Ce n’est pas MA semaine

par mcordey

2012-11-06 14.50.12

Ça a l’air que c’est la semaines des personnes handicapées. J’étais pas au courant, je pensais juste que c’était la deuxième semaine de Roland-Garros.

J’ai un sérieux problème avec cette « semaine ». Celle des handicapés, pas l’autre. Le problème, c’est qu’elle existe. Et bon, je ne doute pas des bonnes intentions derrière sa création, mais je me sens un peu forcé d’y être associé sans mon consentement et ça me fait chier.

Si t’es gai et que tu veux pas aller à la parade de la fierté gaie, c’est ton choix. Mais si t’es handicapé et que tu veux pas être « dans ta semaine », ben t’as pas vraiment le choix quand même.

Je suis contre la ghettoïsation des minorités, peu importes lesquelles. Malgré toutes les bonnes intentions qui s’en dégagent, il y a toujours un énorme risque d’alimenter des préjugés, qu’ils soient favorables et défavorables.

Mon problème avec cette « semaine » de sensibilisation, c’est que dans un monde idéal, on en n’aurait pas besoin. Et par sa simple existence, elle rappelle au monde que les handicapés existent avec dans le front une grosse étiquette rouge de rabais de véhicule Toyota indiquant en grosses lettres « ceci est un handicapé ».

J’ai fait le choix de me tenir loin des organismes et associations des droits de la personne. Ils font un excellent travail et je ne veux surtout pas remettre en question leur existence. Il reste encore beaucoup de travail à faire et le Québec va frapper un mur d’ici quelques années à cause du vieillissement de la population. Le nombre de personnes qui auront besoin d’accès va monter en flèche pratiquement du jour au lendemain et les infrastructures sont loin d’être prêtes.

Alors pourquoi ne pas vouloir m’associer à tous ces mouvements? Parce que quand je rencontre quelqu’un et que je veux lui expliquer mon handicap, je vais prendre une bière avec. Et souvent, on n’en parle finalement même pas parce que ça n’a tout simplement pas d’importance. L’autre finit par arrêter de voir la chaise, et ça s’arrête là. Progressivement, l’autre va prendre conscience de tous les défis auxquels je suis confronté, mais ça ne viendra pas de moi. Et c’est beaucoup plus efficace de changer les mentalités comme ça. Sinon, j’aurais l’impression de passer ma vie à chialer.

On va finir par parler de ma maladie un jour. Je sais que ce moment-là va arriver dans des semaines, mois, années après notre rencontre. Mais à ce moment-là, l’idée que cette personne aura de moi sera déjà faite. Ça ne va pas influencer les fondements de qui je suis dans son esprit.

Et quand six mois plus tard, l’autre me demandera entre deux gorgées de café: « Hé, au fait, c’est quoi que t’as? » Je vais lui donner une copie de mon livre et lui répondre : « Tiens, j’ai écrit un scénario sur un enfant qui a ma maladie et j’explique tout dans le texte d’introduction avant le film ».

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