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Catégorie : cinéma

Ma critique de « Spectre »

Juste pour le plaisir (et parce que je suis dans l’autobus Québec-Montréal et que j’ai du temps à tuer), j’ai envie de vous faire ma critique de Spectre, le nouveau James Bond.

Spectre débute à la fin de Skyfall. Bond, désavoué par son agence, doit partir secrètement en mission afin de prouver qu’à l’ère des communications et des services de renseignements du 21e siècle, il est encore tout à fait pertinent d’être un tueur en série alcoolique et macho. Sur sa route, il croisera Monica Bellucci en insipide veuve (dont on découvrira qu’elle portait des sous-vêtements sexys le jour des funérailles de son mari « en cas que »), ainsi que Léa Seydoux, une multiple docteur en whatever, et spécialiste des armes à feux qui aime bien avoir du sexe après une éreintante bataille et ce, sans même soigner ses blessures ou encore prendre une douche. Bond et Swan (Seydoux) partent à la recherche de Chris Waltz, dont le réel exploit ici reste de ne pas jouer comme dans ses films avec Tarantino.

Bon, là vous allez vous dire : « Ouain, ça part bien… » Pourtant, j’ai bien aimé Spectre! Pour vrai!!! Mais… OK, il faut y mettre un bémol. Dans la foulée de cette méga-production de 300 millions de dollars de budget, il faut au final prendre le film pour ce qu’il est, et non pas pour ce qu’on essaie de nous faire croire qu’il est.

Si on prend Spectre seul dans toute la série des 007, il demeure un très bon film. Le problème, c’est qu’on nous l’a vendu comme l’aboutissement des trois films précédents. Et là, c’est tout à fait raté. Pourquoi? Parce que les scénaristes tentent de boucler une boucle qui n’a tout simplement jamais été ouverte. Spectre ne donne même pas envie de revoir les trois précédents pour en faire une relecture suite à cette « conclusion ». Les scénaristes se sont un perdus dans leur powertrip de vouloir tout mettre dans un même film avec comme fausse bonne idée de clôturer une tétralogie qui n’en n’est pas réellement une.

Dans l’ensemble, Spectre reste fidèle à la recette des James Bond et demeure un film très divertissant si on le prend tel qu’il est, sans penser à ce qui est venu avant. À 2h30, il aurait pu être resserré légèrement. Pour ce qui est de la direction photo et du montage, on est dans les codes du genre, tout simplement. Dernier détail, il m’a semblé que certains effets visuels auraient pu être encore un peu travaillés. Mais croyez-moi, c’était pas pour rentrer dans la saison des oscars qu’on l’a sorti comme prévu en Novembre.

En rafale :

On a beaucoup reproché à Monica Bellucci de ne pas parler de son personnage en entrevue. Avec du recul, force est d’admettre que c’est parce qu’il n’y avait tout simplement rien à dire.

Certaines scènes en Autriche (AKA la poursuite entre un avion et des VUS) utilise des véhicules immatriculés en Suisse.

Malgré ses 2,9 millions d’habitants, il est bon de savoir qu’il n’y a pas une voiture qui circule la nuit à Rome. Ça en fait la ville idéale pour une poursuite avec de luxueuses voitures de course.

L’agent 009 a des goûts musicaux de merde. (Ceux qui ont vu le film vont comprendre)

PS : Je donne un gros 0/10 à Cineplex pour la dégueulasse copie (que je soupçonne être du) 2K avec en prime des pixels gros comme mon pouce et un énorme « aliasing » clairement visible sur tous les titres des génériques. Vrai, la copie ne se détériore pas, mais tant qu’à ne pas avoir des projecteurs numériques de qualité suffisante pour la grosseur des écrans, ramenez-nous donc du bon vieux 35mm! J’aime mieux voir des scratches que des pixels.

Un projet un peu fou

Il y a quelques mois, on m’a approché pour monter le projet « Un 30 mai ici-bas » piloté par Le Devoir et Fabien Deglise qui y est journaliste. L’idée piquait la curiosité : créer un documentaire participatif en demandant aux gens de fournir un court clip tourné le 30 mai 2014.

Quelques semaines avant le lancement du projet, je suis allé rencontrer Fabien pour en savoir plus. Je me suis rapidement rendu compte que ce qui était attirant dans ce projet, c’était aussi ce qui faisait peur. Dire oui à « Un 30 mai… », c’était un peu comme plonger dans le vide vers l’inconnu sans savoir si le parachute allait ouvrir.

On vise un format de combien de temps? On va monter ça comment, sous quel angle? Est-ce que ça va valoir la peine de faire quelque chose de gros avec ça? Un lancement ou une première?

Toutes les questions avaient la même réponse : ça dépend de la participation des gens! Ça dépend de la qualité du matériel, de ce qu’on va recevoir, de la quantité de vidéos, etc.

J’ai pris le risque de sauter et j’ai dit oui. D’une part parce que les projets comme celui-là sont rares, mais surtout parce que monter du matériel aussi varié, c’est de l’écriture à son état le plus pur.

La participation du public a été exceptionnelle. Plus de 1000 clips ont été envoyés et quelques semaine plus tard, je me suis retrouvé en possession d’un minuscule disque dur qui avait pourtant des airs de monstre. C’était un buffet tellement riche qu’il était difficile de savoir par où commencer. J’ai vraiment été très impressionné par l’ensemble du matériel. Il y avait un potentiel d’écriture immense.

Plusieurs mois plus tard, nous voici au grand moment du dévoilement. Le lundi 3 novembre prochain, « Un 30 mai ici-bas » (qui est d’une durée de 44 minutes) sera présenté à la SAT à Montréal en grande première. La projection sera suivie d’une discussion. Tous les détails sont sur le site du projet.

Je vous invite donc à venir voir ce film dont je suis vraiment très fier! Pour son côté anthropologique, pour voir comment les gens ont individuellement perçu ce fragment et de temps, mais surtout pour être témoin de cet échantillon collectif d’humanité.

La fois que j’ai insulté un chinois

Je ne pense pas vous avoir déjà raconté la fois que j’ai insulté mon voisin chinois quelques minutes avant qu’on s’envole pour 13 heures en direction de Pékin.

C’était en 2009, à l’abord d’une piste de l’aéroport de Chicago. Le matin même, je m’étais envolé de Québec pour aller à l’autre bout de la planète présenter un court-métrage dans un festival d’écoles de cinéma. Le plus beau voyage de ma vie, mais ça, c’est une autre histoire. À l’aéroport de Québec, à 6h30 du matin, j’ai croisé un voyageur américain qui m’a demandé où j’allais. Lorsque je lui ai dit que j’allais à Pékin en passant par Chicago, il m’a répondu : « Pas Chicago! C’est le premier aéroport à annuler tous ses vols dès qu’il y a la moindre intempérie! » L’histoire allait prouver lors du voyage du retour qu’il avait bien raison, mais ça aussi, c’est une autre histoire…

OK, OK. J’en reviens à mon « ami » chinois…

Je suis en classe économique de United Airlines. Bref, j’ai l’impression que l’espace entre les bancs a été conçu pour des gens comme moi, pas plus grands que 4 pieds. Je n’ose même pas imaginer comment quelqu’un de plus grand peut envisager survivre à un vol de 13 heures dans ces conditions. Je veux bien croire que les asiatiques ne sont pas très grands, mais il y a quand même des limites…!

Je suis côté hublot et j’ai trois voisins. Mon voisin immédiat, le chinois en question, a la brillante idée (et ce n’est pas du tout sarcastique) de tenter un contact humain avec moi étant donné qu’on va passer les 13 prochaines heures à s’accrocher le coude. Il me regarde et me parle en anglais avec son accent : 

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : What?

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : For what?

Lui : Da fasta?

Moi : I don’t understand…

Il se fâche.

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : Sorry…

Il se retourne et ne dit plus rien. Quelques secondes plus tard, l’hôtesse de l’air vient m’expliquer en anglais qu’une personne a été mandatée pour s’occuper de moi en cas d’urgence. Nous avons une conversation tout ce qu’il y a de plus fluide. Je comprends son accent et elle comprend bien le miens aussi. Puis, elle quitte.

Je n’ose pas regarder mon voisin. Son visage camoufle bien mal sa frustration. Et sur ce superbe malaise, l’avion s’est engagé sur la piste et nous ne nous sommes pas reparlé du vol. En gros, en 13 heures, j’ai écouté le film d’animation UP sous-titré en mandarin sur un écran de cinq pouces à peu près cinq fois et j’ai tenté de comprendre comment on faisait pour manger une soupe avec des baguettes. Voilà qui résume parfaitement mon vol.

Le lendemain, bien couché dans l’inconfortable lit de la résidence universitaire de la Beijing Film Academy, j’ai repensé à mon voisin chinois et un éclair m’a traversé l’esprit. Il me demandait : Are you going to Beijing for the first time?

Je me suis senti tellement épais…

Robin Williams, le deuil et la mort

Ça fait deux jours que je lis des textes, des statuts et des tweets sur Robin Williams et sincèrement, je suis en train de faire une overdose de 21e siècle. Ça m’écoeure. Cette manière que les gens ont de prendre un drame humain, personnel ou collectif, et de le ramener à leur petite personne en se sentant obligés de nous dire comment eux se sentent affectés alors qu’ils ne sont même pas proche d’être dans les six degrés de séparation qui les relie à ce qui se passe. À l’époque de l’instantanéité, l’empathie et le respect en prennent pour leur rhume. Même un mort se trouve relégué derrière le « je, me, moi ».

Je ne vous parlerai pas de l’influence de Robin Williams sur ma vie, ni des facteurs de la dépression, de la dépendance aux drogues, de la ligne anti-suicide, etc. D’une part, on s’en fout de l’influence qu’il a pu avoir sur moi, et d’autre part, ça reste d’abord et avant tout un drame personnel pour ses proches qu’on enfonce dans des grossières conceptions sociales pour tenter d’expliquer l’inexplicable et de le ramener à notre propre incompréhension de la chose.

La notion de deuil me rend souvent perplexe. Quand j’y pense, j’essaie de m’imaginer mort de vieillesse en train de penser aux autres qui seront en deuil de moi, et j’en viens à la conclusion que je vais probablement en avoir rien à foutre, car je vais être mort. Aussi cru et violent que cela puisse paraître, c’est aussi le cas pour Robin Williams présentement. Le deuil reste un processus normal et indispensable, mais qui sert uniquement de cheminement pour les vivants. Il sert à voir comment leur empathie, leur respect et leur humanité fera d’eux de meilleures personnes qui vont mieux profiter de la vie, mais il se manifeste souvent de bien tristes manières sur les réseaux sociaux. Quand je lis des textes qui manipulent un drame humain pour le ramener au centre d’un égo qui n’est même pas proche d’être concerné directement, j’appelle ça de la manipulation de deuil. Les deux mots qui devraient toujours être au centre d’une telle situation sont empathie est respect.

Malgré le drame et toute la tristesse qui s’en dégage, je ne suis pas en deuil de Robin Williams. Hier, j’ai regardé son dernier « one man show » intitulé Weapons Of Self Destruction (titre ironique désormais, j’en conviens) jusqu’à quatre heures du matin et j’ai ri jusqu’à m’en tordre de douleur. C’était ma façon d’avoir une pensée respectueuse pour cet homme qui voudrait certainement qu’on se souvienne d’abord et avant tout de ses blagues, point.

Ce texte est top secret

Je travaille depuis mai au tournage d’un film, mais il ne faut pas le dire à personne. C’est un projet top secret. Je préfère attendre que le tournage soit terminé avant de dévoiler des informations, mais il y a des rumeurs qui disent que ça pourrait même être un long métrage. Pour l’instant, je veux garder une part de mystère et de surprises. 

On tourne toujours en équipe réduite et même s’il y’a de plus en plus de gens impliqués, on reste un très petit noyau à être au courant de tous les détails. Mardi soir prochain, on tourne des scènes super importantes au chic bar de l’Union française, coin Viger et Berri. Dans le film, mon personnage principal fait de l’impro, alors je me suis dit : on va organiser une vraie soirée d’impro au cours de laquelle on va tourner, mais les gens sauront pas que ça va être pour un film! Je vous le dis, mais ça reste entre nous autres. Faut surtout pas le dire à personne! La ligue d’impro Rocambolesque nous accueille, mais on va aussi avoir des joueurs invités de l’extérieur qui vont faire un match amical. Ça va vraiment être très drôle! 

Si vous êtes curieux, venez faire votre tour et prendre un verre à l’impro mardi soir, mais dites-le pas que c’est pour un film! On va dire aux gens que la caméra qui se promène fait un documentaire sur l’improvisation. C’est comme Surprise sur prise, mais sans Marcel Béliveau.

La page de l’événement Facebook se trouve ici!

Anne-Marie et Antoine

Antoine Rivard-Nolin et Anne-Marie Binette

ÉdithÉdith Côté-Demers

MarcelMarcel Sabourin

Leah

Leah Legault

Arrêtez d’essayer de socio-financer vos films

Sérieusement, les amis en cinéma, faut qu’on se parle. Arrêtez d’essayer de financer vos films par le socio-financement. À chaque fois, vous avez l’air pathétiques en demandant à vos amis de gratter leurs fonds de tiroirs pour vous donner des cennes noires. J’ai mal pour vous. Vous devez apprendre à être plus originaux que ça. Au pire, faites un lave-auto dimanche prochain, ou encore, promenez-vous sur Mont-Royal le vendredi soir avec une de vos amies déguisée en future mariée. Vous avez pas mal plus de chances de ramasser de l’argent qu’en essayant de socio-financer votre film!

Le socio-financement est un modèle adapté aux occasions d’affaires en lien avec un produit dont l’utilité ou l’innovation va permettre de changer la façon de faire actuelle. Un film ne correspond en rien à cette définition. Vous ne pouvez pas offrir de retour sur investissement (et non, je ne veux pas de l’affiche de votre court métrage, de vos photos de plateau, ou encore de votre storyboard). Vous ne pouvez même pas garantir que votre film va être bon alors pensez vous vraiment que je veux mon nom dans le générique? Le socio-financement s’adresse d’abord aux inventeurs et malheureusement, le cinéma a déjà été inventé. À moins que vous n’arriviez à créer une façon révolutionnaire de faire un film (oui, l’odorama, ça a déjà été fait, donc oubliez ça), à moins que vous puissiez garantir une expérience aux gens qui vont vous donner de l’argent, vos chances de socio-financer sans harceler votre famille et vos amis au point qu’ils vont en venir à vous détester sont pratiquement nulles. 

Alors quelles sont les alternatives? Bonne question! Elles sont rares, mais elles sont là. Ça va vous prendre des bons amis, et surtout, beaucoup de travail. 

Dans mon livre Histoires perdues, je raconte comment j’ai créé en 2012 Minifest, un festival de courts métrages internationaux dont l’objectif était d’aller chercher des commandites ciblées que je pourrais réinvestir dans mon film. Au final, je n’ai jamais pu tourner pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le festival, mais j’ai tout de même réussi mon pari. J’avais l’équipe technique fournie, une partie du matériel, et une partie de ma postproduction qui était payée. Et bien sûr, le reste venait de ma poche, car il faut toujours mettre un peu de soi à cette échelle. La leçon que je tire de cette expérience, c’est qu’il faut voir plus large que la simple idée de vendre une idée. Une idée, ce n’est pas physique, ce n’est pas une expérience. Ce n’est pas quelque chose que les gens peuvent tenir dans leurs mains, et ce n’est jamais garanti que ça va être bon.

Une partie de la solution vient donc du concept de vendre A pour financer B. Louez votre appart pour moins cher sur Airbnb et allez dormir chez vos amis quand quelqu’un décide de vous le louer. N’organisez pas qu’un simple « party de financement », organisez le party du siècle avec des groupes, des DJ, vos amis humoristes de la relève (ils ne sont jamais bien loin des gens des cinéma de toute façon), etc. Arrangez-vous pour que les gens aient peur de regretter de ne pas y aller. Offrez un produit ou une expérience. Et encore là, le futur DVD votre de film ne compte pas, car vous ne pouvez pas garantir que votre film va être bon et encore moins qu’il va être révolutionnaire au point de changer les façons de faire.

Si vous avez confiance en votre originalité, vous devriez trouver un moyen de voir plus loin que ce qui se fait déjà. Le mécénat, c’est pour les artistes reconnus. Jusqu’à nouvel ordre, vous êtes des ex-prisonniers de la créativité qui devez vendre des stylos en faisant du porte à porte. Et même si cela va à l’encontre de votre démarche artistique, le mot-clé dans tout ça, c’est le mot « vendre ».

Confessions d’un réalisateur

D’abord, excusez mon silence des derniers jours. Je suis dans le jus. Pas au point de me noyer, mais suffisamment pour manquer de temps pour écrire. J’aime le jus. À l’orange, dans mon steak saignant, mais surtout, j’aime être dedans. Ça aide à se sentir vivant. 

Je suis en tournage demain matin. J’ai hâte. Je me sens comme un enfant qui sait qu’il aura le droit de jouer avec son gros camion Tonka. 

Chaque fois que je tourne, je suis stressé comme si c’était la première fois que je faisais un film. Je ne devrais peut-être pas dire ça, d’autant que certains de mes acteurs liront peut-être ce texte, mais avant chaque tournage, j’ai toujours l’impression que j’ai tout oublié. D’un seul coup, c’est comme si j’allais dire « action » pour la première fois. 

Puis, on tourne le premier plan et d’un seul coup, tout va mieux. Ce premier plan a l’effet d’une dose de morphine comme si j’étais un junkie en manque qui avait besoin de sa dose pour être efficace. Ce premier plan, c’est ma première gorgée de café du matin. À chaque fois. 

Réaliser consiste essentiellement à prendre des décisions. Pour arriver à faire ce travail convenablement, il faut être dans le meilleur état d’esprit possible : avoir bien dormi, avoir bien mangé, être en forme pour rester alerte pendant toute la journée de tournage, etc. 

Un peu comme un joueur de hockey avant une partie importante, je me suis fait un gros spaghatt pour refaire le plein d’énergie ce soir. Je vais essayer de me coucher tôt, mais je n’arriverai probablement pas à dormir à cause de la nervosité.

Demain, dans ma tête, je suis en finale de la Coupe Stanley. Je joue avec des pros et je dois être à la hauteur. Demain, je dois être dans une forme physique et mentale impeccable pour prendre les meilleures décisions à chaque instant. Demain, je dois oublier qui je suis, mettre mon égo au placard, et prendre chaque décision en me posant la même et unique question : est-ce que c’est la meilleure décision à prendre pour raconter cette histoire?

Et surtout, demain, on doit tous avoir du fun…!

Mes 10 règles de scénariste

Si vous fouillez un peu, vous aller constater qu’il existe pas mal d’articles du genre sur internet. Je vous présente donc aujourd’hui mes 10 règles de scénariste. Certaines viennent de moi, plusieurs autres sont de conseillers à la scénarisation avec qui j’ai travaillé par le passé.

Il y en aurait certainement plusieurs autres à ajouter, mais dans l’ensemble du buffet des règles d’écriture, j’ai décidé de d’abord remplir mon assiette de scénariste de celles-ci :

  1. Commencer l’écriture d’un scénario par la scène qui donne le goût d’écrire cette histoire, et non pas par le début. C’est généralement la scène qui sera le coeur du film.
  2. Faire vivre les actions le plus possible avant de faire dire les choses par les personnages.
  3. Dans le même ordre d’idée, deux personnages qui parlent d’un troisième personnage absent constitue un raccourci narratif à éviter, car c’est souvent un prétexte pour « dire » plutôt que « montrer ».
  4. Ne jamais donner dans le scénario une information au lecteur que le spectateur n’aura pas en regardant le film. Par extension, éliminer toute forme d’intention ou d’information qui n’est pas visible à l’écran, et garder un style d’écriture froid et simple qui se concentre sur les verbes d’actions.
  5. Les scènes où les personnages disent réellement ce qu’ils pensent constituent les moins fortes dramatiquement parlant.
  6. Filtrer le plus possible toutes les informations superflues prononcées par les personnages dans leurs dialogues, car ce sont majoritairement des informations qui sont destinées aux spectateurs et qui gagnent à être communiquées visuellement.
  7. Dans le même ordre d’idées, éviter les formules de dialogues qui commencent par « Tu sais que… ». S’il ou elle sait que, c’est que l’autre n’a pas besoin de le lui rappeler.
  8. Quand quelqu’un commente le scénario, apprendre à faire la distinction entre une opinion, une critique, et quelqu’un qui dit simplement ce qu’il aurait fait si c’est lui qui l’avait écrit.
  9. Toute forme d’écriture, peu importe le genre, se résume à ceci : « quand est-ce que je dévoile quoi, et de quelle manière? » C’est la réponse à ces questions qui déterminera le style et le genre. C’est tout aussi vrai pour toutes les autres formes d’écriture : la réalisation, le montage, la musique, etc.
  10. Toute règle peut être transgressée si c’est pour être au service de l’histoire.

L’approche entrepreneuriale cinématographique

Hier, j’écoutais le toujours pertinent Gérald Fillion à RDI économie discuter avec ses « mentors » (aussi appelés « Dragons ») de questions du public relatives au milieu des affaires. Une des questions portait sur la nature du plan d’affaire, sa créativité, et la manière dont il devrait être abordé par les entrepreneurs. 

François Lambert a répondu à la question avec beaucoup de bon sens. Il a d’abord expliqué que le plan d’affaire doit permettre de déterminer qu’on a fait le tour de la question avant de se lancer dans une entreprise. Par contre, il doit aussi être malléable une fois cette même entreprise démarrée afin de bien s’adapter au milieu et contraintes rencontrées en cours de route. En bref, il a décrit cet outil comme une référence à suivre à adapter selon les besoins. C’est alors qu’il y a eu comme un déclic dans ma tête : « OK, un plan d’affaire, c’est un scénario! »

On ne parle pas assez de l’approche entrepreneuriale en cinéma. Je ne parle pas ici de la vision Guzzoïste de la chose d’attirer le plus possible de personnes en salles. De toute façon, s’il existait une formule pour faire un succès garanti, on l’userait à la corde. Même les américains ont plus que souvent prouvés qu’ils sont capable de se planter lorsqu’il est question de répéter une recette. 

Je veux plutôt parler de voir la création d’un film comme le lancement d’une entreprise. Avec tous les avantages et les inconvénients que cela impose. On parle souvent du rôle de l’instinct dans le processus de création filmique (une approche que je combats fermement), mais je crois que le cinéma gagnerait à ce que les réalisateurs se voient plus comme des chefs d’entreprises créatifs que comme des leaders au service de leur instinct. 

Dans La nuit américaine, Truffaut disait « Être réalisateur, c’est répondre à des questions auxquelles on n’a pas toujours les réponses ». Bref, réaliser, c’est prendre des décisions. Point à la ligne. Et là où il y a des décisions à prendre, il y a le piège de tomber dans un caractère trop émotif ou personnel et du même coup, s’éloigner de l’objectif qui était au coeur du plan d’affaire. 

Personnellement, plus je tourne, plus je prône une approche qui définit une « logique de pensée narrative » plutôt que l’instinct. Non pas que l’instinct n’ait pas sa place, mais comme pour tout homme d’affaire, je crois que de trop se fier à son instinct peut finir par jouer des tours. 

Lors de la journée des joueurs autonomes du 1er juillet, le directeur général du Canadien Marc Bergevin a dit : « Je ne suis pas ici pour être populaire, je suis ici pour prendre des décisions afin de faire une meilleure équipe ». Sa façon de remettre le rationnel au coeur d’un sport aussi émotif m’a frappée de plein fouet. Comme pour tout autre forme d’entreprise, la réussite d’une entreprise culturelle repose sur approche décisionnelle qui remet l’idée principale, celle qui justifiait la création du plan d’affaire, au centre de toutes les questions et de toutes les réponses. 

Et pour sa part, s’il est question d’un film, la rentabilité se calculera en fonction de la qualité du produit fini, et non en fonction de l’assistance en salles. 

Le prix du bonheur

Mon texte de ce soir sera très court. On s’entend que tout le monde aime être heureux. Tout le monde aime aimer.

Je ne fais pas de distinction entre le sport et la culture. J’adore le hockey et le cinéma. Et je crois fondamentalement que le spectateur qui va au Grand Prix de Montréal a exactement le même plaisir que le cinéphile qui capote sur le cinéma de Bernard Émond. La source est différente, mais le plaisir qui s’en dégage est exactement le même.

À l’aube du début de la coupe du monde de la FIFA la plus chère de l’histoire, alors que la saison de la LNH va se terminer sous peu, qu’on vient de reconduire le Grand Prix pour 10 ans, et surtout, alors qu’on coupe plus que jamais dans l’ensemble des entreprises culturelles, j’ai envie de vous demander si vous êtes heureux? Et à combien évaluez-vous le prix de votre bonheur? Est-il monnayable? Rentable? Culturellement et économiquement parlant? 

Du pain et des jeux? Non. Du bonheur pour tous.