Le soulagement de la conscience

par mcordey

Dans la foulée de tous les vidéos de Ice Bucket Challenge (avec comme objectif de sensibiliser à la maladie de Lou Gehrig) qui envahissent les réseaux sociaux ces jours-ci, j’ai découvert un mot que je ne connaissais pas, mais qui d’après sa définition, m’apparait bien représenter ce que je pense de tout ce phénomène. Ce mot, c’est slacktivism.

Sur wikipedia, on le décrit ainsi :

The word is usually considered a pejorative term that describes « feel-good » measures, in support of an issue or social cause, that have little or no practical effect other than to make the person doing it take satisfaction from the feeling they have contributed. The acts tend to require minimal personal effort from the slacktivist.

Après le Movember, les têtes rasées, et autres mouvements, voici donc qu’on se verse de l’eau sur la tête et que de manière pyramidale, on nomme trois personnes qui doivent réaliser le défi dans les 24h. C’est un peu comme les fameuses chaînes de lettres qui envahissaient jadis nos courriels, à la différence que cette fois, une cause y est reliée.

Je ne veux surtout rien enlever à la légitimité de chacune des causes. Elles ont toutes leurs raisons d’être et il n’y a pas matière à débat là-dessus.

Cependant, le slacktivism m’agace parce que sa déclinaison directe des phénomènes viraux qui envahissent le web alimente le comportement facile du soulagement de la conscience en plus de mettre une pression directe sur tous ceux qui ne voudraient pas participer à la « saveur du moment ». On ne devrait pas se faire imposer une cause. Il devrait être libre à chacun de donner aux causes qui lui tiennent à coeur, à la mesure de ses moyens, et surtout, pour les bonnes raisons.

Le slacktivism crée un sentiment de bien-être, mais il a aussi comme effet pervers de faire sentir cheap tous ceux qui ne voudraient pas participer. Et ça, c’est tout simplement malsain, car on rentre dans une déclinaison de ce que j’appelle « le commerce de la pitié » : montrer la souffrance pour toucher une corde sensible qui fait sentir mal de ne pas donner. Je suis bien placé pour en parler, car jeune, j’ai été porte-parole des enfants handicapés pendant sept ans pour un organisme qui amassait des fonds pour acheter des appareils de soutien à ceux-ci. Encore une fois, je n’enlève rien à la légitimité de la cause dont j’ai moi-même profité, mais avec du recul, une fois devenu adulte, je me suis interrogé à plus d’une reprise sur la manière en repensant aux activités de financement auxquelles j’avais moi-même participé.

Or, à cause du succès du Ice Bucket Challenge, et parce que le web carbure aux phénomènes viraux, tout porte à croire que l’on verra de plus en plus de ce genre d’initiatives pyramidales. Si j’étais à la tête de l’organisme qui amasse des fonds pour ceux qui ont des poils de dessous de bras roux, je chercherais ardemment une manière d’adapter le concept au profit de mon organisation. Et si la tendance se maintenant, lors d’un prochain phénomène viral, on en viendra à se demander : « Et celui-là, c’est pour quel cause? » Imaginez si on s’était demandé cela lors du bref passage des Harlem Shake sur le web!

Au final, je souhaite simplement que les raisons derrière les dons soient les bonnes, et que l’on n’encourage pas le simple soulagement de la conscience pour ne pas se sentir cheap. Parce que même s’il est question d’une cause, le mélange d’un phénomène viral et de l’argent ne fait automatiquement bon ménage.

Mise à jour : une première version de ce texte faisait état de « mouvement » au lieu de « phénomène » dans le premier paragraphe. J’ai décidé de corriger le mot, car je ne veux surtout pas remettre en question la légitimité de la cause, mais bien la déclinaison des aspects viraux du phénomène. 

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