Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais

Je n’écris pratiquement plus sur mon blogue. Manque d’inspiration, page blanche, ce que vous voulez… Je le garde actif parce que je me dis que ça peut toujours revenir n’importe quand, et surtout parce que c’est un excellent moyen de se défouler. Chaque fois que j’écris un texte et que je regarde les statistiques, je n’en reviens pas de la quantité de personnes qui me lisent. Alors premièrement, merci d’être là! Et deuxièmement, j’ai envie de vous raconter ma fin de semaine.

C’est l’histoire d’un gars en chaise roulante (moi) qui s’en va manger avec ses parents et sa soeur dans un resto de l’avenue Mont-Royal. Ça fait trois ans et demi que j’habite sur le Plateau, et c’est un trajet que j’ai fait des centaines de fois. Ce jour-là, j’ai un bref moment d’inattention. Ma chaise roule dans un nid de poule, bascule vers l’avant, et je tombe tête première sur le trottoir. Par réflexe, j’ai le temps de me retenir avec mes mains pour éviter que le choc soit trop violent. Mais je suis attaché et ma chaise est accrochée après moi. La première chose que je dis à mes parents, c’est « Détachez-moi!!!! » pour enlever la chaise.

Parenthèse.

C’est la quatrième fois que je bascule vers l’avant avec une chaise roulante. À chaque fois, j’étais attaché et je me suis toujours dit que si ça n’avait pas été le cas, je me serais sûrement moins blessé. Les compagnies qui fabriquent les chaises conçoivent des roues trop petites à l’avant, ce qui augmente automatiquement les chances de basculer à cause d’un petit obstacle. La vigilance est de mise, sans quoi vous vous retrouvez à écrire des anecdotes comme celle-ci sur votre blogue.

Fin de la parenthèse.

Mon père me détache de ma chaise et je suis assis sur le trottoir. J’ai mal au pied. Pas juste un peu. Ma tolérance à la douleur est quand même très forte étant donné que j’ai eu au-dessus de 150 fractures dans ma vie (demandez-moi pas le chiffre exact, j’ai arrêté de compter). Mais là, c’est la première fois que c’est sur le dessus du pied. Pour vous donner une idée, imaginez que vous vous cognez le petit nerf sensible du coude. Sauf que là, le nerf fait 2 pouces de large et 5 pouces de long. Et… ça… ne… passe… pas…

On mange au restaurant. Je vous fais pas un dessin de la grimace de douleur que j’ai dans la face tout le long. Et c’est là que LA question se pose : « veux-tu aller à l’hôpital? » Je sais pas quoi répondre. Mon premier feeling, étant donné mon expérience en la matière, c’est que mon pied n’est pas cassé. Mais je me suis déjà trompé, alors j’ai un doute.

Alors faites ce que je dis, faites pas ce que j’ai fait. Si ça vous arrive, allez à l’hôpital. J’y ai pas été, et voici pourquoi.

Chaque fois que je vais à l’urgence, je suis confronté au fait que ma maladie est tellement rare, que personne ou presque ne la connait. Les rayons-X sont plus difficiles à lire, ce qui veut dire que l’urgentologue de service voudra par défaut l’avis d’un spécialiste, qui n’est pas toujours là ou qui est dans une salle de chirurgie en train d’opérer un autre patient. Au moment de mon accident, on est un dimanche d’une fin de semaine de trois jours et le lundi est férié. Bref, si je vais à l’urgence pour une blessure orthopédique (donc considérée comme non-urgente), je m’expose à plusieurs (et quand je dis plusieurs, j’estime entre 24 à 36) heures d’attente considérant que le médecin spécialiste de qui l’urgentologue voudra l’avis est probablement en train d’ouvrir sa piscine dans son chalet à Tremblant. Tant qu’à attendre, aussi bien attendre chez moi en me disant : « si c’est encore comme ça mardi, j’irai à l’hôpital ».

Pour une raison que j’ignore, mon esprit est capable de faire abstraction de la douleur quand vient le temps de dormir. Ma tête part ailleurs, mes yeux se ferment. J’ai encore mal, mais ça fait partie de moi alors je deal avec.

Lundi.

Mon pied a enflé au point de doubler de volume. Je mets de la glace, je m’ouvre une bière, je mets ma bière sur mon pied. C’est décidé, mardi, je vais à l’hôpital. Ça fait mal en petit Jésus (pour ne pas dire que ça fait mal en criss…)

Mardi.

En me réveillant, je suis un peu sous le choc. Mon pied est encore aussi gros que celui d’un sumo, mais la douleur est passée de 11 sur 10 à 1 sur 10 pendant la nuit. Alors je décide d’attendre et de ne pas aller me taper des heures à l’urgence pour possiblement me faire dire que je n’ai rien. Je mets de la glace, je me rouvre une autre bière, je la mets encore sur mon pied.

Mercredi. (Aujourd’hui)

Mon pied est toujours aussi gros, mais j’ai de moins en moins mal. Mon feeling, c’est que j’ai une entorse avec possiblement une fracture sur le dessus du pied. Mais je n’irai pas à l’hôpital pour ça, parce que de toute façon, c’est un endroit qui ne s’immobilise pas. Exactement ce pourquoi je ne vais plus à l’hôpital non plus pour une fracture de côte. Je vais probablement me faire taper sur les doigts par mes amis qui travaillent dans le milieu de la santé, et c’est précisément pour ça que je vous dit de ne pas faire ce que j’ai fait, surtout si vous ne connaissez pas votre corps suffisamment.

Au final, je sais que je vais être correct. Vrai, j’ai pas été chanceux pour avoir la maladie que j’ai. Mais ce que je trouve le plus fâchant dans toute cette histoire, c’est que je me sens encore moins chanceux de m’être planté dans un nid de poule sur Mont-Royal dans un quartier des plus touristiques alors que les trottoirs ont l’air d’être ceux d’un pays en guerre.

Quand j’étais par terre sur le trottoir et que les passants s’arrêtaient, ils ne voyaient pas un gars en chaise roulante qui s’était planté. Ils disaient : « Même nous, quand on marche, on a de la misère à éviter les trous pour pas tomber ». Je suis prêt à vivre avec ma malchance en ce qui concerne ma maladie. Mais ça serait quand même un peu l’fun que nos élus soient plus responsables en ce qui concerne la sécurité de leurs citoyens.

Et je vous parle même pas de l’entretien en hiver…

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