiver.

Mon programme politique pour le Plateau

Dans la liste des choses avec qui j’ai une relation amour / haine, on retrouve les produits laitiers, Star Wars, les postérieurs des gens (étant donné que je me promène toujours à leur hauteur en chaise roulante), et mon quartier : le Plateau.

Mais bon, puisque le nouveau chef du Parti Rhinocéros du Canada est un de mes amis du secondaire, je me suis dit que je pourrais peut-être monter un programme électoral digne de ce nom en cas que. Vous me direz si ça a du sens!

Ce que je propose pour mon quartier?

  • Installer des pancartes indiquant : « Attention à nos hipsters, c’est peut-être le vôtre! »
  • Arrêter le déneigement l’hiver et le remplacer par un service de Bixi en Ski-Doo nommé Bixidoo.
  • Créer un cul-de-sac en séparant les avenues Mont-Royal et Frontenac et installer une pancarte qui dit : « Mont-Cul-De-Sac-Royal ».
  • Renommer tous les sens uniques du quartier avec le même nom. Les rues s’appelleront toutes « Luc-Ferrandez ». (Ce sera beaucoup plus simple de dire à votre taxi que vous allez au coin de Luc-Ferrandez et Luc-Ferrandez.)
  • Les commerces inaccessibles aux personnes à mobilité réduites étant largement majoritaires, cette majorité l’emporte, donc nous forcerons tous les commerces accessibles à ajouter une marche à leur entrée.
  • Augmenter le quota du nombre de centres de yoga de 4 à 7 par distance de 25 mètres.
  • Changer les parcomètres pour des parcocentimètres.
  • Engager des figurants pour faire la file devant le restaurant L’Avenue pendant les heures de fermeture pour que ça ait l’air plein 24h sur 24.
  • Mettre un hôtel de ville sur la rue Hôtel-de-Ville, une grosse roche sur la rue de la Roche, un St-Hubert sur la rue St-Hubert et déménager l’oratoire St-Joseph au coin de St-Joseph et St-André.
  • Installer des toilettes chimiques devant la Binerie Mont-Royal.
  • Créer un centre communautaire pour les juives hassidiques lesbiennes du Mile-End.
  • Enlever toutes les pancartes d’heures de stationnement et les remplacer par la formule suivante : quand vous vous stationnez devant un endroit, regardez l’adresse. Puis, additionnez les deux premiers chiffres et les deux derniers chiffres. Cela va vous donner les heures auxquelles vous avez le droit de vous stationner la semaine. Pour la fin de semaine, soustrayez ces chiffres du nombre de pas qui vous séparent du centre de yoga le plus proche. En cas de doute entre deux centres, choisissez toujours le centre de yoga le plus au sud. Pour connaître les horaires lors des jours de pleine lune, multipliez le nombre de lettres dans le nom de la rue par la quantités de trottoirs fermés dans les 50 mètres, ce qui va vous donner le nombre de minutes par heure où vous pouvez vous stationner lorsque le vent vient de l’est. Lorsque le vent vient de l’ouest, comptez le nombre de terrasses qui débordent sur la rue dans les 100 mètres et ajoutez 51,5. Si la température dépasse 25 degrés Celsius ou descend sous les -10, comptez les tweets de Denis Coderre dans les dernières 72 heures et divisez les par le nombre de cyclistes que vous seriez capable de frapper en ouvrant votre portière dans les huit prochaines secondes.

Voilà! Tout serait tellement plus simple ça! Vous avez d’autres idées? Laissez un commentaire ci-dessous!

Petit pétage de coche de fin de soirée

C’est le cas de le dire, Postes Canada mets le paquet quand vient le temps de montrer son incompétence. Sérieusement, j’ai à peu près autant d’affection pour eux que pour la bouffe passée date dans mon frigidaire. Quand j’entends parler des leurs problèmes financiers, je suis vraiment coincé entre deux réactions : l’absence de surprise totale dans l’indifférence, et la rage de crier « Non, mais vous vous attendiez à quoi??? »

Et chaque fois que je vois leur insignifiante pub télé qui a probablement coûté quelques millions de timbres, ma réaction ressemble à peu près à ceci :

Dans cette sublime publicité mettant en vedette un magnifique panier rouge qui se promène dans des « beauty shots » de Londres, de New York et d’une cabane à sucre, on nous dit que « bientôt, un bon nombre d’entre nous vont magasiner en ligne ». Allo, déparement marketing??? On arrive en 2015 SVP???!!! Non, mais quelle belle preuve de leur déconnection de la réalité! Et voulez-vous bien me dire c’est quoi le rapport de la cabane à sucre dans votre publicité? C’est qui qui se commande du sirop d’érable par internet? 

Et comme si ce n’était pas assez, cette même entreprise qui essaie de nous convaincre à coup de campagnes publicitaires de lui confier le transport de nos précieux achats faits en ligne se retrouve paradoxalement incapable de nous livrer de simples lettres à la maison et se prépare à l’installation massive de boîtes postales pour arrêter de faire du porte à porte. Bravo les champions! L’expression « passer comme une lettre à la poste » est plutôt en train de devenir un synonyme de constipation. 

Mais ce n’est pas tout. Savez-vous ce qui m’enrage le plus de Postes Canada? C’est l’existence d’Expressposte. Parce que dans les faits, ils sont parfaitement capables de livrer du courrier dès le lendemain, mais ils retardent volontairement la livraison du courrier dit normal pour justifier l’existence d’un service rapide à gros prix. Ce qui fait que si (comme moi) il vous arrive de faire du travail comme travailleur autonome et que votre client a pas trop trop envie de vous envoyer votre chèque par Purolator (ce qui est quand même normal), vous vous retrouvez à être victime d’un ralentissement volontaire du système dit normal de la poste. Et bientôt, vous allez même devoir marcher quelques centaines de mètres pour avoir le privilège de sacrer devant de votre boîte postale vide.

Et la paperasse de coupons rabais et d’enveloppes publicitaires qu’on nous livre toujours avec une régularité AllBranesque, est-ce que ça a été envoyé par Expressposte, ça?

Peut-être faudrait-il rappeler aux dirigeants de cette entreprise que c’est la compétitivité et l’efficacité qui va convaincre le commun des mortels d’utiliser leurs services. Et présentement, ils ne sont ni compétitifs, ni efficaces, et montrent de sérieux signes de déconnection de la réalité.

La théorie des reprises télé

Ce matin, je me suis réveillé beaucoup trop tôt et alors que je fixais mon insipide plafond blanc bien couché sous mes couvertes, je me suis mis à penser au voyage de le temps. Faut croire que c’est une façon comme une autre de se réveiller.

Stephen Hawking a déjà dit que le voyage dans le temps était probablement impossible étant donné que nous n’avions pas reçu de visite du futur. Bon point Stephen. D’autres pensent plutôt que si des voyageurs du futur venaient à notre époque, ils se cacheraient pour ne pas influencer le cours des choses et scrapper la suite, y compris leur propre existence. Pas bête non plus. Quiconque a vu Back To The Future sait que c’est pas tant une bonne idée d’aller modifier le passé. Pour une fois qu’une affaire des années 80 sert à quelque chose d’autre que juste être laid, on se gênera pas pour s’en servir! Quoique je dis ça et je suis né en 1985, mais bon… oubliez ça. 

Voici où je veux en venir : et si Stephen Hawking était dans le champ? Ce matin, alors que j’étais incapable de me rendormir, je me suis dit que les visiteurs du futur ne venaient peut-être pas nous voir tout simplement parce que notre époque est plate. C’est ce que j’appelle « la théorie des reprises télé ».

Je m’explique. Prenons pour acquis deux secondes que le voyage dans les temps est possible (sinon, je comprends vraiment pas comment ça se fait que vous êtes encore en train de lire ce texte-là). Le futur, c’est un peu comme l’évolution des émissions de télévision. Il y a toujours une évolution ou un changement qui devient caractéristique de l’époque où l’émission a été faite. Le téléspectateur consomme les émissions (l’équivalent de vivre l’instant présent) sans se rendre compte du changement au jour le jour, mais lorsqu’il tombe sur une reprise qui date, il est capable de l’identifier à l’époque d’où elle est issue. Comme quand on tombe sur une vieille photo.

Autrement dit, pour l’humain du futur qui consomme le temps comme des émissions de télé, notre époque représente l’équivalent d’un vieil épisode d’Un homme et son péché qui passe en reprise depuis des années. Pour lui, c’est du déjà vu. Ça l’intéresse beaucoup moins de revisiter cette époque-là que de regarder le nouvel épisode de 19-2 qui vient de sortir. Vous me suivez?

Tout cela m’amène à l’utilité du voyage dans le temps. À supposer qu’il ne faille pas modifier le passé pour ne pas influencer le cours des choses, à quoi servirait le voyage dans le temps? Simple! À la vérifications de faits historiques sur lesquels nous avons des doutes : la construction des pyramides, l’assassinat de JFK, etc. Et puisque nous vivons à une époque qui est extrêmement documentée avec toutes les technologies que nous avons, il ne sert pas à grand chose de revenir au 21e siècle pour vérifier quoi que ce soit.

Pensez-y un instant! Les humains du futur ont sans doute pour des dizaines de siècles (sinon de millénaires) d’historique d’internet (et de statuts Facebook) à éplucher pour comprendre comment nous vivions en 2015. Et ça, pour eux, c’est un peu comme l’équivalent de réécouter Un homme et son péché : c’est clairement vintage et pas si bon que ça (il connaissent l’épisode par coeur), ça trahit un peu trop l’époque, et c’est pas particulièrement l’fun quand t’es pogné pour l’endurer.

Si voyage dans le temps il y a un jour, il servira probablement uniquement à clarifier les cours d’histoire en allant contre-vérifier certains faits et évènements, à défaut de pouvoir y changer quoi que ce soit. Ce qui laisse aussi croire que la potentielle existence du voyage dans le temps laisse présager une époque où il n’y aura pratiquement plus du mystères, car tout pourra être vérifié. Et tant qu’à faire, j’espère que quelqu’un du futur va aussi vérifier que je suis le premier à être arrivé avec cette théorie-là!

Pour terminer, je vais faire mon réalisateur-cinéphile en vous invitant à voir mes deux incontournables en matière de voyage dans le temps : La jetée (1962) et Happy Accidents (2000). Bonne écoute!

Malédictions!

Ceux qui lisent régulièrement ce blogue savent pertinemment que je n’exagère jamais. Je me permets une trêve de plaisanteries ici (ou pas) afin de vous parler d’un sujet extrêmement sérieux (ou pas) qui a fait grimper l’empathie en moi à des sommets inatteignables (ou pas).

D’abord, petite mise en contexte. Je fais souvent des blagues avec le fait qu’il nous arrive régulièrement (moi et ma chaise roulante) de rencontrer des génies de l’école nationale de l’humour qui ont la brillante idée de lancer spontanément avec une voix de mononc’ cochon l’hilarante (not) phrase : « Roule pas trop vite, tu vas pogner un ticket! »! D’ailleurs, mon record personnel en la matière est de trois fois en l’espace d’une minute sur l’avenue Mont-Royal, mais ça c’est une autre histoire. À noter aussi la variante hivernale qui est tout aussi nullement désopilante : « As-tu mis tes pneus d’hiver? »

Même si mes excès de politesse me font généralement répondre : « Haha, c’est la première fois que je l’entends…….. aujourd’hui! », la vérité, c’est que c’est plutôt un « Aaah, ta yeule » qui me traverse l’esprit à chaque fois. Et je vis avec cette malédiction depuis plus de deux décennies…

Mais récemment, je me suis rendu compte qu’il existait un groupe de la population qui était beaucoup plus assujetti que moi à être victime d’allusions plates sur une base quotidienne. Au point de réaliser que ma situation est loin d’être si pire que ça finalement.

Ce groupe, ce sont les filles qui s’appellent Roxanne. Mesdames et mesdemoiselles, j’ai mal pour vous. Je n’ose même pas imaginer la quantité de fois par jour dont vous devez être victimes de références (plates) à la toune de The Police dont la seule réelle qualité est de rester pognée dans la tête des gens (on va se dire les vraies affaires). Ça doit être aussi insupportable que la toune elle-même.

Chers futurs parents, rendez service à votre fille et ne l’appelez surtout pas Roxanne. Elle ne vous en remerciera peut-être jamais, mais si vous faites l’inverse, son nom deviendra une malédiction qui la transformera en victime d’allusions plates pour le restant de ses jours.

Messieurs, j’ai aussi un conseil pour vous. La prochaine fois que vous voulez aborder une Roxanne dans un bar, récitez-lui donc un extrait de Cyrano de Bergerac (sauf si vous êtes à Laval) au lieu d’essayer en vain d’atteindre des notes que vous n’arriverez jamais à chanter sur un ton juste sans vous squeezer les testicules dans un presse-citron.

Et à toutes les chères Roxanne de ce monde, je partage votre souffrance et je suis de tout coeur avec vous. Le seul réel conseil que je peux vous donner pour survivre dans ce monde cruel, c’est de faire changer votre nom pour Eleonore Rigby. Ça devrait régler votre problème, sauf si vous tombez sur un violoncelliste.

Petites histoires de calendrier

Le mois de février arrive à grands pas et j’ai toujours un petit pincement au coeur, car c’est le mois de l’année qui coûte le plus cher. Pas seulement pour moi! On se fait tous un peu arnaquer à chaque deuxième mois de l’année parce que le prix de toutes nos mensualités reste le même alors qu’on en profite deux ou trois jours de moins. Que ce soit le loyer, le câble, le téléphone, l’internet, le journal, etc.

Pour être franc, je suis pas mal certain que le Pape Grégoire XIII se foutait un peu du prix mensuel de mon abonnement à vidéotron quand il a instauré le calendrier grégorien au XVIe siècle. Mais à quoi ressemblerait un calendrier qui aurait de l’allure pour nous en 2015?

J’ai jamais été très bon en maths, mais je me suis quand même penché sur la question pour imaginer un nouveau système de dates qui viendrait régler le problème du mois de février. Pour la forme, on va appeler ça le calendrier Cordeyien.

Afin de respecter l’idée d’avoir des années de 365 jours, le calendrier Cordeyien serait constitué de six mois : cinq mois de 61 jours et un mois de 60 jours. Les années bissextiles auraient très exactement six mois de 61 jours. Fini le maudit truc des jointures dont on se souvient jamais pour essayer de savoir si c’est un mois de 30 ou 31 jours qu’on va avoir dans six mois.

Au Québec, nos saisons s’appelleraient le printemps, l’été, l’automne, le début de l’hiver, l’hiver et l’ostie d’hiver qui finit pu.

Pour le fun, je me suis amusé à savoir quelle serait ma date de fête dans le calendrier Cordeyien en prenant pour acquis que le mois de 60 jours serait l’hiver et qu’il commencerait le 1er janvier actuel. Je serais né le 15 du cinquième mois, l’automne, au lieu du 15 septembre. Un sacrifice que je serais bien prêt à accepter si ça peut faire disparaître le seul mois de 28 jours qui vient fucker le système.

Malheureusement, j’ai bien peur ce que ne soit pas demain la veille qu’on adopte le calendrier Cordeyien pour sauver deux jours de facturation au mois de février. J’imagine déjà les manifestations d’astrologues qui s’insurgeraient contre l’idée de perdre leur système de prédiction de l’avenir en menaçant que les balances prennent du poids, que les cancers meurent tous d’un seul coup, que vierges perdent leur virginité, et que le groupe Scorpions revienne en force.

Ça, c’est sans compter les coûts que ça engendrerait de transposer les dates de fêtes de tout le monde afin de créer des nouveaux documents officiels comme des passeports et des permis de conduire.

Bon… C’est peut-être un peu trop de trouble pour pas grand chose dans le fond. Tant pis. On se fera avoir le mois prochain… Tout ça à cause d’un Pape qui a pas pensé à nos forfaits de iPhone y’a 500 ans. 

L’effet miroir

Les gens s’identifient aux symboles. Ils font une corrélation directe entre ces derniers et leurs valeurs. Comme un miroir qui remet parfois en pleine gueule quelque chose de laid qu’on n’a pas envie de voir. Un gros bouton, un nez croche, une tache de naissance…

Chaque fois qu’un drame de l’ampleur de celui de cette semaine survient, la victime devient un symbole, qu’elle le veuille ou non. Celui de l’indignation, de l’incompréhension, de la solidarité, etc. Et généralement, plus le drame est fort, plus l’effet miroir devrait être puissant. Ça a été le cas cette semaine, si on en juge par la réaction à l’échelle planétaire. Le monde s’est senti concerné, qu’on connaisse la victime ou non et qu’on approuve de son irrévérence ou non. Sauf exceptions, le gros bon sens a dépassé les valeurs et les croyances. Si cela arrivait plus souvent, on y gagnerait tous collectivement.

L’ampleur de cette réaction est plutôt rassurante. En ce siècle de cynisme, on reproche trop souvent l’indifférence, et pour une fois, ça n’aura pas été le cas. Et ça, ça fait du bien. Ça ne remonte pas le temps, ça ne guérit rien, mais ça montre qu’il reste encore un peu d’humanité pour combattre l’inhumain. Qu’on connaisse la victime ou non et qu’on approuve de son irrévérence ou non.

Pour conclure, et surtout, pour mieux comprendre d’où tout cela est parti, ceci est à voir.

Histoires de taxis

On a tous une histoire de taxi. Moi, j’en ai à peu près 18 000…

Vrai, je prends beaucoup de taxis l’hiver, donc ça contribue certainement à augmenter le risque d’anecdotes savoureuses. D’ailleurs, ça faisait un bon bout de temps que je voulais vous en raconter quelques unes. Et c’est celui que j’ai pris ce matin qui m’a finalement décidé à prendre un peu de temps pour vous raconter ça.

Quand j’appelle un taxi (et j’appelle toujours la même compagnie), j’en demande un qui peut prendre une chaise roulante qui se plie. Ça diminue généralement assez bien le risque de tomber sur quelqu’un qui m’amène les morceaux un par un pour que je remonte ma chaise moi-même (oui, ça s’est déjà produit).

L’affaire, c’est qu’il m’arrive quand même assez régulièrement d’avoir l’impression que le chauffeur me prend pour un cave, ou du moins, qu’il pense que je prends pas des taxis souvent.

Avant de rentrer plus en détails dans ma « ride » de ce matin, voici un petit éventail des types de chauffeurs sur lesquels je suis déjà tombé. Par où commencer?

Dans les vrais champions, on retrouve d’abord celui qui a fait un accident et qui a laissé le compteur tourner le temps d’aller voir les dégâts. Ciao bye ton tip, maestro!

Il y aussi le chauffeur qui laisse le compteur tourner le temps de remonter ma chaise roulante et qui semble avoir ben ben ben de la misère à remettre trois morceaux ensemble. J’ai trouvé un truc pour éviter ça. Vous allez le découvrir un peu plus loin.

Trêve de sarcasme, il y en a aussi des excellents. Comme celui avec une mémoire phénoménale qui se souvenait non seulement de m’avoir pris cinq mois plus tôt, mais qui était capable de dire où il m’avait pris et où il m’avait amené :

– Je me souviens, je vous ai pris sur la rue Molson au mois d’août.

– Oui, c’est ma soeur qui habitait là!

– Et je vous ai amené sur De Gaspé, c’est bien ça?

– Oui, j’avais une entrevue pour une job.

– Et puis?

– Je l’ai eue! Je suis redéménagé à Montréal à cause de ça! Et c’est à cause de cette job-là que je suis dans votre taxi aujourd’hui!

Le chauffeur à l’aéroport de Pékin qui parlait évidemment pas un mot d’anglais et à qui j’ai remis un courriel reçu en mandarin qui disait où il devait m’amener. Après 40 minutes dans le char, je vous avoue que j’ai commencé à me poser des questions à savoir si j’allais pas finir haché dans des croquettes de poulets chez McDo. Finalement rendu à destination, ce même chauffeur a aussi cru que mon billet de 100 yuans échangé à l’aéroport de Québec était un faux.

J’ai aussi déjà croisé le chauffeur qui se fait appeler « John l’Albanais » et qui a réussi (entre le centre Bell et le Plateau) à ramener la conversation au fait que les gens sur les fermes aiment bien avoir des relations sexuelles avec des chèvres.

Et j’en passe…

…et celui de ce matin!

J’ai tout de suite su que ça allait être une mauvaise expérience quand je l’ai vu partir le compteur avant que je monte dans l’auto. Devinez quoi? Il a eu beaucoup de misère à rentrer ma chaise… dans sa mini-van!

Encore une fois, ciao bye ton tip, Einstein! Tu penses que je prends jamais de taxis? Strike one!

Il commence à prendre des petites rues.

– C’est pour éviter le trafic, qu’il ajoute.

– J’espère ben mon ost*, que j’ai pensé…

– Je dois vous donner un bon service, comme ça vous allez me rappeler!

– Après que t’ailles parti le « meter » avant de rentrer dans le char, que j’ai pensé? T’es-tu malade!

Après quoi, il est évidemment allé se domper dans le stationnement qu’était la rue Sherbrooke à cette heure matinale parce que c’était de toute évidence l’unique chemin pour se rendre à destination.

Strike two!

Rendu à destination, j’ai sorti mon truc pour qu’il ne me refasse pas le coup du compteur. Dès que l’auto s’arrête, je dis : « est-ce que je peux avoir un reçu pour X SVP? » Même quand j’ai pas besoin de reçu, je le fais quand même. Comme ça, si le chauffeur m’a pris pour un cave, au moins il sait qu’il aura pas une cenne de plus peu importe ce qu’il fait à partir de ce moment-là.

C’est là que je me suis redu compte que j’étais vraiment tombé sur un génie. Il m’a donné un reçu blanc en me disant : « Tiens, tu le rempliras toi-même! »

Ben coudonc… Merci ben Einstein!

Et vous, c’est quoi votre histoire de taxi?