CECI N'EST PAS UN BLOGUE

Mois : novembre, 2014

L’austérité et les principes du Monopoly

J’aime bien le Monopoly. Un jeu capitaliste qui prend pour acquis que n’importe qui mérite aléatoirement d’aller en prison. Comme si au second degré, ça impliquait automatiquement que les joueurs allaient finir par crosser le système. C’est quand même drôle quand on y pense.

Récemment, je jouais au Monopoly sur mon iPhone et j’ai essayé une nouvelle tactique. La seconde que j’ai eu trois terrains de valeur moyenne, j’ai hypothéqué tous mes terrains à valeur plus élevée pour construire le plus vite possible sur mes terrains moyens avant que les autres ne construisent quoi que ce soit. Ça me dérangeait pas de m’endetter, parce que je savais que je maximisais mes chances de faire de l’argent et de tout rembourser. Savez-vous quoi? Ça a marché! J’ai réutilisé cette tactique-là à quelques reprises et j’ai jamais perdu une partie. Donc je me suis tanné et j’ai arrêté de jouer.

Le Monopoly représente parfaitement bien la notion d’écart de richesses. Plus le jeu avance, plus les riches deviennent riches et plus les pauvres deviennent pauvres. Ce qui fait que quand t’es moyennement bien parti, ça devient extrêmement difficile de regagner du terrain parce que le jeu est conçu pour accentuer les écarts. La chance reste alors ton seul espoir de revenir dans la partie, et on va se le dire, ça marche jamais.

Présentement, la politique d’austérité du gouvernement me fait beaucoup penser à quelqu’un qui se retrouve avec une mauvaise partie au Monopoly. Imaginez la situation suivante : 

Pauline joue au Monopoly. Pendant la partie, elle reçoit un appel de son chum qui l’invite à un cocktail mondain dans un manoir de Charlevoix. Comme ça a l’air pas mal plus le fun que sa partie de Monopoly qui est moyennement bien partie, Pauline s’en va et laisse sa partie à Philippe. On va appeler ça un changement de gouvernement.

Rapidement, Philippe se rend compte que Pauline lui a vraiment laissé une partie de marde : la moitié des terrains sont hypothéqués, l’autre moitié rapporte rien, pis en plus, il est pogné avec l’ostie de compagnie d’électricité qu’on sait jamais quoi faire avec. (Quoique côté profits, Hydro-Québec doit rapporter pas mal plus que la compagnie d’électricité au Monopoly).

Philippe prend l’argent qu’il lui reste et essaie tant bien que mal de déshypothéquer ses terrains. Le problème, c’est que ça lui rapporte pas plus d’argent ailleurs et il se retrouve donc coincé dans une partie où l’écart entre lui et les riches s’accentue à la vitesse de l’éclair. L’erreur de Philippe? Même s’il est mal parti, il devrait utiliser ma tactique investir dans un secteur précis pour maximiser ses chances de profits plutôt que d’essayer d’éliminer ses dettes tout de suite. À long terme, c’est sa seule chance de réduire l’écart qui le sépare des autres joueurs.

J’arrête la comparaison avec le Monopoly ici parce que c’est là que l’intérêt diffère entre un joueur de Monopoly et un politicien. Le joueur de Monopoly veut gagner la partie, alors que le politicien s’en fout complètement. Ce qu’il veut, c’est le pouvoir. Dans les faits, Couillard aura beau couper dans tout ce qu’il veut, ça va mener à rien collectivement. Par contre, c’est pas comme si le Québec avait pas des secteurs en plein développement qui pourraient rapporter suffisamment si on décidait d’y investir comme il se doit.

Le joueur de Monopoly s’assurerait que les investissements dans les ressources naturelles du Nord du Québec vont lui revenir dans les poches au maximum. Le politicien va s’entendre avec des compagnies qui vont lui retourner l’ascenseur quand viendra le temps de financer sa prochaine campagne électorale.

Bref, l’austérité, c’est une mauvaise partie de Monopoly qu’on est en train de perdre collectivement, mais le joueur qui nous représente tous ne fait rien pour essayer de la gagner.

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Ceci n’est pas un placement de produit

Lors d’un voyage en France au cours de la dernière décennie, celle des années 2000, j’ai jadis acheté une bouteille d’eau sur laquelle on avait écrit des arguments ventant l’ergonomie de la bouteille pour attirer le consommateur. C’est la première fois que j’ai réalisé concrètement que certains produits avaient des arguments de vente qui n’ont absolument rien à voir avec le produit en question. On s’entend que de l’eau, ça reste de l’eau, donc il fallait faire preuve d’imagination et, disons-le, d’un peu de ridicule pour trouver des arguments…

Parlant d’eau, au premier rang de ces produits dont les arguments de vente sont ridicules, un me fascine particulièrement : la mythique Coors Light. Après avoir passé des années à essayer de nous vendre une bière avec comme seul argument qu’elle était froide (faut quand même le faire), voici qu’on tente depuis un certain temps de nous convaincre de l’acheter parce qu’elle vient dans une canette ventilée qui facilite supposément le déversement du fluide en question.

Sincèrement, je trouvais déjà que l’argument de la « bière froide » (avec la canette qui change de couleur) était assez épais, mais je pensais pas qu’ils étaient capable de se battre eux-mêmes en terme de ridicule en nous présentant une canette avec deux trous.

Avez-vous déjà été en possession de cette fameuse canette ventilée? Moi, oui. Je précise que c’est pas moi qui l’avait achetée. Bref, c’est tellement de trouble d’ouvrir le fameux second orifice qui est sensé faciliter l’extraction du divin nectar qu’est cette bière légendaire, que je préfère encore attendre quatre secondes de plus le temps de la verser dans un verre… ou dans ma gorge.

Ce qui me fait penser que si on extrapole, cette fameuse tentative de verser la bière plus vite peut être directement interprétée comme une incitation à la surconsommation et à l’alcoolisme quand on pense à tous ceux qui déversent directement leur bière dans leur gosier! Un peu sous le même principe que le « un verre de lait c’est bien, mais deux c’est mieux ». D’ailleurs, j’en suis toujours pas revenu de celui-là. Méchant argument pour quelqu’un comme moi qui est intolérant au lactose…

Mais revenons-en à la Coors Light. Ce qui m’inquiète le plus dans tout ça, c’est qu’une fois la canette ventilée devenue passée date, il va bien falloir trouver un autre argument pour nous vendre ce fameux fluide pas de goût! Et j’ai vraiment peur de ce que les génies du marketing de Coors vont trouver pour leur prochaine campagne de pub.

C’est pourquoi je préfère encore les devancer et leur donner quelques suggestions d’innovations avec ces quelques idées inspirantes :

  • Faire de Coors Light la bière officielle des chauffeurs désignés. Ça goûte tellement rien pis y’a tellement pas d’alcool que tu peux te taper une 24 sans péter le 0.08! Tant qu’à boire de l’eau, boit quelque chose qui goûte comme de l’eau! Non, mais qui a dit qu’un chauffeur désigné pouvait pas avoir du fun en allant pisser aux dix minutes?
  • Créer la première canette en titane et faire de la Coors Light la première bière anti-balle! T’es dans un gang de rue? Bois de la Coors Light! Si tu te retrouves au milieu d’une fusillade, tu vas pouvoir te protéger avec ta bière!
  • Installer un dispositif d’empreinte digitale sur la canette pour que quelqu’un puisse pas te voler ta bière. Quand le pouce devient bleu, la canette s’ouvre automatiquement et tu peux la boire!
  • Faire des canettes « glow in the dark »!
  • Mettre des photos d’alcooliques disparus sur les canettes.
  • Faire une campagne conjointe avec Vision Mondiale et distribuer de la Coors Light dans les pays où ils ont pas d’eau.
  • Lancer une émission de télé qui s’appelle « Les recettes pas pompettes » où le monde font de la cuisine en buvant de la Coors Light!
  • Choisir Éric Lapointe comme porte-parole.
  • Ou encore mieux!!! Juste faire une bière qui goûte quelque chose…!

Voilà, c’est dit!

Ceci n’est pas un combat

Hier, j’ai entendu une expression qu’on entend souvent et qui me fait froncer les sourcils : « il a gagné son combat contre la maladie ». Gagner ou perdre, ce sont des mots aux conséquences bien différentes, mais ils sont secondaires dans ce cas-ci. C’est le mot « combat » qui m’agace.

Pour moi, un combat, c’est synonyme de consentement mutuel. Je suis peut-être influencé par la boxe ou par les règles au hockey, mais il me semble qu’un « combat » sous-entend une forme d’accord entre les parties. Une attaque, ce serait autre chose. Un attentat, encore bien différent. Mais un combat? Vraiment? Non, je ne crois pas…

Quand on dit d’une personne qu’elle gagne son combat contre la maladie, c’est doublement injuste pour les personnes qui perdent leur combat contre la maladie. D’abord parce qu’elles n’ont jamais consenties à ce combat, et surtout parce qu’on implique qu’elles sont moins fortes, moins battantes, moins « tough » que celles qui ont gagnées leur combat. La capacité de se battre n’a rien à voir la sournoiserie d’un coup bas imposé par la vie.

La maladie, c’est une mouette qui te chie sur la tête. Tu ne la demandes pas, tu ne la souhaites pas, et le mieux que tu puisses faire, c’est « dealer » avec. Certains reçoivent une petite chiure de mouette de rien du tout, et d’autres reçoivent l’ensemble des chiures des mouettes d’une ville entière en un instant. C’est injuste, on n’a pas son mot à dire, et on réagit comme on peut.

Contrairement à un combat, on n’a rien à gagner en se faisant chier dessus par une mouette. Au mieux, on récupère son bien. Parce que la maladie est un vol à effraction d’une partie de soi qui n’est pas assurable : sa propre vie.

C’est pareil pour « l’acceptation ». Quand j’entends des gens dire qu’ils ont « accepté » la maladie, je n’y crois pas. On n’accepte pas de s’être fait chier dessus par une mouette. Encore une fois, on « deal » avec. On pleure, on crie, on cherche à l’aide, on s’essuie, on se nettoie, on en ressort parfois avec des séquelles, mais la vie continue. Et surtout, quand on s’en sort, on espère ne pas croiser d’autres mouettes…

Ma vitre est un jardin de %(?*#@)@*%

Si je vous demande où aller pour faire du ski, vous allez me répondre quoi? Les Rocheuses? Les Alpes? Si je vous demande où vous allez aller pour boire du vin? La France? L’Italie? Si je vous demande où vous allez vous bourrer la face dans une cabane à sucre en dansant autour d’une bouteille de caribou avec une ceinture fléchée pendant que Martin Picard joue dans une pub de char? Ben oui, on fait ça au Québec!

Où est-ce que je veux en venir? C’est simple! On a tous une spécialité. Individuellement, collectivement. Mes champs d’expertise à moi, c’est la réalisation, le montage, chialer contre Pierre Houde à RDS, écrire des niaiseries sur un blogue, et faire des wheelies en chaise roulante avec une bière entre les jambes. (Allo maman!) Demandez-moi pas de courir un marathon ou de construire une cabane à oiseaux, ça ira pas bien…

OK, mais où est-ce que je veux vraiment en venir?

C’est simple. À chaque année, le 2 janvier, on apprend en grande primeur tel un scandale de finances publiques que nos budgets de déneigements ont été écoulés et qu’on va devoir vivre dans la marde blanche jusqu’à ce que le printemps décide de sortir la marmotte de son trou.

Ce que je comprends pas, c’est que depuis que le Québec a des Québécois, on habite dans la marde blanche six mois par année. Voulez-vous bien m’expliquer de quessé que comment du pourquoi qu’on a pas réussi à devenir des sortes d’experts en matière… euh… d’hiver? Des pionniers? Des modèles? C’est pas comme si c’était exceptionnel, on « deal » avec les (insérez un mot d’église de votre choix ici) de flocons à chaque maudite année…

Je peux pas croire que nos élus arrivent pas à équilibrer leurs budgets en conséquence….

Je peux pas croire qu’on est pas capable d’avoir assez de main d’oeuvre pour se débarrasser de la neige à la seconde qu’elle touche le sol…

Je peux pas croire qu’on a réussi à créer dix-huit milliards de jeux Assassin’s Creed, mais qu’on a pas encore inventé le maudit trottoir chauffant….

Je peux pas croire qu’on passe la moitié de notre année à se dire « je peux pas croire qu’on a pas évolué par rapport à l’hiver » et qu’au final, on fait rien.

Le québécois est très fort pour investir dans son chalet dans le nord juste pour être certain qu’il va avoir un pédaleau, trois kayaks, huit quatre roues et 125 sacs de guimauves à faire griller sur le feu lors des trois fins de semaines de beau temps qu’il va avoir pendant son été. Mais à part acheter des pneus d’hivers et prendre un abonnement à Tremblant, on fait quoi pour se faciliter la vie et diminuer le stock social de sacres consommés lors de matins de déneigements et de fouilles pognées sur des plaques de glaces?

Aujourd’hui, c’était notre première neige. J’ai failli me planter quatre fois en chaise roulante sur les trottoirs de l’avenue Mont-Royal entre St-Laurent et St-Denis en revenant de la job. C’est juste une question de temps avant que je plante. Mais qu’est-ce que j’en sais? On a absolument aucune raison d’être des spécialistes en hiver! Après tout, c’est pas comme si on vivait ça six mois par année…

Petit cours de survie des entreprises au 21e siècle

Je suis toujours flabergasté de voir à quel point certaines entreprises sont incapables de s’adapter au changement au point de finir par disparaître en combattant vainement ce même changement. L’histoire est tellement remplie d’exemples similaires que c’est à croire que certains gens d’affaires n’ont rien appris des 150 dernières années.

Prenons l’arrivée d’UBER, par exemple, et les passions qu’elle soulève dans l’industrie du taxi à Montréal. Pour moi, ce qu’UBER est en train de provoquer dans l’industrie du transport n’est en rien différent de ce que Facebook a fait à Myspace pour les réseaux sociaux, de ce que le numérique a fait à Kodak pour ce qui est de la pellicule, de ce qu’internet a fait aux agences de voyages, de ce que la télé a fait à la radio, de ce que le commerce électronique a fait aux magasins indépendants, de ce que la tablette a fait à l’industrie du livre, ou encore de ce que Netflix est en train de faire aux chaînes de télévision.

Le taxi est une industrie dont le concept n’a pratiquement pas évolué depuis sa création. C’était bien prévisible que quelqu’un allait finir par proposer autre chose. Avec un peu de flair, on peut même s’amuser à prédire quel sera le prochain secteur à se faire démolir son plan d’affaires par les prochaines idées numériques et technologiques.

Toute avancée technologique a comme conséquence d’éliminer un intermédiaire. Même qu’il s’agit probablement la caractéristique la plus fondamentale d’internet. Au départ, le courriel a éliminé l’intermédiaire de la poste. Aujourd’hui, les exemples d’intermédiaires éliminés sont infinis : le commerce électronique élimine le magasin, le téléphone intelligent élimine le besoin d’être derrière un ordinateur, Netflix élimine le besoin d’attendre une case horaire pour écouter une émission, etc.

Et parmi tous les intermédiaires qui sont susceptibles d’être éliminés, celui que l’on a tendance à oublier le plus est sans doute le plus important : le temps! Parce que l’intermédiaire peut être aussi bien physique ou humain que temporel.

Existe-t-il une limite?

Je ne crois pas. Au point même d’aller jusqu’à prédire la fin de l’existence du cinéma comme lieu physique dans les prochaines décennies. Le cinéma doit son existence à « l’expérience » qu’il propose. À l’heure actuelle, nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements des avancées technologiques en matière de réalité virtuelle. Alors on aura beau dire qu’il est impossible d’avoir un écran IMAX dans son salon, le jour nous n’aurons qu’à mettre une paire de lunette de réalité virtuelle pour créer un effet de profondeur illimité dans un demi sous-sol, le cinéma comme lieu deviendra un intermédiaire de trop entre le spectateur et le film.

Pour résumer, si jamais votre modèle d’affaire se résume à n’être qu’un intermédiaire entre le consommateur et un produit ou un service et que, par miracle, votre secteur n’a pas encore été touché par les avancées numériques, emboîtez le pas avant qu’il ne soit trop tard! Parce qu’après tout, UBER ne fait essentiellement rien d’autre qu’éliminer un intermédiaire. Élever l’industrie du taxi au rang d’institution pour la sauver, c’est gaspiller temps, argent et énergie à mettre sur le respirateur artificiel un secteur de plus parmi tant d’autres qui a été incapable d’évoluer au même rythme que son époque.