L’industrie culturelle

par mcordey

Cette semaine, un énième article faisait état de la situation précaire de la Cinémathèque québécoise et des rumeurs de son annexion à la BAnQ. Quelques heures plus tard, au dépôt du budget provincial, cette rumeur allait se concrétiser pour permettre au gouvernement de sauver des peanuts alors qu’au même moment, il diminuait les impôts des entreprises. 

Le milieu de la culture a eu son lot de de coupures au cours des dernières années autant du côté fédéral que provincial. On aura beau dire que la culture est subventionnée, nommez-moi un secteur de l’économie qui ne l’est pas? Un rapport de la Chambre de commerce de Montréal en 2013 estime que pour la région de la métropole seulement, près de 100 000 personnes travaillent dans le milieu culturel et les retombées économiques seraient de huit milliards de dollars. On ne parle pas ici d’un regroupement d’artistes émergents du Plateau, mais bien de la Chambre de commerce!

La culture ratisse large. Parmi les sous-secteurs culturels de ce même rapport, on retrouve aussi bien les promoteurs d’événements comme les festivals que les architectes et les établissements de patrimoine. Et j’en passe!

Mais au fait, qui défend les intérêts des entreprises culturelles au Québec? Après tout, il existe bel et bien un ministère dont c’est le mandat de veiller au rayonnement culturel!

Je suis allé faire un tour sur le site web de l’assemblée nationale pour voir qui avait occupé le poste de ministre de la culture au cours des dernières décennies. Après tout, on mets des médecins à la santé, des économistes et des fiscalistes aux finances, etc. Bon, il est faux de croire que chacun des ministères est occupé par des gens issus du milieu qu’ils représentent. Par contre, dans certains secteurs, cela semble une plus grande priorité. Et la question se pose tout de même : qui a représenté les intérêts culturels (et par déclinaison, identitaires) des québécois au cours des dernières décennies?

La ministre libérale actuelle, Hélène David (la soeur de l’autre et la petite fille du pavillon de l’UQÀM), a un doctorat en psychologie et a enseigné la psychopathologie à l’université de Montréal. Son prédécesseur le temps d’un court mandat, Maka Kotto, est le seul ministre récent a avoir eu une carrière dans le milieu culturel comme comédien. Christine St-Pierre n’en était pas trop éloignée à l’époque où elle était journaliste, mais elle couvrait la politique. Elle représentait beaucoup plus l’aspect « communications » du ministère de la culture et des communications. Il faut remonter à 1998 avec Agnès Maltais (qui a longtemps été dans le milieu du théâtre) pour trouver une autre personne provenant du milieu culturel. Avant elle, il faut revenir à Liza Frulla de 1990 à 1994 à l’époque où le ministère avait la dénomination d’être celui des « affaires culturelles » avant d’être plus tard renommé « de la culture ».

La réalité, c’est que seulement trois des 11 derniers ministres de la culture au cours des 25 dernières années sont issus du milieu culturel. Alors quand vient le temps de faire des compressions, de prendre des décisions, et de défendre la Cinémathèque par surcroît, j’ai beaucoup de difficulté à croire qu’une personne qui n’a pas vécu de l’intérieur les réalités du milieu puisse réellement défendre ses intérêts. À l’heure actuelle, même un médecin ministre de la santé arrive à se mettre à dos ceux qu’il devrait défendre et écouter. Alors pour ce qui est de la culture, on pourrait certainement faire mieux qu’une psy.

La solution ne peut pas passer uniquement par des mouvements de contestation comme ceux auxquels nous assistons présentement. Dans les fait, le milieu culturel est sous-représenté politiquement. Il faudra que davantage de personnalités issues de la culture fassent le saut en politique, et que les travailleurs de l’industrie se positionnent publiquement sur les enjeux qui les concernent eux et leur industrie. Malgré le cynisme, malgré le climat négatif. La représentation d’une industrie passe par la représentation ministérielle. Et il est plus que temps que la culture soit représentée par quelqu’un qui connaît l’industrie qu’elle représente.

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