CECI N'EST PAS UN BLOGUE

Catégorie : Uncategorized

Histoires de gants

J’ai le goût de me partir une compagnie de gants. Vous allez me dire : « Coudonc Michel, qu’est-ce que t’as fumé? »

Les gants, j’en fais une obsession. À cause de la chaise roulante. Et pas juste parce que j’en perds au moins une paire par année. Parce que les gants parfaits pour rouler sur la rue, ils n’existent tout simplement pas.

L’été, c’est généralement des gants de vélo. Avec le plus de « grip » possible. Le top reste encore les gants de moto-marine, parce qu’ils se rattachent plus haut sur les poignets, donc ils ne glissent pas quand il faut freiner dans une côte. Mais à cause de l’usure, j’en passe au moins une paire (ça, c’est quand j’en perds pas un ou les deux) par été.

L’hiver, c’est plus compliqué.

Maudit hiver de marde.

Trouver des gants chauds et surtout, avec assez de « grip », c’est impossible. J’ai tout essayé : les gants de cuir, les gants de ski, name it! Un gant mouillé te fait perdre toute la poigne sur la roue et tu dépenses quatre fois plus d’énergie à te propulser. Huit fois plus si on compte la résistance de la neige sur les trottoirs du Plateau.

Maudit Plateau de marde.

Les maudits gants d’hiver. J’en ai cherché, j’en ai essayé, j’en ai même acheté une paire à 60$ en me fiant à mon essai « en magasin ». Mais une fois dans la neige, ça a pas pris 30 secondes que je forçais comme un con pour avancer.

Et puis le mois passé, je m’en vais au Dollarama pour acheter des décorations de Noël cheapettes. Ça devait faire deux ans que j’étais pas rentré dans un Dollarama. Je me dis que tant qu’à être là, je vais faire le tour. Et devinez quoi? Je trouve des gants!!! Des gants de travail en caoutchouc ben cheap à 1,50$ la paire. J’essaie en magasin pour le fun, et je me rends compte que j’ai jamais eu autant de « grip » que ça ever!!!!! Je capote. Je viens de trouver une paire à même pas 2$ qui fait mieux sa job qu’une paire à 60$. Son seul défaut? La paire est pas très chaude. Je me dis : « C’est pas grave, je mettrai une paire de gants d’automne en dessous pis that’s it ».

À la caisse, je suis fou comme de la marde à l’idée d’essayer mes gants, alors je demande à la caissière si elle peut m’enlever l’étiquette pour pouvoir les mettre sur le champ.

Dehors, c’est la magie! J’ai jamais aussi bien roulé qu’avec ces gants-là. J’ai le goût de mes les faire greffer dans la peau de la main pour pu jamais avoir de corne, pu jamais avoir à me saucer dans de la crème hydratante.

Ça, c’était en décembre. On est en janvier.

Mon combo « gants d’automne / gants du Dollarama » fonctionne numéro un depuis un mois. En même temps, je limite mes déplacements et je m’en vais jamais vraiment plus loin que le dépanneur au coin de la rue. 

Hier soir (21 janvier), je reviens du théâtre. J’ai environ 800 mètres à faire pour rentrer chez nous. Mais 800 mètres de trottoirs du Plateau en chaise roulante et en hiver, c’est un peu comme escalader l’Everest pas de jambes : tu dois être fait fort des bras en criss! Je me dis que c’est pas grave, que j’ai les gants parfaits pour faire la job!

Erreur.

J’ai dit erreur?

Erreur monumentale. Magistrale. Démagogique. Ridicule. Digne du dictionnaire catholique au grand complet.

Après deux rues, non seulement j’avais pu de « grip », mais la neige rentrait par le dessus de mes gants et l’intérieur s’est mouillé comme le Titanic en train de couler. Je sais pas comment j’ai fait pour rentrer chez moi. Je sentais pu mes mains. En arrivant dans mon appartement, je suis descendu de ma chaise et j’ai été faire couler de l’eau brûlante dans le bain pendant cinq minutes pour passer mes mains en dessous. C’était ça ou l’amputation.

La bonne nouvelle, c’est que comme j’ai pas de secrétaire, vous savez que c’est bien moi qui est en train d’écrire ce texte, ce qui veut dire que j’ai encore mes mains aujourd’hui.

Tout ça pour dire que les gants parfaits, ils n’existent pas, alors j’ai vraiment le goût de les inventer et de me partir une compagnie de gants.

Alors watchez-vous ben les dragons, je m’en viens! Pis ça sera pas avec des gants blancs!

Le soulagement de la conscience

Dans la foulée de tous les vidéos de Ice Bucket Challenge (avec comme objectif de sensibiliser à la maladie de Lou Gehrig) qui envahissent les réseaux sociaux ces jours-ci, j’ai découvert un mot que je ne connaissais pas, mais qui d’après sa définition, m’apparait bien représenter ce que je pense de tout ce phénomène. Ce mot, c’est slacktivism.

Sur wikipedia, on le décrit ainsi :

The word is usually considered a pejorative term that describes « feel-good » measures, in support of an issue or social cause, that have little or no practical effect other than to make the person doing it take satisfaction from the feeling they have contributed. The acts tend to require minimal personal effort from the slacktivist.

Après le Movember, les têtes rasées, et autres mouvements, voici donc qu’on se verse de l’eau sur la tête et que de manière pyramidale, on nomme trois personnes qui doivent réaliser le défi dans les 24h. C’est un peu comme les fameuses chaînes de lettres qui envahissaient jadis nos courriels, à la différence que cette fois, une cause y est reliée.

Je ne veux surtout rien enlever à la légitimité de chacune des causes. Elles ont toutes leurs raisons d’être et il n’y a pas matière à débat là-dessus.

Cependant, le slacktivism m’agace parce que sa déclinaison directe des phénomènes viraux qui envahissent le web alimente le comportement facile du soulagement de la conscience en plus de mettre une pression directe sur tous ceux qui ne voudraient pas participer à la « saveur du moment ». On ne devrait pas se faire imposer une cause. Il devrait être libre à chacun de donner aux causes qui lui tiennent à coeur, à la mesure de ses moyens, et surtout, pour les bonnes raisons.

Le slacktivism crée un sentiment de bien-être, mais il a aussi comme effet pervers de faire sentir cheap tous ceux qui ne voudraient pas participer. Et ça, c’est tout simplement malsain, car on rentre dans une déclinaison de ce que j’appelle « le commerce de la pitié » : montrer la souffrance pour toucher une corde sensible qui fait sentir mal de ne pas donner. Je suis bien placé pour en parler, car jeune, j’ai été porte-parole des enfants handicapés pendant sept ans pour un organisme qui amassait des fonds pour acheter des appareils de soutien à ceux-ci. Encore une fois, je n’enlève rien à la légitimité de la cause dont j’ai moi-même profité, mais avec du recul, une fois devenu adulte, je me suis interrogé à plus d’une reprise sur la manière en repensant aux activités de financement auxquelles j’avais moi-même participé.

Or, à cause du succès du Ice Bucket Challenge, et parce que le web carbure aux phénomènes viraux, tout porte à croire que l’on verra de plus en plus de ce genre d’initiatives pyramidales. Si j’étais à la tête de l’organisme qui amasse des fonds pour ceux qui ont des poils de dessous de bras roux, je chercherais ardemment une manière d’adapter le concept au profit de mon organisation. Et si la tendance se maintenant, lors d’un prochain phénomène viral, on en viendra à se demander : « Et celui-là, c’est pour quel cause? » Imaginez si on s’était demandé cela lors du bref passage des Harlem Shake sur le web!

Au final, je souhaite simplement que les raisons derrière les dons soient les bonnes, et que l’on n’encourage pas le simple soulagement de la conscience pour ne pas se sentir cheap. Parce que même s’il est question d’une cause, le mélange d’un phénomène viral et de l’argent ne fait automatiquement bon ménage.

Mise à jour : une première version de ce texte faisait état de « mouvement » au lieu de « phénomène » dans le premier paragraphe. J’ai décidé de corriger le mot, car je ne veux surtout pas remettre en question la légitimité de la cause, mais bien la déclinaison des aspects viraux du phénomène.