Arrêtez d’essayer de socio-financer vos films

par mcordey

Sérieusement, les amis en cinéma, faut qu’on se parle. Arrêtez d’essayer de financer vos films par le socio-financement. À chaque fois, vous avez l’air pathétiques en demandant à vos amis de gratter leurs fonds de tiroirs pour vous donner des cennes noires. J’ai mal pour vous. Vous devez apprendre à être plus originaux que ça. Au pire, faites un lave-auto dimanche prochain, ou encore, promenez-vous sur Mont-Royal le vendredi soir avec une de vos amies déguisée en future mariée. Vous avez pas mal plus de chances de ramasser de l’argent qu’en essayant de socio-financer votre film!

Le socio-financement est un modèle adapté aux occasions d’affaires en lien avec un produit dont l’utilité ou l’innovation va permettre de changer la façon de faire actuelle. Un film ne correspond en rien à cette définition. Vous ne pouvez pas offrir de retour sur investissement (et non, je ne veux pas de l’affiche de votre court métrage, de vos photos de plateau, ou encore de votre storyboard). Vous ne pouvez même pas garantir que votre film va être bon alors pensez vous vraiment que je veux mon nom dans le générique? Le socio-financement s’adresse d’abord aux inventeurs et malheureusement, le cinéma a déjà été inventé. À moins que vous n’arriviez à créer une façon révolutionnaire de faire un film (oui, l’odorama, ça a déjà été fait, donc oubliez ça), à moins que vous puissiez garantir une expérience aux gens qui vont vous donner de l’argent, vos chances de socio-financer sans harceler votre famille et vos amis au point qu’ils vont en venir à vous détester sont pratiquement nulles. 

Alors quelles sont les alternatives? Bonne question! Elles sont rares, mais elles sont là. Ça va vous prendre des bons amis, et surtout, beaucoup de travail. 

Dans mon livre Histoires perdues, je raconte comment j’ai créé en 2012 Minifest, un festival de courts métrages internationaux dont l’objectif était d’aller chercher des commandites ciblées que je pourrais réinvestir dans mon film. Au final, je n’ai jamais pu tourner pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le festival, mais j’ai tout de même réussi mon pari. J’avais l’équipe technique fournie, une partie du matériel, et une partie de ma postproduction qui était payée. Et bien sûr, le reste venait de ma poche, car il faut toujours mettre un peu de soi à cette échelle. La leçon que je tire de cette expérience, c’est qu’il faut voir plus large que la simple idée de vendre une idée. Une idée, ce n’est pas physique, ce n’est pas une expérience. Ce n’est pas quelque chose que les gens peuvent tenir dans leurs mains, et ce n’est jamais garanti que ça va être bon.

Une partie de la solution vient donc du concept de vendre A pour financer B. Louez votre appart pour moins cher sur Airbnb et allez dormir chez vos amis quand quelqu’un décide de vous le louer. N’organisez pas qu’un simple « party de financement », organisez le party du siècle avec des groupes, des DJ, vos amis humoristes de la relève (ils ne sont jamais bien loin des gens des cinéma de toute façon), etc. Arrangez-vous pour que les gens aient peur de regretter de ne pas y aller. Offrez un produit ou une expérience. Et encore là, le futur DVD votre de film ne compte pas, car vous ne pouvez pas garantir que votre film va être bon et encore moins qu’il va être révolutionnaire au point de changer les façons de faire.

Si vous avez confiance en votre originalité, vous devriez trouver un moyen de voir plus loin que ce qui se fait déjà. Le mécénat, c’est pour les artistes reconnus. Jusqu’à nouvel ordre, vous êtes des ex-prisonniers de la créativité qui devez vendre des stylos en faisant du porte à porte. Et même si cela va à l’encontre de votre démarche artistique, le mot-clé dans tout ça, c’est le mot « vendre ».

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