CECI N'EST PAS UN BLOGUE

Catégorie : histoires vraies

Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais

Je n’écris pratiquement plus sur mon blogue. Manque d’inspiration, page blanche, ce que vous voulez… Je le garde actif parce que je me dis que ça peut toujours revenir n’importe quand, et surtout parce que c’est un excellent moyen de se défouler. Chaque fois que j’écris un texte et que je regarde les statistiques, je n’en reviens pas de la quantité de personnes qui me lisent. Alors premièrement, merci d’être là! Et deuxièmement, j’ai envie de vous raconter ma fin de semaine.

C’est l’histoire d’un gars en chaise roulante (moi) qui s’en va manger avec ses parents et sa soeur dans un resto de l’avenue Mont-Royal. Ça fait trois ans et demi que j’habite sur le Plateau, et c’est un trajet que j’ai fait des centaines de fois. Ce jour-là, j’ai un bref moment d’inattention. Ma chaise roule dans un nid de poule, bascule vers l’avant, et je tombe tête première sur le trottoir. Par réflexe, j’ai le temps de me retenir avec mes mains pour éviter que le choc soit trop violent. Mais je suis attaché et ma chaise est accrochée après moi. La première chose que je dis à mes parents, c’est « Détachez-moi!!!! » pour enlever la chaise.

Parenthèse.

C’est la quatrième fois que je bascule vers l’avant avec une chaise roulante. À chaque fois, j’étais attaché et je me suis toujours dit que si ça n’avait pas été le cas, je me serais sûrement moins blessé. Les compagnies qui fabriquent les chaises conçoivent des roues trop petites à l’avant, ce qui augmente automatiquement les chances de basculer à cause d’un petit obstacle. La vigilance est de mise, sans quoi vous vous retrouvez à écrire des anecdotes comme celle-ci sur votre blogue.

Fin de la parenthèse.

Mon père me détache de ma chaise et je suis assis sur le trottoir. J’ai mal au pied. Pas juste un peu. Ma tolérance à la douleur est quand même très forte étant donné que j’ai eu au-dessus de 150 fractures dans ma vie (demandez-moi pas le chiffre exact, j’ai arrêté de compter). Mais là, c’est la première fois que c’est sur le dessus du pied. Pour vous donner une idée, imaginez que vous vous cognez le petit nerf sensible du coude. Sauf que là, le nerf fait 2 pouces de large et 5 pouces de long. Et… ça… ne… passe… pas…

On mange au restaurant. Je vous fais pas un dessin de la grimace de douleur que j’ai dans la face tout le long. Et c’est là que LA question se pose : « veux-tu aller à l’hôpital? » Je sais pas quoi répondre. Mon premier feeling, étant donné mon expérience en la matière, c’est que mon pied n’est pas cassé. Mais je me suis déjà trompé, alors j’ai un doute.

Alors faites ce que je dis, faites pas ce que j’ai fait. Si ça vous arrive, allez à l’hôpital. J’y ai pas été, et voici pourquoi.

Chaque fois que je vais à l’urgence, je suis confronté au fait que ma maladie est tellement rare, que personne ou presque ne la connait. Les rayons-X sont plus difficiles à lire, ce qui veut dire que l’urgentologue de service voudra par défaut l’avis d’un spécialiste, qui n’est pas toujours là ou qui est dans une salle de chirurgie en train d’opérer un autre patient. Au moment de mon accident, on est un dimanche d’une fin de semaine de trois jours et le lundi est férié. Bref, si je vais à l’urgence pour une blessure orthopédique (donc considérée comme non-urgente), je m’expose à plusieurs (et quand je dis plusieurs, j’estime entre 24 à 36) heures d’attente considérant que le médecin spécialiste de qui l’urgentologue voudra l’avis est probablement en train d’ouvrir sa piscine dans son chalet à Tremblant. Tant qu’à attendre, aussi bien attendre chez moi en me disant : « si c’est encore comme ça mardi, j’irai à l’hôpital ».

Pour une raison que j’ignore, mon esprit est capable de faire abstraction de la douleur quand vient le temps de dormir. Ma tête part ailleurs, mes yeux se ferment. J’ai encore mal, mais ça fait partie de moi alors je deal avec.

Lundi.

Mon pied a enflé au point de doubler de volume. Je mets de la glace, je m’ouvre une bière, je mets ma bière sur mon pied. C’est décidé, mardi, je vais à l’hôpital. Ça fait mal en petit Jésus (pour ne pas dire que ça fait mal en criss…)

Mardi.

En me réveillant, je suis un peu sous le choc. Mon pied est encore aussi gros que celui d’un sumo, mais la douleur est passée de 11 sur 10 à 1 sur 10 pendant la nuit. Alors je décide d’attendre et de ne pas aller me taper des heures à l’urgence pour possiblement me faire dire que je n’ai rien. Je mets de la glace, je me rouvre une autre bière, je la mets encore sur mon pied.

Mercredi. (Aujourd’hui)

Mon pied est toujours aussi gros, mais j’ai de moins en moins mal. Mon feeling, c’est que j’ai une entorse avec possiblement une fracture sur le dessus du pied. Mais je n’irai pas à l’hôpital pour ça, parce que de toute façon, c’est un endroit qui ne s’immobilise pas. Exactement ce pourquoi je ne vais plus à l’hôpital non plus pour une fracture de côte. Je vais probablement me faire taper sur les doigts par mes amis qui travaillent dans le milieu de la santé, et c’est précisément pour ça que je vous dit de ne pas faire ce que j’ai fait, surtout si vous ne connaissez pas votre corps suffisamment.

Au final, je sais que je vais être correct. Vrai, j’ai pas été chanceux pour avoir la maladie que j’ai. Mais ce que je trouve le plus fâchant dans toute cette histoire, c’est que je me sens encore moins chanceux de m’être planté dans un nid de poule sur Mont-Royal dans un quartier des plus touristiques alors que les trottoirs ont l’air d’être ceux d’un pays en guerre.

Quand j’étais par terre sur le trottoir et que les passants s’arrêtaient, ils ne voyaient pas un gars en chaise roulante qui s’était planté. Ils disaient : « Même nous, quand on marche, on a de la misère à éviter les trous pour pas tomber ». Je suis prêt à vivre avec ma malchance en ce qui concerne ma maladie. Mais ça serait quand même un peu l’fun que nos élus soient plus responsables en ce qui concerne la sécurité de leurs citoyens.

Et je vous parle même pas de l’entretien en hiver…

Mon plus beau souvenir des Nordiques

Vingt ans aujourd’hui que les Nordiques sont déménagés au Colorado. J’avais dix ans. J’ai tellement pleuré leur départ. Si le petit gars que j’étais à l’époque savait que je prends pour le Canadien aujourd’hui, il pleurerait tout autant et il essaierait probablement de me frapper. Mais, bon, il n’en serait pas capable étant donné que je suis rendu pas mal plus fort que lui…

Les Nordiques, c’était ma vie! Je me souviens d’avoir vu Jaromir Jagr (le même qui joue encore aujourd’hui) du fin fond des blancs du Colisée, d’avoir vu Joe Sakic déjouer Tom Barrasso lors de cette même partie, d’avoir assisté à un match pour ma fête au cours duquel Éric Lindros s’est fait lancer des suces de bébé, et je me souviens de mon premier match à vie contre les Sénateurs d’Ottawa et de la fameuse casquette des séries 93. J’étais en troisième année de primaire et j’avais même écrit un livre qui racontait la partie. Oui oui, rien de moins!

En 1995, quelques mois avant leur dernière élimination (suite à une mauvaise décision de l’arbitre Andy Van Hellemond d’après un jeu simulé d’une certaine recrue nommée Alex Kovalev), les Nordiques ont participé à une séance de signatures au centre commercial les Galeries de la Capitale. Du haut de mes dix ans, je m’y suis rendu avec ma mère.

La foule était monstrueuse. Un agent de sécurité nous a vus moi et ma mère et nous a ouvert le chemin jusqu’au cordon avant afin que je sois au premières loges lors de l’annonce de l’arrivée des joueurs. Curtis Leschyshyn m’a même fait même un « high five » en passant à côté de moi!

Puis, la séance de signature a débutée et il fallait se frayer un chemin au travers des files d’attente interminables. L’agent de sécurité est revenu et nous a dit : « Suivez-moi! » Il m’a fait passer derrière la table des joueurs de manière à ce que je puisses aller cogner sur l’épaule de chacun d’entre-eux pour avoir leur autographe. Ça reste mon plus beau souvenir des Nordiques, de pouvoir tous les rencontrer un à un!

Lorsque je suis arrivé à côté de Joe Sakic, les flashs se sont mis à fuser de partout. Le lendemain, le journal Le Soleil a même publié cette photo en une du cahier des sports : 

JoeSakicEtMoi

En lisant l’article qui témoignait des interminables files d’attente pour obtenir un autographe, on apprenait que les plus chanceux étaient repartis avec quatre ou cinq signatures seulement. Et moi? Je suis probablement le seul à être reparti avec les autographes de tous les joueurs réguliers de la dernière édition des Nordiques de Québec, y compris les entraineurs : Marc Crawford et ses adjoints, des certains Jacques Martin et Joel Quenneville. Bref, cette soirée reste un de mes plus beaux souvenirs d’enfance!

AutographesFINAL

Pas la peine de me faire une offre, ce cadre n’est pas à vendre!

Chaise roulante manuelle 101

L’arrivée du printemps, c’est toujours le moment où je dois me remettre en forme. L’été, je fais 99% de mes déplacements en chaise roulante. Aujourd’hui, ça tombait bien, j’avais besoin d’aller au centre-ville. Ils faisait beau, alors l’occasion était bonne pour y aller à pied (en chaise, je sais, mais je dis à pied pareil, c’est moins compliqué).

J’ai roulé 7,6 km aujourd’hui (d’après Google Maps). Une fois revenu chez moi, j’étais claqué, bien évidemment. Surtout après un hiver d’inactivité. Mais ce qu’il y a de particulier, c’est que j’avais vraiment mal… aux jambes!

Oui, aux jambes! Les bras, ça va. Je suis habitué et plutôt en forme. Mais ce que peu de gens savent, c’est que la chaise roulante est vraiment exigeante pour les jambes. Enfin, pour ceux qui peuvent s’en servir, sans vouloir être méchant.

Nos trottoirs étant parsemés d’obstacles, je me sers constamment de mes jambes pour ramener mon poids vers l’arrière de la chaise lorsque vient le temps d’absorber un choc. Une descente de trottoir, une grosse craque, un nid de poule, peu importe… Tout ça est une question de timing et se calcule généralement en dixièmes de seconde. Je coordonne ma poussée de bras avec ma poussée de jambes de manière à soulever légèrement mon corps vers l’arrière pour absorber le choc au moment voulu et m’éviter d’avoir mal dans le bas du dos. Et étant donné la qualité de nos trottoirs, c’est un geste que je répète assez souvent!

Autre situation fréquente : les côtes. Lorsque je descends une côte, j’utilise toujours la force de mes jambe pour ramener mon poids vers l’arrière de manière à mieux contrôler mon équilibre et éviter les chutes vers l’avant. Ça, c’est sans compter que descendre une côté stimule exactement les avants-bras à l’inverse de ce qu’ils sont habitués de faire. Plutôt que de pousser, il faut retenir. Une simple côte peut devenir tout aussi douloureuse qu’une surface plane pour les bras.

La chaise roulante, c’est du « stop and go ». L’effort est toujours inégal en fonction du terrain, et arrêter signifie automatiquement perdre l’élan et devoir pousser plus fort pour repartir. Côté cardio et endurance physique, c’est aussi efficace et pas mal moins cher qu’un abonnement au gym.

Alors si ça vous dit de vous mettre en forme, je vous invite pour une petite « ride » de chaise roulante cet été! Mais soyez prêts à souffrir des bras… et des jambes!

L’hiver

J’ai pas d’anecdotes cette semaine. Pour avoir des anecdotes, il faut qu’il se passe quelque chose. Mais ici, c’est l’hiver. L’hiver long. Froid. Interminable. Blanc, surtout.

Février, c’est la traversée du désert. Un désert de glace qui fige le temps, les mouvements, déforme les perceptions et trouble la vision tel un blizzard. Qu’est-ce que je fais dans ce pays de merde déjà? Ah, oui c’est vrai. J’oubliais, je suis né ici.

Samedi dernier, c’est la dernière fois que je suis sorti. On annonçait de la neige pour le lendemain et mon frigo était pratiquement vide. Je suis donc sorti le temps d’aller à l’épicerie et de revenir, histoire de mettre un peu de sport extrême dans ma vie et de naviguer entre les plaques de glaces. Je suis revenu brûlé. Exténué par le simple fait d’aller faire l’épicerie. J’ai fait une sieste. Parce que je venais de faire l’épicerie.

C’est ça l’hiver.

Et dimanche, il a neigé. J’ai regardé les flocons tomber au travers de ma fenêtre et j’ai compté les jours jusqu’à mars. Puis, jusqu’à avril…

Bon, quand est-ce que je sors la prochaine fois? Dans une semaine? J’ai de la bouffe pour combien de jours? C’est quoi la météo cette semaine? Beurk, -25 vendredi, 5 cm de neige samedi.

C’est l’hiver.

Ha, tiens, j’en ai une anecdote qui me revient! Hiver 2009. C’était un peu comme aujourd’hui, sauf que j’habitais dans une résidence universitaire de l’UQÀM qui était à peine assez grande pour que je puisses me retourner sur moi-même avec ma chaise roulante. C’était mal isolé. Autant d’un point du vue sonore que chauffant.

C’était l’hiver. Je venais de passer au-dessus d’une semaine sans sortir. Enfermé, seul, à respirer l’air de mon petit cube de survie. J’ai explosé. Je suis sorti par orgueil. Pas parce que j’avais besoin de sortir, mais parce que j’étais écoeuré que l’hiver me dicte comment je devais vivre. Je savais très bien que ce ne serait pas bien déneigé.

L’hiver, sur le sens unique qu’est la rue Sanguinet, c’était plus sécuritaire de rouler directement dans la rue à contre-sens des autos qui pouvaient arriver à tout moment que sur le trottoir. C’est ça l’hiver!

Je suis allé au Archambault pour m’acheter un CD. Je n’en avais pas besoin. Ça ne pressait surtout pas. Mai ce n’était pas l’hiver qui allait me dicter quand j’avais envie d’écouter de la musique!

Aujourd’hui, c’est encore l’hiver. Je me dis que je pourrais prendre le temps d’écrire sur mon blogue. Ça passerait le temps! Mais j’ai pas d’anecdote. Parce que pour avoir une anecdote, il faut qu’il se passe quelque chose. Et là, il se passe pas grand chose. C’est encore l’hiver.

Malédictions!

Ceux qui lisent régulièrement ce blogue savent pertinemment que je n’exagère jamais. Je me permets une trêve de plaisanteries ici (ou pas) afin de vous parler d’un sujet extrêmement sérieux (ou pas) qui a fait grimper l’empathie en moi à des sommets inatteignables (ou pas).

D’abord, petite mise en contexte. Je fais souvent des blagues avec le fait qu’il nous arrive régulièrement (moi et ma chaise roulante) de rencontrer des génies de l’école nationale de l’humour qui ont la brillante idée de lancer spontanément avec une voix de mononc’ cochon l’hilarante (not) phrase : « Roule pas trop vite, tu vas pogner un ticket! »! D’ailleurs, mon record personnel en la matière est de trois fois en l’espace d’une minute sur l’avenue Mont-Royal, mais ça c’est une autre histoire. À noter aussi la variante hivernale qui est tout aussi nullement désopilante : « As-tu mis tes pneus d’hiver? »

Même si mes excès de politesse me font généralement répondre : « Haha, c’est la première fois que je l’entends…….. aujourd’hui! », la vérité, c’est que c’est plutôt un « Aaah, ta yeule » qui me traverse l’esprit à chaque fois. Et je vis avec cette malédiction depuis plus de deux décennies…

Mais récemment, je me suis rendu compte qu’il existait un groupe de la population qui était beaucoup plus assujetti que moi à être victime d’allusions plates sur une base quotidienne. Au point de réaliser que ma situation est loin d’être si pire que ça finalement.

Ce groupe, ce sont les filles qui s’appellent Roxanne. Mesdames et mesdemoiselles, j’ai mal pour vous. Je n’ose même pas imaginer la quantité de fois par jour dont vous devez être victimes de références (plates) à la toune de The Police dont la seule réelle qualité est de rester pognée dans la tête des gens (on va se dire les vraies affaires). Ça doit être aussi insupportable que la toune elle-même.

Chers futurs parents, rendez service à votre fille et ne l’appelez surtout pas Roxanne. Elle ne vous en remerciera peut-être jamais, mais si vous faites l’inverse, son nom deviendra une malédiction qui la transformera en victime d’allusions plates pour le restant de ses jours.

Messieurs, j’ai aussi un conseil pour vous. La prochaine fois que vous voulez aborder une Roxanne dans un bar, récitez-lui donc un extrait de Cyrano de Bergerac (sauf si vous êtes à Laval) au lieu d’essayer en vain d’atteindre des notes que vous n’arriverez jamais à chanter sur un ton juste sans vous squeezer les testicules dans un presse-citron.

Et à toutes les chères Roxanne de ce monde, je partage votre souffrance et je suis de tout coeur avec vous. Le seul réel conseil que je peux vous donner pour survivre dans ce monde cruel, c’est de faire changer votre nom pour Eleonore Rigby. Ça devrait régler votre problème, sauf si vous tombez sur un violoncelliste.

Histoires de taxis

On a tous une histoire de taxi. Moi, j’en ai à peu près 18 000…

Vrai, je prends beaucoup de taxis l’hiver, donc ça contribue certainement à augmenter le risque d’anecdotes savoureuses. D’ailleurs, ça faisait un bon bout de temps que je voulais vous en raconter quelques unes. Et c’est celui que j’ai pris ce matin qui m’a finalement décidé à prendre un peu de temps pour vous raconter ça.

Quand j’appelle un taxi (et j’appelle toujours la même compagnie), j’en demande un qui peut prendre une chaise roulante qui se plie. Ça diminue généralement assez bien le risque de tomber sur quelqu’un qui m’amène les morceaux un par un pour que je remonte ma chaise moi-même (oui, ça s’est déjà produit).

L’affaire, c’est qu’il m’arrive quand même assez régulièrement d’avoir l’impression que le chauffeur me prend pour un cave, ou du moins, qu’il pense que je prends pas des taxis souvent.

Avant de rentrer plus en détails dans ma « ride » de ce matin, voici un petit éventail des types de chauffeurs sur lesquels je suis déjà tombé. Par où commencer?

Dans les vrais champions, on retrouve d’abord celui qui a fait un accident et qui a laissé le compteur tourner le temps d’aller voir les dégâts. Ciao bye ton tip, maestro!

Il y aussi le chauffeur qui laisse le compteur tourner le temps de remonter ma chaise roulante et qui semble avoir ben ben ben de la misère à remettre trois morceaux ensemble. J’ai trouvé un truc pour éviter ça. Vous allez le découvrir un peu plus loin.

Trêve de sarcasme, il y en a aussi des excellents. Comme celui avec une mémoire phénoménale qui se souvenait non seulement de m’avoir pris cinq mois plus tôt, mais qui était capable de dire où il m’avait pris et où il m’avait amené :

– Je me souviens, je vous ai pris sur la rue Molson au mois d’août.

– Oui, c’est ma soeur qui habitait là!

– Et je vous ai amené sur De Gaspé, c’est bien ça?

– Oui, j’avais une entrevue pour une job.

– Et puis?

– Je l’ai eue! Je suis redéménagé à Montréal à cause de ça! Et c’est à cause de cette job-là que je suis dans votre taxi aujourd’hui!

Le chauffeur à l’aéroport de Pékin qui parlait évidemment pas un mot d’anglais et à qui j’ai remis un courriel reçu en mandarin qui disait où il devait m’amener. Après 40 minutes dans le char, je vous avoue que j’ai commencé à me poser des questions à savoir si j’allais pas finir haché dans des croquettes de poulets chez McDo. Finalement rendu à destination, ce même chauffeur a aussi cru que mon billet de 100 yuans échangé à l’aéroport de Québec était un faux.

J’ai aussi déjà croisé le chauffeur qui se fait appeler « John l’Albanais » et qui a réussi (entre le centre Bell et le Plateau) à ramener la conversation au fait que les gens sur les fermes aiment bien avoir des relations sexuelles avec des chèvres.

Et j’en passe…

…et celui de ce matin!

J’ai tout de suite su que ça allait être une mauvaise expérience quand je l’ai vu partir le compteur avant que je monte dans l’auto. Devinez quoi? Il a eu beaucoup de misère à rentrer ma chaise… dans sa mini-van!

Encore une fois, ciao bye ton tip, Einstein! Tu penses que je prends jamais de taxis? Strike one!

Il commence à prendre des petites rues.

– C’est pour éviter le trafic, qu’il ajoute.

– J’espère ben mon ost*, que j’ai pensé…

– Je dois vous donner un bon service, comme ça vous allez me rappeler!

– Après que t’ailles parti le « meter » avant de rentrer dans le char, que j’ai pensé? T’es-tu malade!

Après quoi, il est évidemment allé se domper dans le stationnement qu’était la rue Sherbrooke à cette heure matinale parce que c’était de toute évidence l’unique chemin pour se rendre à destination.

Strike two!

Rendu à destination, j’ai sorti mon truc pour qu’il ne me refasse pas le coup du compteur. Dès que l’auto s’arrête, je dis : « est-ce que je peux avoir un reçu pour X SVP? » Même quand j’ai pas besoin de reçu, je le fais quand même. Comme ça, si le chauffeur m’a pris pour un cave, au moins il sait qu’il aura pas une cenne de plus peu importe ce qu’il fait à partir de ce moment-là.

C’est là que je me suis redu compte que j’étais vraiment tombé sur un génie. Il m’a donné un reçu blanc en me disant : « Tiens, tu le rempliras toi-même! »

Ben coudonc… Merci ben Einstein!

Et vous, c’est quoi votre histoire de taxi?

La fois que j’ai insulté un chinois

Je ne pense pas vous avoir déjà raconté la fois que j’ai insulté mon voisin chinois quelques minutes avant qu’on s’envole pour 13 heures en direction de Pékin.

C’était en 2009, à l’abord d’une piste de l’aéroport de Chicago. Le matin même, je m’étais envolé de Québec pour aller à l’autre bout de la planète présenter un court-métrage dans un festival d’écoles de cinéma. Le plus beau voyage de ma vie, mais ça, c’est une autre histoire. À l’aéroport de Québec, à 6h30 du matin, j’ai croisé un voyageur américain qui m’a demandé où j’allais. Lorsque je lui ai dit que j’allais à Pékin en passant par Chicago, il m’a répondu : « Pas Chicago! C’est le premier aéroport à annuler tous ses vols dès qu’il y a la moindre intempérie! » L’histoire allait prouver lors du voyage du retour qu’il avait bien raison, mais ça aussi, c’est une autre histoire…

OK, OK. J’en reviens à mon « ami » chinois…

Je suis en classe économique de United Airlines. Bref, j’ai l’impression que l’espace entre les bancs a été conçu pour des gens comme moi, pas plus grands que 4 pieds. Je n’ose même pas imaginer comment quelqu’un de plus grand peut envisager survivre à un vol de 13 heures dans ces conditions. Je veux bien croire que les asiatiques ne sont pas très grands, mais il y a quand même des limites…!

Je suis côté hublot et j’ai trois voisins. Mon voisin immédiat, le chinois en question, a la brillante idée (et ce n’est pas du tout sarcastique) de tenter un contact humain avec moi étant donné qu’on va passer les 13 prochaines heures à s’accrocher le coude. Il me regarde et me parle en anglais avec son accent : 

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : What?

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : For what?

Lui : Da fasta?

Moi : I don’t understand…

Il se fâche.

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : Sorry…

Il se retourne et ne dit plus rien. Quelques secondes plus tard, l’hôtesse de l’air vient m’expliquer en anglais qu’une personne a été mandatée pour s’occuper de moi en cas d’urgence. Nous avons une conversation tout ce qu’il y a de plus fluide. Je comprends son accent et elle comprend bien le miens aussi. Puis, elle quitte.

Je n’ose pas regarder mon voisin. Son visage camoufle bien mal sa frustration. Et sur ce superbe malaise, l’avion s’est engagé sur la piste et nous ne nous sommes pas reparlé du vol. En gros, en 13 heures, j’ai écouté le film d’animation UP sous-titré en mandarin sur un écran de cinq pouces à peu près cinq fois et j’ai tenté de comprendre comment on faisait pour manger une soupe avec des baguettes. Voilà qui résume parfaitement mon vol.

Le lendemain, bien couché dans l’inconfortable lit de la résidence universitaire de la Beijing Film Academy, j’ai repensé à mon voisin chinois et un éclair m’a traversé l’esprit. Il me demandait : Are you going to Beijing for the first time?

Je me suis senti tellement épais…

Tinder, prise 2

D’abord, excusez mon mutisme des dernières semaines. Ceci n’est pas un blogue est loin d’être mort, c’est juste que son auteur est un peu, beaucoup, passionnément, à la folie dans le jus. Il travaille beaucoup. En plus, il se réveille souvent dans des positions très inconfortables sur son divan à quatre heures du matin en se disant « Wooo… OK, je vais aller me coucher dans mon lit». Et comme si ce n’étais pas assez, il a commencé à parler de lui à la troisième personne. Non, mais ramenez-le sur terre quelqu’un! Payez lui des vacances! Ou encore mieux, des billets pour aller voir le Canadien!

Puisque ça fait quelques fois que les gens me demandent « Hey, de quessé qui se passe avec ton blogue? », je fais une pause dans ma soirée de travail pour vous raconter une anecdote.

Tantôt, j’étais en train de « swiper » des faces sur Tinder. Ben oui, je sais, c’est pathétique, mais que voulez-vous (comme dirait un certain politicien de Shawinigan), j’ai pas encore trouvé la fille avec qui j’ai envie de me marier, d’avoir des enfants, de me divorcer, pis de payer une pension. Elles sont dures à trouver, ces perles rares.

Tout ça pour dire que je tombe sur deux filles qui disent dans leur description : « Je cherche le père de mes enfants ».

OK, UNE instant, comme dirait Benoît Brunet. Tu cherches le père de tes enfants sur Tinder? Premièrement, on s’entend que tes enfants doivent trouver ça quand même assez étrange que t’ailles perdu leur père! Sans compter que Tinder, c’est pas tant le premier endroit où je commencerais à chercher. Au pire, commence par ton historique de cellulaire, par tes courriels… Parce que sur Tinder, il faut non seulement que tu « like » le père de tes enfants, mais lui aussi il va devoir te « liker ». Et si tu l’as perdu, c’est fort probablement parce qu’il s’est sauvé! Et s’il s’est sauvé, c’est fort probablement parce qu’il a pu envie de te « liker ».

J’ai pas pris de chance, j’ai immédiatement été changer ma description de profil pour écrire que je n’étais pas le père de tes enfants étant donné que j’avais pas eu d’enfants avec personne. Et comme je suis ouvert aux autres langues, j’ai terminé en ajoutant : I all sauce peek English.

Sur ce, je retourne travailler, mais n’hésitez pas à m’envoyer un pigeon voyageur si vous trouvez que ça prend trop de temps avant que je publie mon prochain texte!

Ma meilleure photo depuis longtemps

La semaine dernière, je suis tombé sur cet article du journaliste Steve Faguy qui parle de la polémique entourant le site MTL Blog et de ses pratiques éthiques douteuses (merci au toujours très pertinent Matthieu Dugal). Je vous invite à le lire au complet même s’il est très long, car c’est très instructif! En gros, on y parle du fait que le site, qui se prétend de nature journalistique, ne soit en fait qu’une sorte de façade promotionnelle, qu’il vole du contenu, qu’il ne paie pas très bien (et parfois pas du tout) ses contributeurs, et qu’il demande aux photographes couvrant les soirées dans les bars de seulement prendre des photos de « drunk sluts ». Rien de moins. J’étais abonné à la page Facebook de MTL Blog. Après avoir lu ce texte, je ne l’étais plus. 

En fin de semaine dernière, je devais être dans un enterrement de vie de garçon à Québec, mais j’ai décidé des rester à Montréal étant donné que j’avais pas mal de pain sur ma planche de montage. Samedi soir, après avoir bien avancé, un ami me propose d’aller prendre un verre au Nacho Libre, un bar bien cool de la rue Beaubien pour ceux qui ne connaissent pas. Un endroit où il y a même des consoles de jeux vidéos pour faire une petite course de Mario Kart sur un écran HD qui n’a clairement pas été conçu pour accueillir un Nintendo 64. Je suis un peu tanné de faire du montage, donc j’accepte l’offre de mon ami même si ça me prend une bonne demi-heure de « roulage » pour aller au Nacho. 

Sur place, on se retrouve un peu malgré nous au milieu d’une soirée thématique à saveur de Whisky qui goûte les petits coeurs de la St-Valentin, le Fireball. Nous ne savions pas ni l’un ni l’autre que cette soirée avait lieu avant d’arriver sur place. Puis, j’aperçois un photographe et je comprends tout de suite qu’il « travaille » (est-il payé pour être là?) pour MTL Blog, car ce n’est pas la première fois que le bar publie des photos de ses événements via le site de promotion. Je n’ai pas vraiment envie de me faire prendre en photo, mais le photographe vient quand même faire son tour. Je me doute bien que la photo de moi ne se retrouvera pas sur le site web, car je ne corresponds en rien à la définition d’une « drunk slut ». 

D’ailleurs, probablement que le photographe ne serait jamais venu me voir s’il m’avait aperçu dans son objectif quelques minutes plus tôt. Voyant très bien que j’étais dans le champ de la caméra pour une photo, je ne me suis pas gêné pour subtilement mettre ma main au visage et faire un doigt d’honneur aux pratiques éthiques de MTL Blog. Comble de l’ironie? La photo se retrouve sur leur site web. Avec deux filles en avant-plan, et moi et mon « fuck you » en arrière-plan.

La photo se trouve ici. Ne vous laissez pas distraire par les deux filles! Je suis quelque part en arrière… 

La fois que quelqu’un m’a appelé « Capitaine »

Je me promène sur St-Denis par un bel après-midi ensoleillé. Je rentre chez moi. Un trajet que j’ai fait des dizaines de fois. Un gentil français m’a aidé à monter la côte entre Ontario et Sherbrooke. Ça tombait bien, j’avais pas envie de la monter cette journée-là.

Dépassé la rue Cherrier, je passe devant la brasserie du même nom et un monsieur sur la terrasse m’interpelle : « Hey, Capitaine! » 

Ils sont quatre à sa table, mi-quarantaine, le look mononc-matante-bons-vivants-fumeurs-sympathiques. « Veux-tu un shooter? » L’homme me tend le petit verre que le serveur vient tout juste de lui apporter. J’hésite, mais ils ont l’air sympathiques et j’ai envie d’un petit remontant, alors j’accepte. 

Je m’approche de la terrasse, je bois le shooter, et l’homme me verse un petit verre de bière en ajoutant : « Tiens, prends un peu de bière pour faire passer ça! » La Coors Light bien froide rentre comme de l’eau après whisky que je viens d’avaler. C’est une très chaude journée d’été et la bière fait son effet. « Ouais, ça fait du bien », que je dis. Et l’homme me tend un billet de 10$ et ajoute : « Ouais, hein? Tu t’en achèteras une grosse en rentrant chez toi! »

C’est le genre d’anecdote qui m’arrive périodiquement parce que je suis en chaise roulante et que les gens aiment bien manifester leur empathie. Une histoire de ce calibre-là par contre, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Ces temps-ci, c’est plutôt les sans-abris du Plateau qui ont l’empathie facile envers moi. Ils me reconnaissent tous, me saluent tous, et une fois, il y en a même un qui a voulu me donner une bouchée de son baklava. Le même qui me souhaitait « bon courage » chaque fois que je passais en avant de lui sur Mont-Royal. J’avais toujours envie de lui répondre : « Non, toi, bon courage! Moi, je m’en vais faire mon épicerie… » Je parle de lui au passé, car ça fait un bon bout de temps que je ne l’ai pas revu. 

Les gens ont une drôle de relation avec la souffrance. C’est toujours fascinant de voir comment ils manifestent (ou ne manifestent pas) leur empathie. Ce sont souvent ceux qui ont passé par des périodes difficiles qui se sentent interpelés et qui ont envie de partager leur expérience. Comme celui qui m’avait dit dans la file d’attente du Provigo : « Je comprends ce que tu vis, j’ai fait de l’héroïne pendant longtemps ». Bon, pour la comparaison, on va repasser, mais le fond du message est là quand même.

Au final, on a chacun notre propre définition de la souffrance et des moments difficiles. Les gens qui me manifestent leur empathie font souvent apparaître un petit sourire en coin sur mon visage. Je suis pas à plaindre, le pire est derrière moi. Par contre, peu importe le sens que cela prend dans la tête des gens, il semble y avoir au moins une tendance universelle pour tout le monde, peu importe ce qu’on a vécu : un shooter comme petit remontant, ça fait toujours du bien!