Les médecins spécialistes, l’impôt et moi

Quand j’étais au CÉGEP, un de mes premiers emplois à vie a été de faire de la saisie de données de rapports d’impôts pour Revenu Québec. Parce que oui, il y a encore des gens qui font leur déclaration sur papier. C’était horrible. De soir, dans une salle commune de l’édifice Marly à Québec (pour ceux qui savent de quoi je parle), à entendre les claviers à l’infini. J’aurais pu devenir fou, mais j’en ai seulement fait une tendinite.

Je vous entends me dire : « Oui, mais Michel, pourquoi t’écoutais pas de la musique? ». On pouvait seulement écouter de la musique quand nos statistiques atteignaient un certain seuil sans faire d’erreurs. Ça a pris quelques temps avant qu’on m’autorise à mettre du Pink Floyd dans mon vieux « discman ».

Les rapports d’impôts, c’est assez simple. Une fois que les chiffres sont entrés, si ça balance, le chèque part dans le courrier automatiquement. La vérification se fait après, si vérification il y a. Car oui, à moins d’anomalies, les vérifications sont aléatoires.

Plusieurs années plus tard, j’ai pris un cours sur la fiscalité du travailleur autonome en cinéma et télévision. Le comptable qui nous enseignait nous a dit très clairement : « ceux qui vous disent que vous pouvez déduire X, Y, Z, c’est pas parce qu’ils ont raison, c’est juste parce qu’ils se sont pas fait pogner! » Ça a confirmé ce que je savais déjà. Sauf anomalies, les vérifications sont aléatoires.

Ce qui me mène à aujourd’hui.

Je dois 156$ à l’impôt. Cette année, j’ai eu la brillante idée de faire mon rapport d’impôt moi-même pour la première fois. Et j’ai fait une erreur dedans. Une niaiserie d’assurance médicaments.

Sauf que Revenu Québec, ils ont pas vraiment le sens d’humour. Quand ils décident que tu leur dois de l’argent, tu leur dois de l’argent. Au départ, j’ai reçu une belle grande lettre qui disait que je leur devais 600$. Je savais que c’était faux. J’avais peut-être fait une erreur, mais pas à ce point-là. Mais ce qui est stressant dans leur lettre, c’est pas le montant. C’est la mention qui précise que si tu ne donnes pas de réponse dans les 21 jours, ils prennent pour acquis que tu leur dois ce qu’ils te disent et tu n’as plus aucun recours.

Preuves à l’appui, le montant est descendu à 156$. Et l’ironie dans tout ça, c’est que l’employé de Revenu Québec a probablement été payé pas mal plus que 156$ juste pour travailler sur mon dossier.

Ce qui me mène à ceci : comment Philippe Couillard peut-il dire qu’il est impossible de récupérer les sommes payées en trop aux médecins spécialistes? Qu’est-ce qui empêche Revenu Québec de mettre ses méthodes au service de la RAMQ? Pour une fois, ne pourrait-on pas rendre ces vérifications « aléatoires » sur le revenu plus ciblées?

Je vais les payer, les 156$. Je les dois à la collectivité, même si mon erreur a finalement probablement couté plus cher à l’état que mon remboursement. Mais pourrait-on mettre les compétences de vérificateurs comme celui qui s’est obstiné sur mon cas au service de dossiers sur lesquels ont s’est pas mal plus fait avoir comme société?

Je pose la question. Voilà.