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Mois : mars, 2015

Chaise roulante manuelle 101

L’arrivée du printemps, c’est toujours le moment où je dois me remettre en forme. L’été, je fais 99% de mes déplacements en chaise roulante. Aujourd’hui, ça tombait bien, j’avais besoin d’aller au centre-ville. Ils faisait beau, alors l’occasion était bonne pour y aller à pied (en chaise, je sais, mais je dis à pied pareil, c’est moins compliqué).

J’ai roulé 7,6 km aujourd’hui (d’après Google Maps). Une fois revenu chez moi, j’étais claqué, bien évidemment. Surtout après un hiver d’inactivité. Mais ce qu’il y a de particulier, c’est que j’avais vraiment mal… aux jambes!

Oui, aux jambes! Les bras, ça va. Je suis habitué et plutôt en forme. Mais ce que peu de gens savent, c’est que la chaise roulante est vraiment exigeante pour les jambes. Enfin, pour ceux qui peuvent s’en servir, sans vouloir être méchant.

Nos trottoirs étant parsemés d’obstacles, je me sers constamment de mes jambes pour ramener mon poids vers l’arrière de la chaise lorsque vient le temps d’absorber un choc. Une descente de trottoir, une grosse craque, un nid de poule, peu importe… Tout ça est une question de timing et se calcule généralement en dixièmes de seconde. Je coordonne ma poussée de bras avec ma poussée de jambes de manière à soulever légèrement mon corps vers l’arrière pour absorber le choc au moment voulu et m’éviter d’avoir mal dans le bas du dos. Et étant donné la qualité de nos trottoirs, c’est un geste que je répète assez souvent!

Autre situation fréquente : les côtes. Lorsque je descends une côte, j’utilise toujours la force de mes jambe pour ramener mon poids vers l’arrière de manière à mieux contrôler mon équilibre et éviter les chutes vers l’avant. Ça, c’est sans compter que descendre une côté stimule exactement les avants-bras à l’inverse de ce qu’ils sont habitués de faire. Plutôt que de pousser, il faut retenir. Une simple côte peut devenir tout aussi douloureuse qu’une surface plane pour les bras.

La chaise roulante, c’est du « stop and go ». L’effort est toujours inégal en fonction du terrain, et arrêter signifie automatiquement perdre l’élan et devoir pousser plus fort pour repartir. Côté cardio et endurance physique, c’est aussi efficace et pas mal moins cher qu’un abonnement au gym.

Alors si ça vous dit de vous mettre en forme, je vous invite pour une petite « ride » de chaise roulante cet été! Mais soyez prêts à souffrir des bras… et des jambes!

L’industrie culturelle

Cette semaine, un énième article faisait état de la situation précaire de la Cinémathèque québécoise et des rumeurs de son annexion à la BAnQ. Quelques heures plus tard, au dépôt du budget provincial, cette rumeur allait se concrétiser pour permettre au gouvernement de sauver des peanuts alors qu’au même moment, il diminuait les impôts des entreprises. 

Le milieu de la culture a eu son lot de de coupures au cours des dernières années autant du côté fédéral que provincial. On aura beau dire que la culture est subventionnée, nommez-moi un secteur de l’économie qui ne l’est pas? Un rapport de la Chambre de commerce de Montréal en 2013 estime que pour la région de la métropole seulement, près de 100 000 personnes travaillent dans le milieu culturel et les retombées économiques seraient de huit milliards de dollars. On ne parle pas ici d’un regroupement d’artistes émergents du Plateau, mais bien de la Chambre de commerce!

La culture ratisse large. Parmi les sous-secteurs culturels de ce même rapport, on retrouve aussi bien les promoteurs d’événements comme les festivals que les architectes et les établissements de patrimoine. Et j’en passe!

Mais au fait, qui défend les intérêts des entreprises culturelles au Québec? Après tout, il existe bel et bien un ministère dont c’est le mandat de veiller au rayonnement culturel!

Je suis allé faire un tour sur le site web de l’assemblée nationale pour voir qui avait occupé le poste de ministre de la culture au cours des dernières décennies. Après tout, on mets des médecins à la santé, des économistes et des fiscalistes aux finances, etc. Bon, il est faux de croire que chacun des ministères est occupé par des gens issus du milieu qu’ils représentent. Par contre, dans certains secteurs, cela semble une plus grande priorité. Et la question se pose tout de même : qui a représenté les intérêts culturels (et par déclinaison, identitaires) des québécois au cours des dernières décennies?

La ministre libérale actuelle, Hélène David (la soeur de l’autre et la petite fille du pavillon de l’UQÀM), a un doctorat en psychologie et a enseigné la psychopathologie à l’université de Montréal. Son prédécesseur le temps d’un court mandat, Maka Kotto, est le seul ministre récent a avoir eu une carrière dans le milieu culturel comme comédien. Christine St-Pierre n’en était pas trop éloignée à l’époque où elle était journaliste, mais elle couvrait la politique. Elle représentait beaucoup plus l’aspect « communications » du ministère de la culture et des communications. Il faut remonter à 1998 avec Agnès Maltais (qui a longtemps été dans le milieu du théâtre) pour trouver une autre personne provenant du milieu culturel. Avant elle, il faut revenir à Liza Frulla de 1990 à 1994 à l’époque où le ministère avait la dénomination d’être celui des « affaires culturelles » avant d’être plus tard renommé « de la culture ».

La réalité, c’est que seulement trois des 11 derniers ministres de la culture au cours des 25 dernières années sont issus du milieu culturel. Alors quand vient le temps de faire des compressions, de prendre des décisions, et de défendre la Cinémathèque par surcroît, j’ai beaucoup de difficulté à croire qu’une personne qui n’a pas vécu de l’intérieur les réalités du milieu puisse réellement défendre ses intérêts. À l’heure actuelle, même un médecin ministre de la santé arrive à se mettre à dos ceux qu’il devrait défendre et écouter. Alors pour ce qui est de la culture, on pourrait certainement faire mieux qu’une psy.

La solution ne peut pas passer uniquement par des mouvements de contestation comme ceux auxquels nous assistons présentement. Dans les fait, le milieu culturel est sous-représenté politiquement. Il faudra que davantage de personnalités issues de la culture fassent le saut en politique, et que les travailleurs de l’industrie se positionnent publiquement sur les enjeux qui les concernent eux et leur industrie. Malgré le cynisme, malgré le climat négatif. La représentation d’une industrie passe par la représentation ministérielle. Et il est plus que temps que la culture soit représentée par quelqu’un qui connaît l’industrie qu’elle représente.

Le budget de House of Cards

J’ai terminé la saison 3 de House of Cards la nuit dernière. Ne vous inquiétez pas, je ne révélerai rien du contenu de la série. C’est plutôt de chiffres dont j’ai envie de discuter.

Bien que cette saison soit très bonne (sans être à la hauteur des deux premières selon moi), elle sent un peu trop les coupures dans le budget de la production.

Pour mieux comprendre, revenons d’abord quelque peu en arrière dans le temps.

Quand il a été annoncé que Netflix se lançait dans la production de contenu original avec House of Cards, le chiffre de 100 millions pour les 26 épisodes des deux premières saisons a beaucoup circulé. Ce montant n’a cependant jamais été officiellement confirmé par les producteurs.

Dans un article de Variety, on stipule qu’une source bien au fait du dossier aurait avancé le chiffre de 4,5 millions par épisode. Si on multiplie par 26, cela fait grimper le budget à 117 millions pour les deux premières saisons. Tous ces billets verts, c’est sans compter les rumeurs voulant que David Fincher (réalisateur des deux premiers épisodes de la saison 1 et producteur exécutif de l’ensemble de l’oeuvre) aurait menacé de quitter le projet si on n’arrivait pas à trouver plus d’argent.

Concrètement, ce qui m’amène à croire qu’il y a eu des coupes majeures dans la saison trois, c’est qu’elle sent un peu trop le studio. On y retrouve beaucoup plus de scènes intérieures que dans les deux premières saisons, les mêmes décors reviennent très (trop) souvent, et c’est sans compter les rassemblements politiques qui sont bien modestes en terme de figuration pour un pays axé sur la démesure. On a beaucoup plus l’impression d’être dans un huis-clos politique qu’au coeur de la société américaine.

J’étais curieux de savoir quel avait été le budget de la saison trois. Impossible de trouver une source sur ce sujet à l’heure actuelle. En fouillant sur internet, on retrouve plutôt des articles témoignant d’une intense bataille entre les producteurs et l’État du Maryland concernant les millions en crédit d’impôt reçus par la production. L’état aurait été jusqu’à menacer de saisir les biens de la production si elle quittait pour un autre lieu de tournage. Sans être une confirmation sur l’ensemble des coupes, il s’agit quand même d’un bon indice quant aux probables diminutions du budget.

Cela étant dit, je ne suis pas trop inquiet pour l’avenir de la série. Il paraît impensable qu’elle se termine de cette façon, et Netflix, qui récemment annoncé son intention d’emprunter 1 milliard de dollars pour financer son expansion, attend probablement simplement que le dernier épisode ait été visionné suffisamment avant d’annoncer le renouvellement de la série. 

Sans vouloir spéculer sur la tournure des événements dans une hypothétique quatrième saison, j’ai tout de même l’impression que Frank Underwood ne s’éloignera pas trop de la Maison Blanche. Après tout, tant qu’à avoir payé pour faire construire tous ces somptueux décors (incluant l’intérieur de l’Air Force One), ce serait quand même bien dommage de ne pas les utiliser!

Le lundi des bandes-annonces

Si vous avez des amis qui tentent de percer dans le merveilleux monde de la production audiovisuelle, vous avez probablement été envahis aujourd’hui vous aussi sur Facebook par les demandes de « J’aime » de pages de webséries qui n’existent pas encore.

Et oui, c’était ce lundi-là aujourd’hui!

Chaque année, le FIP (Fonds indépendant de production), un bailleur de fonds, demande aux participants de son concours annuel de faire la bande-annonce de la websérie qu’ils désirent financer. C’est pourquoi du jour au lendemain, on se fait envahir sur les réseaux sociaux par des bandes-annonces de webéséries qui n’existent pas encore et qui n’existeront peut-être jamais.

Je souhaite sincèrement bonne chance à tous mes confrères. Mais ce que je trouve bizarre, c’est qu’on leur demande une bande-annonce et non, comme n’importe quel diffuseur, un démo ou un pilote.

Faire la bande-annonce d’une série qui n’existe pas, c’est un peu comme faire de la spéculation sur les actions d’une entreprise qui pourrait s’effondrer complètement en bourse. À l’inverse, un pilote s’apparente davantage à un forage d’exploration dans un gisement potentiel. On regarde s’il y a de l’avenir sur ce terrain-là plutôt que d’essayer de vendre un produit qui n’existe pas encore.

Je suis retourné dans mes notifications Facebook pour faire le compte. Aujourd’hui, j’ai reçu sept demandes pour aller « aimer » des pages Facebook de webésries qui n’existeront peut-être jamais. On est rendus là. Et ça me semble un peu triste.

Alors en attendant de voir lesquelles verront vraiment le jour et lesquelles vont mourir dans l’oeuf, je vais aller me taper un autre épisode de House of Cards.