Petit cours de survie des entreprises au 21e siècle

par mcordey

Je suis toujours flabergasté de voir à quel point certaines entreprises sont incapables de s’adapter au changement au point de finir par disparaître en combattant vainement ce même changement. L’histoire est tellement remplie d’exemples similaires que c’est à croire que certains gens d’affaires n’ont rien appris des 150 dernières années.

Prenons l’arrivée d’UBER, par exemple, et les passions qu’elle soulève dans l’industrie du taxi à Montréal. Pour moi, ce qu’UBER est en train de provoquer dans l’industrie du transport n’est en rien différent de ce que Facebook a fait à Myspace pour les réseaux sociaux, de ce que le numérique a fait à Kodak pour ce qui est de la pellicule, de ce qu’internet a fait aux agences de voyages, de ce que la télé a fait à la radio, de ce que le commerce électronique a fait aux magasins indépendants, de ce que la tablette a fait à l’industrie du livre, ou encore de ce que Netflix est en train de faire aux chaînes de télévision.

Le taxi est une industrie dont le concept n’a pratiquement pas évolué depuis sa création. C’était bien prévisible que quelqu’un allait finir par proposer autre chose. Avec un peu de flair, on peut même s’amuser à prédire quel sera le prochain secteur à se faire démolir son plan d’affaires par les prochaines idées numériques et technologiques.

Toute avancée technologique a comme conséquence d’éliminer un intermédiaire. Même qu’il s’agit probablement la caractéristique la plus fondamentale d’internet. Au départ, le courriel a éliminé l’intermédiaire de la poste. Aujourd’hui, les exemples d’intermédiaires éliminés sont infinis : le commerce électronique élimine le magasin, le téléphone intelligent élimine le besoin d’être derrière un ordinateur, Netflix élimine le besoin d’attendre une case horaire pour écouter une émission, etc.

Et parmi tous les intermédiaires qui sont susceptibles d’être éliminés, celui que l’on a tendance à oublier le plus est sans doute le plus important : le temps! Parce que l’intermédiaire peut être aussi bien physique ou humain que temporel.

Existe-t-il une limite?

Je ne crois pas. Au point même d’aller jusqu’à prédire la fin de l’existence du cinéma comme lieu physique dans les prochaines décennies. Le cinéma doit son existence à « l’expérience » qu’il propose. À l’heure actuelle, nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements des avancées technologiques en matière de réalité virtuelle. Alors on aura beau dire qu’il est impossible d’avoir un écran IMAX dans son salon, le jour nous n’aurons qu’à mettre une paire de lunette de réalité virtuelle pour créer un effet de profondeur illimité dans un demi sous-sol, le cinéma comme lieu deviendra un intermédiaire de trop entre le spectateur et le film.

Pour résumer, si jamais votre modèle d’affaire se résume à n’être qu’un intermédiaire entre le consommateur et un produit ou un service et que, par miracle, votre secteur n’a pas encore été touché par les avancées numériques, emboîtez le pas avant qu’il ne soit trop tard! Parce qu’après tout, UBER ne fait essentiellement rien d’autre qu’éliminer un intermédiaire. Élever l’industrie du taxi au rang d’institution pour la sauver, c’est gaspiller temps, argent et énergie à mettre sur le respirateur artificiel un secteur de plus parmi tant d’autres qui a été incapable d’évoluer au même rythme que son époque.

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