L’approche entrepreneuriale cinématographique

par mcordey

Hier, j’écoutais le toujours pertinent Gérald Fillion à RDI économie discuter avec ses « mentors » (aussi appelés « Dragons ») de questions du public relatives au milieu des affaires. Une des questions portait sur la nature du plan d’affaire, sa créativité, et la manière dont il devrait être abordé par les entrepreneurs. 

François Lambert a répondu à la question avec beaucoup de bon sens. Il a d’abord expliqué que le plan d’affaire doit permettre de déterminer qu’on a fait le tour de la question avant de se lancer dans une entreprise. Par contre, il doit aussi être malléable une fois cette même entreprise démarrée afin de bien s’adapter au milieu et contraintes rencontrées en cours de route. En bref, il a décrit cet outil comme une référence à suivre à adapter selon les besoins. C’est alors qu’il y a eu comme un déclic dans ma tête : « OK, un plan d’affaire, c’est un scénario! »

On ne parle pas assez de l’approche entrepreneuriale en cinéma. Je ne parle pas ici de la vision Guzzoïste de la chose d’attirer le plus possible de personnes en salles. De toute façon, s’il existait une formule pour faire un succès garanti, on l’userait à la corde. Même les américains ont plus que souvent prouvés qu’ils sont capable de se planter lorsqu’il est question de répéter une recette. 

Je veux plutôt parler de voir la création d’un film comme le lancement d’une entreprise. Avec tous les avantages et les inconvénients que cela impose. On parle souvent du rôle de l’instinct dans le processus de création filmique (une approche que je combats fermement), mais je crois que le cinéma gagnerait à ce que les réalisateurs se voient plus comme des chefs d’entreprises créatifs que comme des leaders au service de leur instinct. 

Dans La nuit américaine, Truffaut disait « Être réalisateur, c’est répondre à des questions auxquelles on n’a pas toujours les réponses ». Bref, réaliser, c’est prendre des décisions. Point à la ligne. Et là où il y a des décisions à prendre, il y a le piège de tomber dans un caractère trop émotif ou personnel et du même coup, s’éloigner de l’objectif qui était au coeur du plan d’affaire. 

Personnellement, plus je tourne, plus je prône une approche qui définit une « logique de pensée narrative » plutôt que l’instinct. Non pas que l’instinct n’ait pas sa place, mais comme pour tout homme d’affaire, je crois que de trop se fier à son instinct peut finir par jouer des tours. 

Lors de la journée des joueurs autonomes du 1er juillet, le directeur général du Canadien Marc Bergevin a dit : « Je ne suis pas ici pour être populaire, je suis ici pour prendre des décisions afin de faire une meilleure équipe ». Sa façon de remettre le rationnel au coeur d’un sport aussi émotif m’a frappée de plein fouet. Comme pour tout autre forme d’entreprise, la réussite d’une entreprise culturelle repose sur approche décisionnelle qui remet l’idée principale, celle qui justifiait la création du plan d’affaire, au centre de toutes les questions et de toutes les réponses. 

Et pour sa part, s’il est question d’un film, la rentabilité se calculera en fonction de la qualité du produit fini, et non en fonction de l’assistance en salles. 

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