CECI N'EST PAS UN BLOGUE

Catégorie : actualité

L’ère de la dépossession

Netflix. Shomi. Apple Music. Spotify. Etc. Tous fonctionnent sous le même principe, celui de l’abonnement à la bibliothèque. Pour 10$ par mois, tu as accès à tout, mais tu ne possèdes rien. Bref, la solution qu’on a trouvé pour contrer le piratage, c’est de déposséder l’utilisateur du contenu qu’on ne veut pas qu’il pirate.

Aujourd’hui, je regardais mon appartement et je me demandais : « qu’est-ce qui m’appartient exactement » ? J’ai une petite bibliothèque avec des livres et des DVD, ce qui permet de faire une approximation de mon âge. Je pense que je n’ai même pas de Blu-Ray. Et c’est pas en étant abonné à Netflix que je vais acheter plus souvent! Je vais acheter moins, mais lorsque j’achèterai, ce serai pour « posséder » et  non seulement pour « louer » 

Cette tendance de « dépossession » dépasse largement les industries culturelles : Uber. Car2Go. Bixi. Est-ce qu’une compagnie aérienne a déjà pensé offrir ce genre d’abonnement? Si ce n’est pas encore fait, ça ne saurait tarder.

Ce qui est frappant, c’est de constater comment cette tendance de la dépossession a explosé aussi rapidement. Ça en dit long sur nos comportements de société, et surtout sur la manière dont les entreprises souhaitent garder main mise sur leur contenu tout en fidélisant leur clientèle.

D’un autre côté, ce qui inquiète, c’est n’est pas tant la progression de la tendance à court terme, mais plutôt comment elle se matérialisera chez les plus jeunes : ceux qui vont grandir avec cette mentalité de « dépossession ». Les supports physiques sont à 2 doigts de se retrouver dans les musées. Nos enfants possèderont-ils encore quelque chose à part leur téléphone intelligent?

Et enfin, le plus grand piège dans cet univers de dépossession, c’est la médiocrité. Avec les changements de comportements des consommateurs viennent les changements de mentalités des créateurs. Le jour où tous les contenus se fonderont dans une bibliothèque virtuelle démesurée, quelle place laissera-t-on au contenu de qualité dans un océan de produits où il sera de plus en plus difficile de faire sa place?

On pourrait spéculer longtemps sur l’avenir, mais je crois fermement qu’il y a au moins une chose qui ne changera jamais : les gens seront toujours prêts à payer pour posséder un produit de qualité. Et ça, espérons que les compagnies et startups de ce monde ne vont pas l’oublier à l’heure où on nous dépossède de plus en plus!

Les médecins spécialistes, l’impôt et moi

Quand j’étais au CÉGEP, un de mes premiers emplois à vie a été de faire de la saisie de données de rapports d’impôts pour Revenu Québec. Parce que oui, il y a encore des gens qui font leur déclaration sur papier. C’était horrible. De soir, dans une salle commune de l’édifice Marly à Québec (pour ceux qui savent de quoi je parle), à entendre les claviers à l’infini. J’aurais pu devenir fou, mais j’en ai seulement fait une tendinite.

Je vous entends me dire : « Oui, mais Michel, pourquoi t’écoutais pas de la musique? ». On pouvait seulement écouter de la musique quand nos statistiques atteignaient un certain seuil sans faire d’erreurs. Ça a pris quelques temps avant qu’on m’autorise à mettre du Pink Floyd dans mon vieux « discman ».

Les rapports d’impôts, c’est assez simple. Une fois que les chiffres sont entrés, si ça balance, le chèque part dans le courrier automatiquement. La vérification se fait après, si vérification il y a. Car oui, à moins d’anomalies, les vérifications sont aléatoires.

Plusieurs années plus tard, j’ai pris un cours sur la fiscalité du travailleur autonome en cinéma et télévision. Le comptable qui nous enseignait nous a dit très clairement : « ceux qui vous disent que vous pouvez déduire X, Y, Z, c’est pas parce qu’ils ont raison, c’est juste parce qu’ils se sont pas fait pogner! » Ça a confirmé ce que je savais déjà. Sauf anomalies, les vérifications sont aléatoires.

Ce qui me mène à aujourd’hui.

Je dois 156$ à l’impôt. Cette année, j’ai eu la brillante idée de faire mon rapport d’impôt moi-même pour la première fois. Et j’ai fait une erreur dedans. Une niaiserie d’assurance médicaments.

Sauf que Revenu Québec, ils ont pas vraiment le sens d’humour. Quand ils décident que tu leur dois de l’argent, tu leur dois de l’argent. Au départ, j’ai reçu une belle grande lettre qui disait que je leur devais 600$. Je savais que c’était faux. J’avais peut-être fait une erreur, mais pas à ce point-là. Mais ce qui est stressant dans leur lettre, c’est pas le montant. C’est la mention qui précise que si tu ne donnes pas de réponse dans les 21 jours, ils prennent pour acquis que tu leur dois ce qu’ils te disent et tu n’as plus aucun recours.

Preuves à l’appui, le montant est descendu à 156$. Et l’ironie dans tout ça, c’est que l’employé de Revenu Québec a probablement été payé pas mal plus que 156$ juste pour travailler sur mon dossier.

Ce qui me mène à ceci : comment Philippe Couillard peut-il dire qu’il est impossible de récupérer les sommes payées en trop aux médecins spécialistes? Qu’est-ce qui empêche Revenu Québec de mettre ses méthodes au service de la RAMQ? Pour une fois, ne pourrait-on pas rendre ces vérifications « aléatoires » sur le revenu plus ciblées?

Je vais les payer, les 156$. Je les dois à la collectivité, même si mon erreur a finalement probablement couté plus cher à l’état que mon remboursement. Mais pourrait-on mettre les compétences de vérificateurs comme celui qui s’est obstiné sur mon cas au service de dossiers sur lesquels ont s’est pas mal plus fait avoir comme société?

Je pose la question. Voilà.

Ma critique de « Spectre »

Juste pour le plaisir (et parce que je suis dans l’autobus Québec-Montréal et que j’ai du temps à tuer), j’ai envie de vous faire ma critique de Spectre, le nouveau James Bond.

Spectre débute à la fin de Skyfall. Bond, désavoué par son agence, doit partir secrètement en mission afin de prouver qu’à l’ère des communications et des services de renseignements du 21e siècle, il est encore tout à fait pertinent d’être un tueur en série alcoolique et macho. Sur sa route, il croisera Monica Bellucci en insipide veuve (dont on découvrira qu’elle portait des sous-vêtements sexys le jour des funérailles de son mari « en cas que »), ainsi que Léa Seydoux, une multiple docteur en whatever, et spécialiste des armes à feux qui aime bien avoir du sexe après une éreintante bataille et ce, sans même soigner ses blessures ou encore prendre une douche. Bond et Swan (Seydoux) partent à la recherche de Chris Waltz, dont le réel exploit ici reste de ne pas jouer comme dans ses films avec Tarantino.

Bon, là vous allez vous dire : « Ouain, ça part bien… » Pourtant, j’ai bien aimé Spectre! Pour vrai!!! Mais… OK, il faut y mettre un bémol. Dans la foulée de cette méga-production de 300 millions de dollars de budget, il faut au final prendre le film pour ce qu’il est, et non pas pour ce qu’on essaie de nous faire croire qu’il est.

Si on prend Spectre seul dans toute la série des 007, il demeure un très bon film. Le problème, c’est qu’on nous l’a vendu comme l’aboutissement des trois films précédents. Et là, c’est tout à fait raté. Pourquoi? Parce que les scénaristes tentent de boucler une boucle qui n’a tout simplement jamais été ouverte. Spectre ne donne même pas envie de revoir les trois précédents pour en faire une relecture suite à cette « conclusion ». Les scénaristes se sont un perdus dans leur powertrip de vouloir tout mettre dans un même film avec comme fausse bonne idée de clôturer une tétralogie qui n’en n’est pas réellement une.

Dans l’ensemble, Spectre reste fidèle à la recette des James Bond et demeure un film très divertissant si on le prend tel qu’il est, sans penser à ce qui est venu avant. À 2h30, il aurait pu être resserré légèrement. Pour ce qui est de la direction photo et du montage, on est dans les codes du genre, tout simplement. Dernier détail, il m’a semblé que certains effets visuels auraient pu être encore un peu travaillés. Mais croyez-moi, c’était pas pour rentrer dans la saison des oscars qu’on l’a sorti comme prévu en Novembre.

En rafale :

On a beaucoup reproché à Monica Bellucci de ne pas parler de son personnage en entrevue. Avec du recul, force est d’admettre que c’est parce qu’il n’y avait tout simplement rien à dire.

Certaines scènes en Autriche (AKA la poursuite entre un avion et des VUS) utilise des véhicules immatriculés en Suisse.

Malgré ses 2,9 millions d’habitants, il est bon de savoir qu’il n’y a pas une voiture qui circule la nuit à Rome. Ça en fait la ville idéale pour une poursuite avec de luxueuses voitures de course.

L’agent 009 a des goûts musicaux de merde. (Ceux qui ont vu le film vont comprendre)

PS : Je donne un gros 0/10 à Cineplex pour la dégueulasse copie (que je soupçonne être du) 2K avec en prime des pixels gros comme mon pouce et un énorme « aliasing » clairement visible sur tous les titres des génériques. Vrai, la copie ne se détériore pas, mais tant qu’à ne pas avoir des projecteurs numériques de qualité suffisante pour la grosseur des écrans, ramenez-nous donc du bon vieux 35mm! J’aime mieux voir des scratches que des pixels.

USPP et les propos controversés

Aujourd’hui, je ressuscite Ceci n’est pas un blogue après plusieurs mois de pause, car j’avais envie de vous donner mon point de vue sur l’affaire d’Un souper presque parfait.

Pour ceux qui vivaient sur une autre planète depuis quelques jours, une candidate d’USPP a affirmé des propos controversés lors de l’émission prétendant que les handicapés n’ont pas leur place dans la société. S’en est suivie une vague de plaintes sur la page Facebook de l’émission. André Ducharme a défendu la décision de diffuser les propos de la participante en affirmant que de les cacher serait bien pire, et qu’il s’agissait du discours d’une participante majeure et vaccinée, et non des propos de l’émission. Depuis, la vague de plaintes a eu raison du montage. Le producteur et le diffuseur V ont annoncé que l’émission ne serait plus rediffusée tant que les propos n’avaient pas été retirés du montage.

Bon, pour ceux qui ne me connaissent pas personnellement et qui viennent de tomber sur ce texte, sachez que je suis moi-même handicapé de naissance. Par contre, ce n’est pas sur la stupidité des propos de la candidate que j’ai envie de m’étendre aujourd’hui. Il se trouve que je travaille en télé comme monteur et que j’ai eu moi aussi à me poser des centaines de fois LA question : « est-ce que je garde ça dans l’émission? »

Alors voilà. Je m’imagine facilement la situation où j’aurais pu me retrouver dans la salle de montage pour monter cette émission tout en étant confronté à des tels propos aussi blessants qu’ils puissent l’être personnellement. Et si cela avait été le cas, j’aurais dit à mon réalisateur : « je pense qu’on devrait couper ça du show ».

L’erreur dans toute cette histoire, c’est n’est pas d’avoir diffusé un propos controversé, mais d’avoir mal évalué le contexte pour le faire. Prenez exactement les mêmes phrases prononcées de la même manière, mais mettez-les dans la bouche d’un invité de Tout le monde en parle, ou encore dans un documentaire à RDI, et vous n’aurez pas cette vague de plaintes. En allumant leur télévision pour écouter USPP, les téléspectateurs n’avaient qu’une idée en tête : être divertis. Ils n’étaient pas prêts psychologiquement à être choqués en regardant une émission dont ce n’est pas le rôle de toute façon. En décidant de diffuser les propos de la candidate, l’émission s’est accidentellement appropriée un mandat qui n’est pas le sien, qui n’est pas ce qu’elle avait vendue comme « émotion » aux spectateurs. Alors voilà, je crois que c’est une erreur éditoriale d’abord et avant tout reliée au mandat de l’émission, et non directement liée aux propos de la candidate, même si ces derniers sont complètement stupides.

Est-ce qu’on devrait diffuser de tels propos à la télévision? Oui. Dans ce genre de contexte? Non. Et je n’appelle même pas ça de la censure. C’est simplement un choix éditorial de contenu qui doit s’appuyer sur le mandat de l’émission, comme cela se fait tous les jours dans toutes les salles de montage de la planète.

Je salue la décision du producteur et du diffuseur d’être revenu en arrière et de couper les propos de l’émission.

Mon plus beau souvenir des Nordiques

Vingt ans aujourd’hui que les Nordiques sont déménagés au Colorado. J’avais dix ans. J’ai tellement pleuré leur départ. Si le petit gars que j’étais à l’époque savait que je prends pour le Canadien aujourd’hui, il pleurerait tout autant et il essaierait probablement de me frapper. Mais, bon, il n’en serait pas capable étant donné que je suis rendu pas mal plus fort que lui…

Les Nordiques, c’était ma vie! Je me souviens d’avoir vu Jaromir Jagr (le même qui joue encore aujourd’hui) du fin fond des blancs du Colisée, d’avoir vu Joe Sakic déjouer Tom Barrasso lors de cette même partie, d’avoir assisté à un match pour ma fête au cours duquel Éric Lindros s’est fait lancer des suces de bébé, et je me souviens de mon premier match à vie contre les Sénateurs d’Ottawa et de la fameuse casquette des séries 93. J’étais en troisième année de primaire et j’avais même écrit un livre qui racontait la partie. Oui oui, rien de moins!

En 1995, quelques mois avant leur dernière élimination (suite à une mauvaise décision de l’arbitre Andy Van Hellemond d’après un jeu simulé d’une certaine recrue nommée Alex Kovalev), les Nordiques ont participé à une séance de signatures au centre commercial les Galeries de la Capitale. Du haut de mes dix ans, je m’y suis rendu avec ma mère.

La foule était monstrueuse. Un agent de sécurité nous a vus moi et ma mère et nous a ouvert le chemin jusqu’au cordon avant afin que je sois au premières loges lors de l’annonce de l’arrivée des joueurs. Curtis Leschyshyn m’a même fait même un « high five » en passant à côté de moi!

Puis, la séance de signature a débutée et il fallait se frayer un chemin au travers des files d’attente interminables. L’agent de sécurité est revenu et nous a dit : « Suivez-moi! » Il m’a fait passer derrière la table des joueurs de manière à ce que je puisses aller cogner sur l’épaule de chacun d’entre-eux pour avoir leur autographe. Ça reste mon plus beau souvenir des Nordiques, de pouvoir tous les rencontrer un à un!

Lorsque je suis arrivé à côté de Joe Sakic, les flashs se sont mis à fuser de partout. Le lendemain, le journal Le Soleil a même publié cette photo en une du cahier des sports : 

JoeSakicEtMoi

En lisant l’article qui témoignait des interminables files d’attente pour obtenir un autographe, on apprenait que les plus chanceux étaient repartis avec quatre ou cinq signatures seulement. Et moi? Je suis probablement le seul à être reparti avec les autographes de tous les joueurs réguliers de la dernière édition des Nordiques de Québec, y compris les entraineurs : Marc Crawford et ses adjoints, des certains Jacques Martin et Joel Quenneville. Bref, cette soirée reste un de mes plus beaux souvenirs d’enfance!

AutographesFINAL

Pas la peine de me faire une offre, ce cadre n’est pas à vendre!

L’industrie culturelle

Cette semaine, un énième article faisait état de la situation précaire de la Cinémathèque québécoise et des rumeurs de son annexion à la BAnQ. Quelques heures plus tard, au dépôt du budget provincial, cette rumeur allait se concrétiser pour permettre au gouvernement de sauver des peanuts alors qu’au même moment, il diminuait les impôts des entreprises. 

Le milieu de la culture a eu son lot de de coupures au cours des dernières années autant du côté fédéral que provincial. On aura beau dire que la culture est subventionnée, nommez-moi un secteur de l’économie qui ne l’est pas? Un rapport de la Chambre de commerce de Montréal en 2013 estime que pour la région de la métropole seulement, près de 100 000 personnes travaillent dans le milieu culturel et les retombées économiques seraient de huit milliards de dollars. On ne parle pas ici d’un regroupement d’artistes émergents du Plateau, mais bien de la Chambre de commerce!

La culture ratisse large. Parmi les sous-secteurs culturels de ce même rapport, on retrouve aussi bien les promoteurs d’événements comme les festivals que les architectes et les établissements de patrimoine. Et j’en passe!

Mais au fait, qui défend les intérêts des entreprises culturelles au Québec? Après tout, il existe bel et bien un ministère dont c’est le mandat de veiller au rayonnement culturel!

Je suis allé faire un tour sur le site web de l’assemblée nationale pour voir qui avait occupé le poste de ministre de la culture au cours des dernières décennies. Après tout, on mets des médecins à la santé, des économistes et des fiscalistes aux finances, etc. Bon, il est faux de croire que chacun des ministères est occupé par des gens issus du milieu qu’ils représentent. Par contre, dans certains secteurs, cela semble une plus grande priorité. Et la question se pose tout de même : qui a représenté les intérêts culturels (et par déclinaison, identitaires) des québécois au cours des dernières décennies?

La ministre libérale actuelle, Hélène David (la soeur de l’autre et la petite fille du pavillon de l’UQÀM), a un doctorat en psychologie et a enseigné la psychopathologie à l’université de Montréal. Son prédécesseur le temps d’un court mandat, Maka Kotto, est le seul ministre récent a avoir eu une carrière dans le milieu culturel comme comédien. Christine St-Pierre n’en était pas trop éloignée à l’époque où elle était journaliste, mais elle couvrait la politique. Elle représentait beaucoup plus l’aspect « communications » du ministère de la culture et des communications. Il faut remonter à 1998 avec Agnès Maltais (qui a longtemps été dans le milieu du théâtre) pour trouver une autre personne provenant du milieu culturel. Avant elle, il faut revenir à Liza Frulla de 1990 à 1994 à l’époque où le ministère avait la dénomination d’être celui des « affaires culturelles » avant d’être plus tard renommé « de la culture ».

La réalité, c’est que seulement trois des 11 derniers ministres de la culture au cours des 25 dernières années sont issus du milieu culturel. Alors quand vient le temps de faire des compressions, de prendre des décisions, et de défendre la Cinémathèque par surcroît, j’ai beaucoup de difficulté à croire qu’une personne qui n’a pas vécu de l’intérieur les réalités du milieu puisse réellement défendre ses intérêts. À l’heure actuelle, même un médecin ministre de la santé arrive à se mettre à dos ceux qu’il devrait défendre et écouter. Alors pour ce qui est de la culture, on pourrait certainement faire mieux qu’une psy.

La solution ne peut pas passer uniquement par des mouvements de contestation comme ceux auxquels nous assistons présentement. Dans les fait, le milieu culturel est sous-représenté politiquement. Il faudra que davantage de personnalités issues de la culture fassent le saut en politique, et que les travailleurs de l’industrie se positionnent publiquement sur les enjeux qui les concernent eux et leur industrie. Malgré le cynisme, malgré le climat négatif. La représentation d’une industrie passe par la représentation ministérielle. Et il est plus que temps que la culture soit représentée par quelqu’un qui connaît l’industrie qu’elle représente.

Le budget de House of Cards

J’ai terminé la saison 3 de House of Cards la nuit dernière. Ne vous inquiétez pas, je ne révélerai rien du contenu de la série. C’est plutôt de chiffres dont j’ai envie de discuter.

Bien que cette saison soit très bonne (sans être à la hauteur des deux premières selon moi), elle sent un peu trop les coupures dans le budget de la production.

Pour mieux comprendre, revenons d’abord quelque peu en arrière dans le temps.

Quand il a été annoncé que Netflix se lançait dans la production de contenu original avec House of Cards, le chiffre de 100 millions pour les 26 épisodes des deux premières saisons a beaucoup circulé. Ce montant n’a cependant jamais été officiellement confirmé par les producteurs.

Dans un article de Variety, on stipule qu’une source bien au fait du dossier aurait avancé le chiffre de 4,5 millions par épisode. Si on multiplie par 26, cela fait grimper le budget à 117 millions pour les deux premières saisons. Tous ces billets verts, c’est sans compter les rumeurs voulant que David Fincher (réalisateur des deux premiers épisodes de la saison 1 et producteur exécutif de l’ensemble de l’oeuvre) aurait menacé de quitter le projet si on n’arrivait pas à trouver plus d’argent.

Concrètement, ce qui m’amène à croire qu’il y a eu des coupes majeures dans la saison trois, c’est qu’elle sent un peu trop le studio. On y retrouve beaucoup plus de scènes intérieures que dans les deux premières saisons, les mêmes décors reviennent très (trop) souvent, et c’est sans compter les rassemblements politiques qui sont bien modestes en terme de figuration pour un pays axé sur la démesure. On a beaucoup plus l’impression d’être dans un huis-clos politique qu’au coeur de la société américaine.

J’étais curieux de savoir quel avait été le budget de la saison trois. Impossible de trouver une source sur ce sujet à l’heure actuelle. En fouillant sur internet, on retrouve plutôt des articles témoignant d’une intense bataille entre les producteurs et l’État du Maryland concernant les millions en crédit d’impôt reçus par la production. L’état aurait été jusqu’à menacer de saisir les biens de la production si elle quittait pour un autre lieu de tournage. Sans être une confirmation sur l’ensemble des coupes, il s’agit quand même d’un bon indice quant aux probables diminutions du budget.

Cela étant dit, je ne suis pas trop inquiet pour l’avenir de la série. Il paraît impensable qu’elle se termine de cette façon, et Netflix, qui récemment annoncé son intention d’emprunter 1 milliard de dollars pour financer son expansion, attend probablement simplement que le dernier épisode ait été visionné suffisamment avant d’annoncer le renouvellement de la série. 

Sans vouloir spéculer sur la tournure des événements dans une hypothétique quatrième saison, j’ai tout de même l’impression que Frank Underwood ne s’éloignera pas trop de la Maison Blanche. Après tout, tant qu’à avoir payé pour faire construire tous ces somptueux décors (incluant l’intérieur de l’Air Force One), ce serait quand même bien dommage de ne pas les utiliser!

Le lundi des bandes-annonces

Si vous avez des amis qui tentent de percer dans le merveilleux monde de la production audiovisuelle, vous avez probablement été envahis aujourd’hui vous aussi sur Facebook par les demandes de « J’aime » de pages de webséries qui n’existent pas encore.

Et oui, c’était ce lundi-là aujourd’hui!

Chaque année, le FIP (Fonds indépendant de production), un bailleur de fonds, demande aux participants de son concours annuel de faire la bande-annonce de la websérie qu’ils désirent financer. C’est pourquoi du jour au lendemain, on se fait envahir sur les réseaux sociaux par des bandes-annonces de webéséries qui n’existent pas encore et qui n’existeront peut-être jamais.

Je souhaite sincèrement bonne chance à tous mes confrères. Mais ce que je trouve bizarre, c’est qu’on leur demande une bande-annonce et non, comme n’importe quel diffuseur, un démo ou un pilote.

Faire la bande-annonce d’une série qui n’existe pas, c’est un peu comme faire de la spéculation sur les actions d’une entreprise qui pourrait s’effondrer complètement en bourse. À l’inverse, un pilote s’apparente davantage à un forage d’exploration dans un gisement potentiel. On regarde s’il y a de l’avenir sur ce terrain-là plutôt que d’essayer de vendre un produit qui n’existe pas encore.

Je suis retourné dans mes notifications Facebook pour faire le compte. Aujourd’hui, j’ai reçu sept demandes pour aller « aimer » des pages Facebook de webésries qui n’existeront peut-être jamais. On est rendus là. Et ça me semble un peu triste.

Alors en attendant de voir lesquelles verront vraiment le jour et lesquelles vont mourir dans l’oeuf, je vais aller me taper un autre épisode de House of Cards.

Downtown Ste-Foy

Je suis de Québec et j’adore l’architecture et le design. Je vais donc m’octroyer le droit de commenter le projet d’édifice « Phare » à Ste-Foy.

Un proverbe dit : Des goûts et des couleurs, il ne faut pas discuter. Vrai! Sauf que,…

Sauf que voici…

Je ne suis vraiment pas en désaccord avec l’idée de développer Ste-Foy à l’approche des ponts et d’en faire le nouveau centre-ville. Quand on se promène dans le coin, le dédale de viaducs est aussi beau qu’une sculpture postmoderne faite par un aveugle. Présentement, le seul édifice qui ressort de la silhouette de la ville est un hôtel sur l’avenue Hochelaga et il n’a rien d’un chef-d’oeuvre d’architecture. C’est sans compter l’ancien hôtel-de-ville (qui porte aujourd’hui le nom de son ancienne mairesse) qui est probablement loin d’être un exemple enseigné dans les écoles de design, si ce n’est sous la rubrique Quoi ne pas faire?

Au-delà des laideurs existantes, le choix de design du « Phare » dépasse la simple idée de densifier Ste-Foy. Pensons à long terme. Pensons urbanisme. Pensons vision d’avenir. Pensons à ce qui s’ajoutera aux côtés du Phare. À supposer que Ste-Foy devienne vraiment le nouveau centre-ville, cet édifice n’est que le début. Il est donc de sa responsabilité non seulement de devenir la figure emblématique de cette porte d’entrée de la ville pour les années futures, mais surtout de dicter les règles de base d’une unité urbaine et architecturale qui devra unifier le développement du coin.

Et c’est là où ça devient un peu malaisant.

Le Phare a non seulement l’air d’un doigt avec un gros ongle (et j’ajouterais même d’un doigt d’honneur tout court quand on regarde l’ensemble du complexe d’un certain angle du côté Nord), mais j’ai mal à la simple idée d’imaginer Ste-Foy se développer avec des édifices du même style partout le long du boulevard Laurier. Ou pire encore, qu’il devienne unique en son genre au milieu d’autres gratte-ciels. Comme le dit si bien l’expression : Quand le doigt montre la Lune, l’idiot regarde le doigt!

Plus d’une décennie plus tard, on rit encore du Ameublement Tanguay dans le quartier Les Saules. (Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, ça se passe par ici.) Peut-on par pitié s’éviter le même sort pour l’édifice dont la vue va nous confirmer qu’on approche des ponts? Et je vous épargne les blagues faciles sur le frigide « Complexe G », et celles sur le nouvel amphithéâtre dont les courbes ressemblent étrangement à celles d’un bassin utilisé dans les hôpitaux quand les patients alités ont besoin de faire un numéro deux. Le Château Frontenac doit commencer à se sentir bien seul!

Je vous laisse avec le lien vers un croquis que le caricaturiste du journal Le Soleil André-Philippe Côté publiait sur sa page Facebook ce matin!

Et n’oublions pas le grand perdant dans tout ça! Celui qui verra son rôle d’entrée dans la ville de Québec relégué au rang de second violon, et j’ai nommé : le Ashton de St-Nicolas…

L’hiver

J’ai pas d’anecdotes cette semaine. Pour avoir des anecdotes, il faut qu’il se passe quelque chose. Mais ici, c’est l’hiver. L’hiver long. Froid. Interminable. Blanc, surtout.

Février, c’est la traversée du désert. Un désert de glace qui fige le temps, les mouvements, déforme les perceptions et trouble la vision tel un blizzard. Qu’est-ce que je fais dans ce pays de merde déjà? Ah, oui c’est vrai. J’oubliais, je suis né ici.

Samedi dernier, c’est la dernière fois que je suis sorti. On annonçait de la neige pour le lendemain et mon frigo était pratiquement vide. Je suis donc sorti le temps d’aller à l’épicerie et de revenir, histoire de mettre un peu de sport extrême dans ma vie et de naviguer entre les plaques de glaces. Je suis revenu brûlé. Exténué par le simple fait d’aller faire l’épicerie. J’ai fait une sieste. Parce que je venais de faire l’épicerie.

C’est ça l’hiver.

Et dimanche, il a neigé. J’ai regardé les flocons tomber au travers de ma fenêtre et j’ai compté les jours jusqu’à mars. Puis, jusqu’à avril…

Bon, quand est-ce que je sors la prochaine fois? Dans une semaine? J’ai de la bouffe pour combien de jours? C’est quoi la météo cette semaine? Beurk, -25 vendredi, 5 cm de neige samedi.

C’est l’hiver.

Ha, tiens, j’en ai une anecdote qui me revient! Hiver 2009. C’était un peu comme aujourd’hui, sauf que j’habitais dans une résidence universitaire de l’UQÀM qui était à peine assez grande pour que je puisses me retourner sur moi-même avec ma chaise roulante. C’était mal isolé. Autant d’un point du vue sonore que chauffant.

C’était l’hiver. Je venais de passer au-dessus d’une semaine sans sortir. Enfermé, seul, à respirer l’air de mon petit cube de survie. J’ai explosé. Je suis sorti par orgueil. Pas parce que j’avais besoin de sortir, mais parce que j’étais écoeuré que l’hiver me dicte comment je devais vivre. Je savais très bien que ce ne serait pas bien déneigé.

L’hiver, sur le sens unique qu’est la rue Sanguinet, c’était plus sécuritaire de rouler directement dans la rue à contre-sens des autos qui pouvaient arriver à tout moment que sur le trottoir. C’est ça l’hiver!

Je suis allé au Archambault pour m’acheter un CD. Je n’en avais pas besoin. Ça ne pressait surtout pas. Mai ce n’était pas l’hiver qui allait me dicter quand j’avais envie d’écouter de la musique!

Aujourd’hui, c’est encore l’hiver. Je me dis que je pourrais prendre le temps d’écrire sur mon blogue. Ça passerait le temps! Mais j’ai pas d’anecdote. Parce que pour avoir une anecdote, il faut qu’il se passe quelque chose. Et là, il se passe pas grand chose. C’est encore l’hiver.