CECI N'EST PAS UN BLOGUE

Mois : juillet, 2014

Confessions d’un réalisateur

D’abord, excusez mon silence des derniers jours. Je suis dans le jus. Pas au point de me noyer, mais suffisamment pour manquer de temps pour écrire. J’aime le jus. À l’orange, dans mon steak saignant, mais surtout, j’aime être dedans. Ça aide à se sentir vivant. 

Je suis en tournage demain matin. J’ai hâte. Je me sens comme un enfant qui sait qu’il aura le droit de jouer avec son gros camion Tonka. 

Chaque fois que je tourne, je suis stressé comme si c’était la première fois que je faisais un film. Je ne devrais peut-être pas dire ça, d’autant que certains de mes acteurs liront peut-être ce texte, mais avant chaque tournage, j’ai toujours l’impression que j’ai tout oublié. D’un seul coup, c’est comme si j’allais dire « action » pour la première fois. 

Puis, on tourne le premier plan et d’un seul coup, tout va mieux. Ce premier plan a l’effet d’une dose de morphine comme si j’étais un junkie en manque qui avait besoin de sa dose pour être efficace. Ce premier plan, c’est ma première gorgée de café du matin. À chaque fois. 

Réaliser consiste essentiellement à prendre des décisions. Pour arriver à faire ce travail convenablement, il faut être dans le meilleur état d’esprit possible : avoir bien dormi, avoir bien mangé, être en forme pour rester alerte pendant toute la journée de tournage, etc. 

Un peu comme un joueur de hockey avant une partie importante, je me suis fait un gros spaghatt pour refaire le plein d’énergie ce soir. Je vais essayer de me coucher tôt, mais je n’arriverai probablement pas à dormir à cause de la nervosité.

Demain, dans ma tête, je suis en finale de la Coupe Stanley. Je joue avec des pros et je dois être à la hauteur. Demain, je dois être dans une forme physique et mentale impeccable pour prendre les meilleures décisions à chaque instant. Demain, je dois oublier qui je suis, mettre mon égo au placard, et prendre chaque décision en me posant la même et unique question : est-ce que c’est la meilleure décision à prendre pour raconter cette histoire?

Et surtout, demain, on doit tous avoir du fun…!

Prendre l’avion

On ne peut pas dire que c’est une très bonne année pour l’aviation civile. Trois incidents rapprochés, dont deux impliquant une même compagnie aérienne. Pourtant, l’avion reste le moyen de transport le plus sécuritaire au monde. À chaque deux secondes, un avion décolle quelque part. 

Plus tard, quand je serai riche (mettons), j’aimerais bien passer ma licence de pilote. C’est un rêve que j’ai depuis très longtemps. J’adore les jeux du genre « Flight Simulator », et quand je m’ennuie un peu, je vais voler avec le simulateur intégré dans Google Earth. Vous ne saviez pas que ça existait? Eh oui, on peut piloter avec les fonctions de base un Cessna ou un F16.

C’est certain que sur papier, le concept d’un avion n’a rien de bien rassurant : se promener dans une boîte de métal qui avance à 800 km/h à 35 000 pieds d’altitude. Et comme si ce n’était pas assez pour alimenter la peur de ceux qui craignent de prendre l’avion, on ne relate évidemment que les accidents dans les médias. On ne parle jamais des milliers d’avions qui se posent sans problème chaque jour. 

Relativisons un peu. À bien des égards, il semble beaucoup plus dangereux de faire Montréal – Québec sur l’autoroute 20 que de prendre l’avion. Parce que l’avion, au moins, il vole sur le pilote automatique. Sur la route, on est à la fois responsable de sa propre vie et de la vie des autres. Personne n’a le contrôle sur ce que les conducteurs font autour dans les autres voitures. À l’inverse, vous ne verrez jamais un avion dépasser la limite de vitesse dans la voie de gauche pour vous couper à trois mètres du museau, ou encore mettre les freins à la dernière seconde pour éviter un chevreuil qui a décidé de traverser le ciel. Les compagnies qui construisent les avions peuvent être tenues responsables en cas d’incident, donc les appareils livrés sont toujours impeccables. Lors d’un accident de voiture, on ne blâmera jamais le fait que le conducteur conduisait un modèle Ford Escort. 

J’ai un ami qui est pilote de ligne. Il y a quelques années de cela, avant qu’il ne soit engagé par Air Canada, il nous a invités moi, ma soeur, et un autre de nos amis à faire un tour de Cessna au-dessus de la ville de Québec. Le vol s’est passé comme sur des roulettes même si nous sommes rentrés un peu plus vite que prévu parce que je commençais à avoir mal au coeur. 

Le lendemain, en regardant les nouvelles, on annonçait qu’un petit appareil s’était écrasé sur l’autoroute de la Capitale. Le jeune pilote s’en était sorti légèrement blessé avec des fractures aux poignets. J’ai tout de suite reconnu la séquence de chiffres et de lettres qui identifiait l’avion transformé en accordéon de tôle sous la force de l’impact. C’était le même que nous avions pris la veille. Angoisse. Panique. L’avions-nous échappée belle?

L’enquête prouva que non. Après notre atterrissage, l’avion était reparti en direction de Rivière-du-Loup avec un autre pilote à son bord. Le lendemain, avant de revenir vers Québec, il n’a pas fait plein de carburant. Ajoutez à cela une météo orageuse et vous aviez le cocktail parfait pour une panne sèche et un atterrissage d’urgence sur l’autoroute. Une crampe au cerveau vous dites? Quelques chose du genre on dirait…

Ce que je retiens de mes nombreux vols dans « Flight Simulator », c’est que si je suis capable de faire atterrir un Airbus, n’importe qui peut faire atterrir un Airbus. Évidemment, ce n’est pas un simulateur professionnel, mais les principes de base restent les mêmes. D’ailleurs, tous les pilotes vous le diront, faire atterrir un avion, ce n’est rien de vraiment compliqué. Ce qu’ils pratiquent pendant des années, ce sont les situations d’urgence qui peuvent se produire en cours de vol. 

Tout ça pour dire que malgré tout ce qu’on entend dans les nouvelles ces jours-ci, j’ai hâte de reprendre l’avion! Je me sens toujours comme un gamin qui s’envole pour la première fois…

Ce que j’ai appris en fin de semaine

Hier, je me suis vraiment couché moins niaiseux, comme on dit. J’en ai tellement appris en une journée que je n’en reviens tout simplement pas que mon cerveau ait été capable d’assimiler autant d’informations.

Voici quelques infos en rafales (pas nécessairement dans l’ordre d’importance): 

  • Quand on mouille le bout de deux grignotines Chesters ensemble, on peut les coller pour en faire une sculpture post-moderne digne du musée d’art contemporain, et le plus le l’fun dans tout ça, c’est que non seulement il n’y a pas de limites au nombre de Chesters qu’on peut coller ensemble, mais en plus, la sculpture est comestible!
  • Les parcs de la ville de Montréal ferment à minuit.
  • À 00h01, le parc est envahit par des policiers du SPVM qui sont à deux doigts d’expulser à coups de matraques les occupants payeurs de taxes qui payent leur salaire. Si j’avais porté un carré rouge, j’aurais sûrement été condamné à la prison à perpétuité ce matin.
  • Les toilettes du parc Laurier sont nettoyées à coup de gros boyau d’arrosage comme si le feu avait pogné dans la place. Pourtant, il me semble que y’a pas de Taco Bell à proximité, mais bon…
  • Ces mêmes toilettes ne sont pas accessibles aux chaises roulantes, même s’il s’agit d’un endroit public.
  • Et enfin, le plus impressionnant, c’est que ça a l’air que le meilleur moyen de contacter le maire de Montréal, c’est par Twitter!

Petite récapitulation des trois derniers points.

Il y a un proverbe qui dit : « Qui boit pisse ». C’est à peu près aussi logique que le classique « Plus qu’y neige, plus qu’y’a de la neige ». Après quelques heures de dégustations mondaine de fluides alcoolisés avec des amis au parc Laurier, il est arrivé à quelques reprises que ma vessie veuille faire le vide pour faire le plein. J’ai donc demandé à un ami de m’aider à franchir les quelques marches donnant accès aux toilettes, et c’est alors que juste avant la fermeture des dites bécosses, nous avons croisé un employé de la ville qui nettoyait… non… qui désinfectait les toilettes à grand coup de boyau d’arrosage. Résumé de notre conversation :

Moi : Ouin, c’est pas ben ben pratique les toilettes pas accessibles. 

L’employé de la ville : Écris à Denis Coderre sur Twitter, ça a l’air qu’il répond au monde. 

Moi : Ah ouais?

Lui : Ouais, je l’ai entendu dire ça la semaine passée. C’est sûrement plus facile que de se plaindre à la ville. 

Moi : Ben j’va faire ça certain!

Donc comme de fait, aujourd’hui, je me suis exécuté. 

Denis Coderre

Une histoire à suivre…!

*Pour le parc Lafontaine, j’étais déjà au courant. Une fois, j’ai même été obligé d’aller jusqu’à la Banquise pour aller pisser.

**Une version précédente de ce texte stipulait que les parcs ferment à 11h, mais c’est bel et bien minuit. Mon erreur. Je voulais pas pogner de ticket, donc j’ai pas trop regardé l’heure avant de partir…

Une journée de marde

La semaine dernière à 125 Marie-Anne, Michel Drucker demande à Lisa LeBlanc au sujet de sa chanson Ma vie c’est de la marde :

– Comment elle est née cette chanson?

– Ben, c’était une journée de marde!

Comme on en a tous. Individuellement et collectivement. 

Qu’est-ce que tu veux écrire quand d’un bord, un avion se fait abattre avec 295 personnes à bord au-dessus de l’Ukraine, et que de l’autre, Israël envahit Gaza à coups de bulldozer contre de la petite gravelle?

Aujourd’hui, je vais garder mes blagues pour plus tard. J’avais 2-3 autres textes presque prêts à être publiés, mais je vais attendre un peu. L’humanité passe vraiment trop une journée de marde.

Je vous laisse sur une courte anecdote. 

Demandez-moi pas pour qui ni comment j’en suis arrivé à faire ça, mais par le passé, on m’a déjà demandé de remonter un reportage dans lequel il était question du viol et du meurtre de jeunes filles en Inde pour rendre le reportage mieux adapté à une recette et au contexte de diffusion. Bref, je devais essayer de le rendre meilleur.

Je comprends qu’on a tous un travail à faire et j’ai énormément de respect pour les journalistes qui font ce métier-là, mais au moment de faire ça, mon détachement personnel a atteint ma limite de sensationnalisme et soudainement, j’avais comme pu le goût… Une autre journée de marde, quoi. Croyez-moi, j’ai pas fait ça longtemps. 

Demain, je nous souhaite quand même deux trois bonnes nouvelles. Il me semble qu’on est dus, non?

Petits points et bottes de foin

Aujourd’hui, je cède la parole à ma mère en vous présentant un texte qu’elle a écrit en 1995 dans le cadre d’un cours de rédaction qu’elle suivait à l’époque, et où il est question de moi. La commande était celle d’un exercice de style, mais je peux vous confirmer que tout ce qui y est mentionné est vrai. Je m’en souviens comme si tout cela était arrivé la semaine dernière. C’est à se demander si les choses seraient vraiment différentes si cela se produisait de nos jours, 18 ans plus tard. À l’époque, Jean Rochon était le ministre de la Santé et des Services sociaux. 

Par Andrée Desjardins

Il y a quelque temps, mon fils de 10 ans a subi une intervention chirurgicale mineure à Montréal. Le médecin nous a recommandé de laisser passer deux semaines et de faire enlever les points de suture à Québec.

Le délai passé, nous nous présentons à l’urgence pédiatrique du CHUL, après les heures d’école. Chlikechlik, petit coup de castonguette, petit quart d’heure dans la salle d’attente et la préposée au triage nous appelle.

« Désolée, madame, on n’enlève pas les points ici, allez au CLSC », me lance-t-elle de toute sa froideur. Ma stupéfaction n’est pas feinte. « Ah? n’est-ce pas un hôpital, ici? Vous n’enlevez pas les points? »  « Ici, c’est un service d’urgence, madame. Votre cas n’est pas urgent. Si vous y tenez absolument, retournez dans la salle à côté, il y a quatre heures d’attente. »

J’explique à la bonne dame la raison de ma présence en ce lieu : mon fils est handicapé (elle a dû le constater) et à cause de ses problèmes de santé, il manque souvent l’école. Je n’ai pas voulu le pénaliser d’une demi-journée supplémen­taire pour un petit fil à retirer…

Rien à faire. J’insiste pourtant, supposant qu’il y a tout de même une once de bon sens derrière ce visage fermé. « Combien de temps faut-il pour enlever ce fil? »  « Une ou deux minutes; il faut juste le tirer avec une pince stérile. » « Ah, et qui fait ce travail? Un médecin ou une infirmière? » « Une infirmière. » « Et vous, vous êtes quoi? » « Infirmière. » « Et vous ne voulez pas le faire, là, tout de suite? » « Pas question, le médecin doit m’en donner l’ordre. » « Mais c’est un médecin qui m’envoie! Vous voulez que j’aille à côté attendre quatre heures qu’un médecin différent vous dise de faire ce que vous pourriez faire là, maintenant, en une minute? » « Exactement. »

C’est là que je me rends compte de l’utilité des mantras. « Du caaalme, du caaalme, du caaalme, les neeerfs, les neeerfs, les neeerfs… »

Après dix minutes de palabre au cours desquelles elle aurait eu le temps d’enlever les fils à cinq patients, je comprends que j’ai devant moi une automate à qui on a greffé un message enregistré à la place du cerveau. Devant un tel abus de pouvoir, je quitte l’urgence en claquant la porte, écoeurée.

Le lendemain, je téléphone au CLSC pour prendre rendez-vous. « On vous a mal renseignée, madame, nous n’enlevons pas de points ici! Pourquoi n’allez-vous pas à l’hôpital? » Je respire profondément par là où la moutarde commence à me monter et je récite mon mantra. J’explique en détail pourquoi je n’irai pas à l’hôpital. « C’est incroya­ble! » me répond-on, « dans ce cas essayez chez votre pédiatre. » Ce que je fais.

Mais chez le pédiatre, on n’enlève pas les points non plus. La réceptionniste me suggère d’aller à la clinique médicale sans rendez-vous la plus près. Découragée, mais encouragée, j’y emmène mon fils. Pendant les heures d’école.

Rechlikechlik, un autre petit coup de castonguette et re-salle d’attente. Au bout d’une heure, on nous appelle. Le médecin jette un oeil suspicieux sur le fil et sort de la pièce. Par la porte entrouver­te, je l’entends demander à voix basse à l’infirmière « comment on enlève ça », puis si elle ne voudrait pas le faire…

La bonne fée apparaît. « C’est simple, explique-t-elle, on coupe le nœud, là, et on tire le fil. »

Mais le fil ne veut pas venir. Les deux professionnels se regardent, perplexes. « C’est quelle sorte, les fils? » me demande la fée, les sourcils en points d’interrogation. Comme si je le savais! C’est son métier, pas le mien. « C’est peut-être du fil qui se résorbe? Attendez donc dix jours, vous verrez bien… »  « C’est que… j’ai déjà attendu deux semaines. Et si ça ne se résorbe pas, qu’est-ce que je fais? je reviens vous voir? »

Je remets la cassette du mantra au début et je me la repasse en accéléré car je sens que je vais exploser. Ça doit commencer à paraître. La bonne fée se rend compte qu’elle a trois secondes pour trouver quelque chose. Eurêka! Elle a trouvé : « Ben, téléphonez à votre médecin de Montréal et demandez-lui quoi faire… »

Ils n’ont jamais enlevé les points.

Les fils ont fondu tout seuls.

Je me demande si j’ai fait un « bad trip » à Bourg-sous-le-Cap en 1595 ou si ça s’est bien passé dans la capitale, en 1995.

Monsieur Rochon, tant qu’à couper dans les services de santé, payez donc les ânes avec des bottes de foin…

Mes 10 règles de scénariste

Si vous fouillez un peu, vous aller constater qu’il existe pas mal d’articles du genre sur internet. Je vous présente donc aujourd’hui mes 10 règles de scénariste. Certaines viennent de moi, plusieurs autres sont de conseillers à la scénarisation avec qui j’ai travaillé par le passé.

Il y en aurait certainement plusieurs autres à ajouter, mais dans l’ensemble du buffet des règles d’écriture, j’ai décidé de d’abord remplir mon assiette de scénariste de celles-ci :

  1. Commencer l’écriture d’un scénario par la scène qui donne le goût d’écrire cette histoire, et non pas par le début. C’est généralement la scène qui sera le coeur du film.
  2. Faire vivre les actions le plus possible avant de faire dire les choses par les personnages.
  3. Dans le même ordre d’idée, deux personnages qui parlent d’un troisième personnage absent constitue un raccourci narratif à éviter, car c’est souvent un prétexte pour « dire » plutôt que « montrer ».
  4. Ne jamais donner dans le scénario une information au lecteur que le spectateur n’aura pas en regardant le film. Par extension, éliminer toute forme d’intention ou d’information qui n’est pas visible à l’écran, et garder un style d’écriture froid et simple qui se concentre sur les verbes d’actions.
  5. Les scènes où les personnages disent réellement ce qu’ils pensent constituent les moins fortes dramatiquement parlant.
  6. Filtrer le plus possible toutes les informations superflues prononcées par les personnages dans leurs dialogues, car ce sont majoritairement des informations qui sont destinées aux spectateurs et qui gagnent à être communiquées visuellement.
  7. Dans le même ordre d’idées, éviter les formules de dialogues qui commencent par « Tu sais que… ». S’il ou elle sait que, c’est que l’autre n’a pas besoin de le lui rappeler.
  8. Quand quelqu’un commente le scénario, apprendre à faire la distinction entre une opinion, une critique, et quelqu’un qui dit simplement ce qu’il aurait fait si c’est lui qui l’avait écrit.
  9. Toute forme d’écriture, peu importe le genre, se résume à ceci : « quand est-ce que je dévoile quoi, et de quelle manière? » C’est la réponse à ces questions qui déterminera le style et le genre. C’est tout aussi vrai pour toutes les autres formes d’écriture : la réalisation, le montage, la musique, etc.
  10. Toute règle peut être transgressée si c’est pour être au service de l’histoire.

Pour en finir avec Tinder

Hier, premier jour de vacances avant mon prochain contrat, je m’ennuyais, donc comme de fait, je suis allé « swiper des faces » sur Tinder. 

Bon, pour ceux qui savent pas c’est quoi Tinder, dites-vous que c’est l’application de speed dating la plus superficielle a avoir existé. Tu vois des faces. T’aimes, tu glisses la photo à droite. T’aimes pas, tu glisses à gauche. Si quelqu’un que t’as glissé à droite te glisse à droite aussi, ça crée un « match » et tu peux parler avec la personne. C’est très 21e siècle et addictif. Pire que Candy  Crush.  

Bref, c’est un peu comme faire le casting d’un film avec le cahiers de photos GROS PLAN dont tu tournes les pages à la vitesse de l’éclair, à la différence que sur Tinder, t’espères éventuellement pouvoir coucher avec la personne. OK, oubliez ça. Finalement, c’est exactement comme faire le casting d’un film…

Toujours est-il que personnellement, je ne me suis pas censuré sur mon profil Tindesquien et j’ai mis des photos de moi en chaise roulante. Évidemment, je vous cacherai pas que le volume de matchs est pas hyper élevé étant donné que la demande d’handicapés est pas particulièrement forte ces temps-ci. Pourtant, ça devrait être l’inverse si on se fie à la loi de l’offre et de la demande. Mais là, l’offre est plutôt faible et étrangement, la demande est faible aussi.

Disons que côté premier coup d’oeil sur une application de dating, je me sens pas trop dans le rayon des steaks AAA, mais plus dans la section des cacannes bosselées en spécial parce qu’un enfant a décidé des les garrocher par terre. Pas grave. Ça fait 28 ans que je suis comme ça, alors je suis capable de dealer avec. Si l’autre est pas capable, c’est pas mon problème. De toute façon, pour gagner à la loterie, il faut jouer à la loterie, hein?

Je fais beaucoup de blagues sur ça, mais sincèrement, c’est toujours plus facile de faire une bonne mauvaise première impression quand t’as l’occasion de discuter un peu plutôt que de juste juger sur une photo. Donc il y a deux jours, j’ai changé ma description de profil et étrangement, mon volume de « matchs » a quand même considérablement augmenté depuis ce temps-là! J’ai écrit :

If you think I’m not as good looking as the person you swiped before me, just wait until you see the person after me… Ouch!

Ben coudonc, ça a marché, fait que…

…fait qu’hier, j’entre dans une « profonde » conversation avec une fille et il s’est passé quelque chose d’assez extraordinaire! Notre conversation s’est retrouvée à être exactement le reflet de toute l’absurdité du concept Tinderien. J’ai trouvé ça magique comme moment!

Au bout de quelques répliques, il commençait à devenir assez évident que notre relation se rendrait pas aux noces d’or. Juste avant qu’elle mette fin à la conversation et qu’elle me flushe, j’ai eu la brillante idée de faire des captures d’écrans de notre brève conversation. 

La voici pour votre plus grand plaisir!

tinderesque

Ah, Adriana… Tu vas me manquer! Ce soir, je vais avoir de la difficulté à m’endormir en repensant aux cinq enfants qu’on aurait pu avoir ensemble. Et demain matin, il faudrait vraiment que je trouve autre chose à faire qu’aller « swiper » des faces…

L’approche entrepreneuriale cinématographique

Hier, j’écoutais le toujours pertinent Gérald Fillion à RDI économie discuter avec ses « mentors » (aussi appelés « Dragons ») de questions du public relatives au milieu des affaires. Une des questions portait sur la nature du plan d’affaire, sa créativité, et la manière dont il devrait être abordé par les entrepreneurs. 

François Lambert a répondu à la question avec beaucoup de bon sens. Il a d’abord expliqué que le plan d’affaire doit permettre de déterminer qu’on a fait le tour de la question avant de se lancer dans une entreprise. Par contre, il doit aussi être malléable une fois cette même entreprise démarrée afin de bien s’adapter au milieu et contraintes rencontrées en cours de route. En bref, il a décrit cet outil comme une référence à suivre à adapter selon les besoins. C’est alors qu’il y a eu comme un déclic dans ma tête : « OK, un plan d’affaire, c’est un scénario! »

On ne parle pas assez de l’approche entrepreneuriale en cinéma. Je ne parle pas ici de la vision Guzzoïste de la chose d’attirer le plus possible de personnes en salles. De toute façon, s’il existait une formule pour faire un succès garanti, on l’userait à la corde. Même les américains ont plus que souvent prouvés qu’ils sont capable de se planter lorsqu’il est question de répéter une recette. 

Je veux plutôt parler de voir la création d’un film comme le lancement d’une entreprise. Avec tous les avantages et les inconvénients que cela impose. On parle souvent du rôle de l’instinct dans le processus de création filmique (une approche que je combats fermement), mais je crois que le cinéma gagnerait à ce que les réalisateurs se voient plus comme des chefs d’entreprises créatifs que comme des leaders au service de leur instinct. 

Dans La nuit américaine, Truffaut disait « Être réalisateur, c’est répondre à des questions auxquelles on n’a pas toujours les réponses ». Bref, réaliser, c’est prendre des décisions. Point à la ligne. Et là où il y a des décisions à prendre, il y a le piège de tomber dans un caractère trop émotif ou personnel et du même coup, s’éloigner de l’objectif qui était au coeur du plan d’affaire. 

Personnellement, plus je tourne, plus je prône une approche qui définit une « logique de pensée narrative » plutôt que l’instinct. Non pas que l’instinct n’ait pas sa place, mais comme pour tout homme d’affaire, je crois que de trop se fier à son instinct peut finir par jouer des tours. 

Lors de la journée des joueurs autonomes du 1er juillet, le directeur général du Canadien Marc Bergevin a dit : « Je ne suis pas ici pour être populaire, je suis ici pour prendre des décisions afin de faire une meilleure équipe ». Sa façon de remettre le rationnel au coeur d’un sport aussi émotif m’a frappée de plein fouet. Comme pour tout autre forme d’entreprise, la réussite d’une entreprise culturelle repose sur approche décisionnelle qui remet l’idée principale, celle qui justifiait la création du plan d’affaire, au centre de toutes les questions et de toutes les réponses. 

Et pour sa part, s’il est question d’un film, la rentabilité se calculera en fonction de la qualité du produit fini, et non en fonction de l’assistance en salles.