L’austérité et les principes du Monopoly

par mcordey

J’aime bien le Monopoly. Un jeu capitaliste qui prend pour acquis que n’importe qui mérite aléatoirement d’aller en prison. Comme si au second degré, ça impliquait automatiquement que les joueurs allaient finir par crosser le système. C’est quand même drôle quand on y pense.

Récemment, je jouais au Monopoly sur mon iPhone et j’ai essayé une nouvelle tactique. La seconde que j’ai eu trois terrains de valeur moyenne, j’ai hypothéqué tous mes terrains à valeur plus élevée pour construire le plus vite possible sur mes terrains moyens avant que les autres ne construisent quoi que ce soit. Ça me dérangeait pas de m’endetter, parce que je savais que je maximisais mes chances de faire de l’argent et de tout rembourser. Savez-vous quoi? Ça a marché! J’ai réutilisé cette tactique-là à quelques reprises et j’ai jamais perdu une partie. Donc je me suis tanné et j’ai arrêté de jouer.

Le Monopoly représente parfaitement bien la notion d’écart de richesses. Plus le jeu avance, plus les riches deviennent riches et plus les pauvres deviennent pauvres. Ce qui fait que quand t’es moyennement bien parti, ça devient extrêmement difficile de regagner du terrain parce que le jeu est conçu pour accentuer les écarts. La chance reste alors ton seul espoir de revenir dans la partie, et on va se le dire, ça marche jamais.

Présentement, la politique d’austérité du gouvernement me fait beaucoup penser à quelqu’un qui se retrouve avec une mauvaise partie au Monopoly. Imaginez la situation suivante : 

Pauline joue au Monopoly. Pendant la partie, elle reçoit un appel de son chum qui l’invite à un cocktail mondain dans un manoir de Charlevoix. Comme ça a l’air pas mal plus le fun que sa partie de Monopoly qui est moyennement bien partie, Pauline s’en va et laisse sa partie à Philippe. On va appeler ça un changement de gouvernement.

Rapidement, Philippe se rend compte que Pauline lui a vraiment laissé une partie de marde : la moitié des terrains sont hypothéqués, l’autre moitié rapporte rien, pis en plus, il est pogné avec l’ostie de compagnie d’électricité qu’on sait jamais quoi faire avec. (Quoique côté profits, Hydro-Québec doit rapporter pas mal plus que la compagnie d’électricité au Monopoly).

Philippe prend l’argent qu’il lui reste et essaie tant bien que mal de déshypothéquer ses terrains. Le problème, c’est que ça lui rapporte pas plus d’argent ailleurs et il se retrouve donc coincé dans une partie où l’écart entre lui et les riches s’accentue à la vitesse de l’éclair. L’erreur de Philippe? Même s’il est mal parti, il devrait utiliser ma tactique investir dans un secteur précis pour maximiser ses chances de profits plutôt que d’essayer d’éliminer ses dettes tout de suite. À long terme, c’est sa seule chance de réduire l’écart qui le sépare des autres joueurs.

J’arrête la comparaison avec le Monopoly ici parce que c’est là que l’intérêt diffère entre un joueur de Monopoly et un politicien. Le joueur de Monopoly veut gagner la partie, alors que le politicien s’en fout complètement. Ce qu’il veut, c’est le pouvoir. Dans les faits, Couillard aura beau couper dans tout ce qu’il veut, ça va mener à rien collectivement. Par contre, c’est pas comme si le Québec avait pas des secteurs en plein développement qui pourraient rapporter suffisamment si on décidait d’y investir comme il se doit.

Le joueur de Monopoly s’assurerait que les investissements dans les ressources naturelles du Nord du Québec vont lui revenir dans les poches au maximum. Le politicien va s’entendre avec des compagnies qui vont lui retourner l’ascenseur quand viendra le temps de financer sa prochaine campagne électorale.

Bref, l’austérité, c’est une mauvaise partie de Monopoly qu’on est en train de perdre collectivement, mais le joueur qui nous représente tous ne fait rien pour essayer de la gagner.

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