La fois que j’ai insulté un chinois

par mcordey

Je ne pense pas vous avoir déjà raconté la fois que j’ai insulté mon voisin chinois quelques minutes avant qu’on s’envole pour 13 heures en direction de Pékin.

C’était en 2009, à l’abord d’une piste de l’aéroport de Chicago. Le matin même, je m’étais envolé de Québec pour aller à l’autre bout de la planète présenter un court-métrage dans un festival d’écoles de cinéma. Le plus beau voyage de ma vie, mais ça, c’est une autre histoire. À l’aéroport de Québec, à 6h30 du matin, j’ai croisé un voyageur américain qui m’a demandé où j’allais. Lorsque je lui ai dit que j’allais à Pékin en passant par Chicago, il m’a répondu : « Pas Chicago! C’est le premier aéroport à annuler tous ses vols dès qu’il y a la moindre intempérie! » L’histoire allait prouver lors du voyage du retour qu’il avait bien raison, mais ça aussi, c’est une autre histoire…

OK, OK. J’en reviens à mon « ami » chinois…

Je suis en classe économique de United Airlines. Bref, j’ai l’impression que l’espace entre les bancs a été conçu pour des gens comme moi, pas plus grands que 4 pieds. Je n’ose même pas imaginer comment quelqu’un de plus grand peut envisager survivre à un vol de 13 heures dans ces conditions. Je veux bien croire que les asiatiques ne sont pas très grands, mais il y a quand même des limites…!

Je suis côté hublot et j’ai trois voisins. Mon voisin immédiat, le chinois en question, a la brillante idée (et ce n’est pas du tout sarcastique) de tenter un contact humain avec moi étant donné qu’on va passer les 13 prochaines heures à s’accrocher le coude. Il me regarde et me parle en anglais avec son accent : 

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : What?

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : For what?

Lui : Da fasta?

Moi : I don’t understand…

Il se fâche.

Lui : A you goin to Beijing fo da fasta?

Moi : Sorry…

Il se retourne et ne dit plus rien. Quelques secondes plus tard, l’hôtesse de l’air vient m’expliquer en anglais qu’une personne a été mandatée pour s’occuper de moi en cas d’urgence. Nous avons une conversation tout ce qu’il y a de plus fluide. Je comprends son accent et elle comprend bien le miens aussi. Puis, elle quitte.

Je n’ose pas regarder mon voisin. Son visage camoufle bien mal sa frustration. Et sur ce superbe malaise, l’avion s’est engagé sur la piste et nous ne nous sommes pas reparlé du vol. En gros, en 13 heures, j’ai écouté le film d’animation UP sous-titré en mandarin sur un écran de cinq pouces à peu près cinq fois et j’ai tenté de comprendre comment on faisait pour manger une soupe avec des baguettes. Voilà qui résume parfaitement mon vol.

Le lendemain, bien couché dans l’inconfortable lit de la résidence universitaire de la Beijing Film Academy, j’ai repensé à mon voisin chinois et un éclair m’a traversé l’esprit. Il me demandait : Are you going to Beijing for the first time?

Je me suis senti tellement épais…

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