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Mois : janvier, 2016

L’ère de la dépossession

Netflix. Shomi. Apple Music. Spotify. Etc. Tous fonctionnent sous le même principe, celui de l’abonnement à la bibliothèque. Pour 10$ par mois, tu as accès à tout, mais tu ne possèdes rien. Bref, la solution qu’on a trouvé pour contrer le piratage, c’est de déposséder l’utilisateur du contenu qu’on ne veut pas qu’il pirate.

Aujourd’hui, je regardais mon appartement et je me demandais : « qu’est-ce qui m’appartient exactement » ? J’ai une petite bibliothèque avec des livres et des DVD, ce qui permet de faire une approximation de mon âge. Je pense que je n’ai même pas de Blu-Ray. Et c’est pas en étant abonné à Netflix que je vais acheter plus souvent! Je vais acheter moins, mais lorsque j’achèterai, ce serai pour « posséder » et  non seulement pour « louer » 

Cette tendance de « dépossession » dépasse largement les industries culturelles : Uber. Car2Go. Bixi. Est-ce qu’une compagnie aérienne a déjà pensé offrir ce genre d’abonnement? Si ce n’est pas encore fait, ça ne saurait tarder.

Ce qui est frappant, c’est de constater comment cette tendance de la dépossession a explosé aussi rapidement. Ça en dit long sur nos comportements de société, et surtout sur la manière dont les entreprises souhaitent garder main mise sur leur contenu tout en fidélisant leur clientèle.

D’un autre côté, ce qui inquiète, c’est n’est pas tant la progression de la tendance à court terme, mais plutôt comment elle se matérialisera chez les plus jeunes : ceux qui vont grandir avec cette mentalité de « dépossession ». Les supports physiques sont à 2 doigts de se retrouver dans les musées. Nos enfants possèderont-ils encore quelque chose à part leur téléphone intelligent?

Et enfin, le plus grand piège dans cet univers de dépossession, c’est la médiocrité. Avec les changements de comportements des consommateurs viennent les changements de mentalités des créateurs. Le jour où tous les contenus se fonderont dans une bibliothèque virtuelle démesurée, quelle place laissera-t-on au contenu de qualité dans un océan de produits où il sera de plus en plus difficile de faire sa place?

On pourrait spéculer longtemps sur l’avenir, mais je crois fermement qu’il y a au moins une chose qui ne changera jamais : les gens seront toujours prêts à payer pour posséder un produit de qualité. Et ça, espérons que les compagnies et startups de ce monde ne vont pas l’oublier à l’heure où on nous dépossède de plus en plus!

Histoires de gants

J’ai le goût de me partir une compagnie de gants. Vous allez me dire : « Coudonc Michel, qu’est-ce que t’as fumé? »

Les gants, j’en fais une obsession. À cause de la chaise roulante. Et pas juste parce que j’en perds au moins une paire par année. Parce que les gants parfaits pour rouler sur la rue, ils n’existent tout simplement pas.

L’été, c’est généralement des gants de vélo. Avec le plus de « grip » possible. Le top reste encore les gants de moto-marine, parce qu’ils se rattachent plus haut sur les poignets, donc ils ne glissent pas quand il faut freiner dans une côte. Mais à cause de l’usure, j’en passe au moins une paire (ça, c’est quand j’en perds pas un ou les deux) par été.

L’hiver, c’est plus compliqué.

Maudit hiver de marde.

Trouver des gants chauds et surtout, avec assez de « grip », c’est impossible. J’ai tout essayé : les gants de cuir, les gants de ski, name it! Un gant mouillé te fait perdre toute la poigne sur la roue et tu dépenses quatre fois plus d’énergie à te propulser. Huit fois plus si on compte la résistance de la neige sur les trottoirs du Plateau.

Maudit Plateau de marde.

Les maudits gants d’hiver. J’en ai cherché, j’en ai essayé, j’en ai même acheté une paire à 60$ en me fiant à mon essai « en magasin ». Mais une fois dans la neige, ça a pas pris 30 secondes que je forçais comme un con pour avancer.

Et puis le mois passé, je m’en vais au Dollarama pour acheter des décorations de Noël cheapettes. Ça devait faire deux ans que j’étais pas rentré dans un Dollarama. Je me dis que tant qu’à être là, je vais faire le tour. Et devinez quoi? Je trouve des gants!!! Des gants de travail en caoutchouc ben cheap à 1,50$ la paire. J’essaie en magasin pour le fun, et je me rends compte que j’ai jamais eu autant de « grip » que ça ever!!!!! Je capote. Je viens de trouver une paire à même pas 2$ qui fait mieux sa job qu’une paire à 60$. Son seul défaut? La paire est pas très chaude. Je me dis : « C’est pas grave, je mettrai une paire de gants d’automne en dessous pis that’s it ».

À la caisse, je suis fou comme de la marde à l’idée d’essayer mes gants, alors je demande à la caissière si elle peut m’enlever l’étiquette pour pouvoir les mettre sur le champ.

Dehors, c’est la magie! J’ai jamais aussi bien roulé qu’avec ces gants-là. J’ai le goût de mes les faire greffer dans la peau de la main pour pu jamais avoir de corne, pu jamais avoir à me saucer dans de la crème hydratante.

Ça, c’était en décembre. On est en janvier.

Mon combo « gants d’automne / gants du Dollarama » fonctionne numéro un depuis un mois. En même temps, je limite mes déplacements et je m’en vais jamais vraiment plus loin que le dépanneur au coin de la rue. 

Hier soir (21 janvier), je reviens du théâtre. J’ai environ 800 mètres à faire pour rentrer chez nous. Mais 800 mètres de trottoirs du Plateau en chaise roulante et en hiver, c’est un peu comme escalader l’Everest pas de jambes : tu dois être fait fort des bras en criss! Je me dis que c’est pas grave, que j’ai les gants parfaits pour faire la job!

Erreur.

J’ai dit erreur?

Erreur monumentale. Magistrale. Démagogique. Ridicule. Digne du dictionnaire catholique au grand complet.

Après deux rues, non seulement j’avais pu de « grip », mais la neige rentrait par le dessus de mes gants et l’intérieur s’est mouillé comme le Titanic en train de couler. Je sais pas comment j’ai fait pour rentrer chez moi. Je sentais pu mes mains. En arrivant dans mon appartement, je suis descendu de ma chaise et j’ai été faire couler de l’eau brûlante dans le bain pendant cinq minutes pour passer mes mains en dessous. C’était ça ou l’amputation.

La bonne nouvelle, c’est que comme j’ai pas de secrétaire, vous savez que c’est bien moi qui est en train d’écrire ce texte, ce qui veut dire que j’ai encore mes mains aujourd’hui.

Tout ça pour dire que les gants parfaits, ils n’existent pas, alors j’ai vraiment le goût de les inventer et de me partir une compagnie de gants.

Alors watchez-vous ben les dragons, je m’en viens! Pis ça sera pas avec des gants blancs!