L’hiver

par mcordey

J’ai pas d’anecdotes cette semaine. Pour avoir des anecdotes, il faut qu’il se passe quelque chose. Mais ici, c’est l’hiver. L’hiver long. Froid. Interminable. Blanc, surtout.

Février, c’est la traversée du désert. Un désert de glace qui fige le temps, les mouvements, déforme les perceptions et trouble la vision tel un blizzard. Qu’est-ce que je fais dans ce pays de merde déjà? Ah, oui c’est vrai. J’oubliais, je suis né ici.

Samedi dernier, c’est la dernière fois que je suis sorti. On annonçait de la neige pour le lendemain et mon frigo était pratiquement vide. Je suis donc sorti le temps d’aller à l’épicerie et de revenir, histoire de mettre un peu de sport extrême dans ma vie et de naviguer entre les plaques de glaces. Je suis revenu brûlé. Exténué par le simple fait d’aller faire l’épicerie. J’ai fait une sieste. Parce que je venais de faire l’épicerie.

C’est ça l’hiver.

Et dimanche, il a neigé. J’ai regardé les flocons tomber au travers de ma fenêtre et j’ai compté les jours jusqu’à mars. Puis, jusqu’à avril…

Bon, quand est-ce que je sors la prochaine fois? Dans une semaine? J’ai de la bouffe pour combien de jours? C’est quoi la météo cette semaine? Beurk, -25 vendredi, 5 cm de neige samedi.

C’est l’hiver.

Ha, tiens, j’en ai une anecdote qui me revient! Hiver 2009. C’était un peu comme aujourd’hui, sauf que j’habitais dans une résidence universitaire de l’UQÀM qui était à peine assez grande pour que je puisses me retourner sur moi-même avec ma chaise roulante. C’était mal isolé. Autant d’un point du vue sonore que chauffant.

C’était l’hiver. Je venais de passer au-dessus d’une semaine sans sortir. Enfermé, seul, à respirer l’air de mon petit cube de survie. J’ai explosé. Je suis sorti par orgueil. Pas parce que j’avais besoin de sortir, mais parce que j’étais écoeuré que l’hiver me dicte comment je devais vivre. Je savais très bien que ce ne serait pas bien déneigé.

L’hiver, sur le sens unique qu’est la rue Sanguinet, c’était plus sécuritaire de rouler directement dans la rue à contre-sens des autos qui pouvaient arriver à tout moment que sur le trottoir. C’est ça l’hiver!

Je suis allé au Archambault pour m’acheter un CD. Je n’en avais pas besoin. Ça ne pressait surtout pas. Mai ce n’était pas l’hiver qui allait me dicter quand j’avais envie d’écouter de la musique!

Aujourd’hui, c’est encore l’hiver. Je me dis que je pourrais prendre le temps d’écrire sur mon blogue. Ça passerait le temps! Mais j’ai pas d’anecdote. Parce que pour avoir une anecdote, il faut qu’il se passe quelque chose. Et là, il se passe pas grand chose. C’est encore l’hiver.

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