Robin Williams, le deuil et la mort

par mcordey

Ça fait deux jours que je lis des textes, des statuts et des tweets sur Robin Williams et sincèrement, je suis en train de faire une overdose de 21e siècle. Ça m’écoeure. Cette manière que les gens ont de prendre un drame humain, personnel ou collectif, et de le ramener à leur petite personne en se sentant obligés de nous dire comment eux se sentent affectés alors qu’ils ne sont même pas proche d’être dans les six degrés de séparation qui les relie à ce qui se passe. À l’époque de l’instantanéité, l’empathie et le respect en prennent pour leur rhume. Même un mort se trouve relégué derrière le « je, me, moi ».

Je ne vous parlerai pas de l’influence de Robin Williams sur ma vie, ni des facteurs de la dépression, de la dépendance aux drogues, de la ligne anti-suicide, etc. D’une part, on s’en fout de l’influence qu’il a pu avoir sur moi, et d’autre part, ça reste d’abord et avant tout un drame personnel pour ses proches qu’on enfonce dans des grossières conceptions sociales pour tenter d’expliquer l’inexplicable et de le ramener à notre propre incompréhension de la chose.

La notion de deuil me rend souvent perplexe. Quand j’y pense, j’essaie de m’imaginer mort de vieillesse en train de penser aux autres qui seront en deuil de moi, et j’en viens à la conclusion que je vais probablement en avoir rien à foutre, car je vais être mort. Aussi cru et violent que cela puisse paraître, c’est aussi le cas pour Robin Williams présentement. Le deuil reste un processus normal et indispensable, mais qui sert uniquement de cheminement pour les vivants. Il sert à voir comment leur empathie, leur respect et leur humanité fera d’eux de meilleures personnes qui vont mieux profiter de la vie, mais il se manifeste souvent de bien tristes manières sur les réseaux sociaux. Quand je lis des textes qui manipulent un drame humain pour le ramener au centre d’un égo qui n’est même pas proche d’être concerné directement, j’appelle ça de la manipulation de deuil. Les deux mots qui devraient toujours être au centre d’une telle situation sont empathie est respect.

Malgré le drame et toute la tristesse qui s’en dégage, je ne suis pas en deuil de Robin Williams. Hier, j’ai regardé son dernier « one man show » intitulé Weapons Of Self Destruction (titre ironique désormais, j’en conviens) jusqu’à quatre heures du matin et j’ai ri jusqu’à m’en tordre de douleur. C’était ma façon d’avoir une pensée respectueuse pour cet homme qui voudrait certainement qu’on se souvienne d’abord et avant tout de ses blagues, point.

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